À l’auteur :
L’article répond-il à un livre ou à un article, ou bien à des propos tenus sur des forums ? Il aurait été bienvenu de citer, ou au moins de référencer, les travaux ayant commis les travers méthodologiques que vous dénoncez. Cela nous aurait permis, d’abord de vérifier vos affirmations, puisque vous êtes si soucieux du caractère vérifiable ou non des arguments en général, et ensuite et surtout d’identifier et de nous méfier à l’avenir de tel ou tel chercheur, si le fait était avéré. Tandis que là, nous sommes dans le flou. Nous attendons bien entendu que soit indiquée la page et le passage exact, ne serait-ce que pour que vous nous montriez que vous avez bien pris connaissance des travaux des scientifiques du Mouvement pour la vérité et que vous ne vous êtes pas contenté de parcourir des forums sur internet.
L’un des travers habituels de nos détracteurs — et le présent article ne fait pas exception — consiste à pratiquer un deux-poids-deux-mesures en faveur de la thèse qui leur plaît. Je cite le Petit Robert : « Preuve — Ce qui sert à établir qu’une chose est vraie. » Comme on le voit, le Petit Robert n’exige pas que la preuve soit unique. La preuve peut très bien être un ensemble d’éléments. L’auteur nous réserve donc le terme de « présomptions », ou parfois (folle générosité !) l’expression de « faisceau de présomptions », tandis que, j’imagine, la thèse officielle repose, elle, sur des « preuves », bien entendu. Et l’auteur, qui a raté une occasion d’ouvrir son Petit Robert, peut donc nous narguer sur notre absence de « preuves »... Il n’a en réalité fait que jouer sur les mots.
Je poursuis donc sur l’approche purement méthodologique, puisque l’auteur a lui-même acté que son article ne reposait pas sur les faits (sic) (« Enfin, cet article n’a pas non plus pour objet de démonter un par un les arguments en faveur d’une réouverture du dossier sur le 11-Septembre. Il s’attaquera aux fondements et aux méthodes du mouvement plutôt qu’aux arguments avancés en eux-mêmes (même si certains serviront d’exemple) [...]. »).
La caricature de nos propos est un autre travers habituel de nos détracteurs et le présent article ne déroge pas à l’habitude. L’auteur écrit : « Pour prouver que la théorie du complot est scientifiquement vraiE, il ne suffit donc pas d’accumuler les présomptions. Il faut soit montrer qu’aucune théorie concurrente n’est crédible ([...]), soit montrer que cette théorie est la plus économique en présupposés ad-hoc ([...].) ».
Pourquoi une vision binaire des choses ? L’ennui, cher auteur, c’est que vous vous trompez tout simplement de méthode. Nous ne sommes pas à la recherche de ce qui est « scientifiquement vrai ». Si nous avions suffisamment d’éléments pour atteindre cet objectif, nul doute que cela nous ferait plaisir. Mais du fait de la dissimulation opérée par le gouvernement US, les conditions ne sont malheureusement pas réunies. C’est pourquoi, comme je le disais : qu’importent les preuves ! La Justice ne traite-t-elle pas des affaires où les preuves matérielles et irréfutables manquent ? Comme par exemple, récemment, le procès Colonna ? Il faut bien que la justice passe, même lorsque les preuves formelles et irréfutables n’existent pas. On ne va pas relâcher sans jugement un possible dangereux criminel sous prétexte que les preuves irréfutables manquent ! Donc, les jurés, après examen des preuves (au sens du Petit Robert), se forgent leur intime conviction et rendent ainsi la justice. L’accusé est alors jugé coupable ou innocent. Les jurés doivent se satisfaire des « présomptions accumulées », comme vous dites, celles justement dont vous dites qu’elles « ne suffisent pas ». Eh oui, le monde n’est pas toujours idéal ! Il faut parfois se satisfaire de ce que l’on a ! Le monde n’est pas idéal mais prendre le risque de laisser courir un criminel n’est pas idéal non plus, vous en conviendrez. Par conséquent, oui, il faut prendre en compte les « présomptions » (qui sont en fait des preuves), évidemment. Et c’est ce travail-là que ni vous, ni les journalistes n’avez entrepris. Que diriez-vous d’un tribunal qui refuserait d’étudier certaines présomptions ? Au prétexte qu’elles ne sont que des « présomptions » et non des preuves ? Ce tribunal rendrait-il une justice honnête ? Assurément, non. Ce serait, au contraire, un tribunal manifestement arbitraire puisqu’ayant tranché à l’avance entre les présomptions présentables (qu’il appelle « preuves » pour leur donner de l’allure) et celles qui ne le sont pas...
L’auteur vient de faire connaissance avec la notion de meilleure hypothèse, un objectif que la « méthode scientifique » qu’il propose ne poursuit pas (sa méthode poursuit l’objectif de « la » vérité scientifique).
Et l’auteur se garde bien dans son article d’insister sur les « présomptions » bien légères sur lesquelles repose la version officielle...
L’auteur s’emmêle aussi les pinceaux lorsqu’il écrit, un peu vite, que le fait que notre « théorie [soit marginale] et peu médiatisé[e] prouve justement que tout est fait pour cacher celle-ci. La théorie s’auto-valide. ». S’auto-valide ? Je porte à l’attention de l’auteur que le silence des médias est un fait indépendant de notre volonté et que nous n’avons pas créé ce silence pour notre bon plaisir ! Et que nous nous démenons comme de beaux diables pour le faire sauter. Il est un fait que les médias sont silencieux et l’auteur ne peut pas traiter une situation où les médias sont silencieux comme une situation où ils seraient bavards. Ou alors, l’auteur s’affranchit des faits et élabore des... théories.
Je suis néanmoins ravi de lire enfin que l’auteur reconnaît qu’il est « possible d’émettre un faisceau de suspicions à l’encontre du gouvernement américain sur les attentats du 11-Septembre ». Hourra ! Nous y sommes presque. La version officielle reposant, elle aussi, sur un « faisceau de suspicions » (plutôt moins que plus solide que le précédent...), nous sommes donc à égalité. Faisceau de suspicions contre faisceau de suspicions. Quelle méthode l’auteur nous propose-t-il pour sortir de cette ornière ?
Il faudrait des pages pour répondre à l’ensemble de l’article ; qu’on me pardonne de m’arrêter là.
Cordialement,
Yves Ducourneau
PS : Si le lecteur préfère pour le mot « preuve » un sens plus strict, bien distinct de la « présomption », peu m’importe du moment que le même sens est utilisé pour la version officielle et pour la version dissidente.