A Spirou.
Concernant votre premier grand paragraphe, votre raisonnement est rigoureux et j’y souscris en partie bien que je pense que le pacte qui existait entre les Beni Kharzradj et les Beni Qainoqâ a bien été rompu, non pas parce que les juifs auraient pu ne pas avoir la vie sauve, mais par le fait d’une entente préalable probable entre Mahomet et les Beni Kharzadj. Tabari est très clair : toute l’industrie de Médine était entre les mains des juifs Beni Qainoqâ. Et il précise que les musulmans s’emparèrent de tout cela. J’ai peine à croire que les Beni Kharzrad n’aient pas trouvé quelque avantage dans l’expulsion des Beni Qainoqâ.
En ce qui concerne l’anéantissement des Benî Qoraïzha, c’est le mot « anéantissement » qui pose problème. Tabari dit que Mahomet fit transporter à Médine tous leurs biens. Qu’est-ce que Tabari entend par « biens ». Même question : qu’est-ce que Tabari entend par « butin ». Il me semble qu’en priorité ce soit des armes. Autrement dit, cela pourrait seulement signifier que Mahomet a désarmé ces juifs et qu’il a redistribué l’armement saisi à ses troupes. Contrairement aux Beni Qainoqâ entre les mains desquels se trouvait toute l’industrie de Médine, les Benî Qoraïzha vivaient probablement de l’exploitation de leurs terres et de leurs plantations. Pourquoi Mahomet les auraient-ils massacrés alors qu’il pouvait continuer à les faire travailler, mais sous son autorité et sous sa protection ?
Si l’on comprend votre mot « anéantissement » dans le sens de "disparition des Benî Qoraïzha en tant que structure tribale suivant votre expression, je suis tout à fait d’accord. Mais là, je rejoins mon hypothèse, à savoir qu’après leur avoir coupé symboliquement la tête, il les a fait entrer dans l’ummah sous le symbole de la très belle jeune fille nommée Ri’hâna.
Vous dites : Je comprends votre position mais n’aurait-il pas fallu expliquer votre méthodologie au début de votre article ?
Réponse : Il faut se placer dans le contexte de l’après-attentat du 11 septembre lorsque j’ai écrit cet article. Peut-être que j’aurais dû apporter plus de précisions dans le préambule de mon article ?
Concernant votre dernier grand paragraphe, vous avez tout à fait raison de citer Ibn Ishaq. Pour ma part, je pense en effet qu’avec son texte et celui de Tabari, nous avons les témoignages les plus importants, les plus authentiques et les plus anciens sur Mahomet et les débuts de l’islam (je pense que le Tabari qui vivait au Xème siècle est un compilateur et qu’il a recopié dans sa chronique des textes plus anciens). La difficulté réside dans le « Comment les comprendre, comment les interpréter, comment les traduire ? »
Et pour revenir au sujet qui nous intéresse « l’anéantissement des Benî Qoraïzha », je serais prêt à faire un pari suivant l’exemple de Pascal. Parions que la très belle jeune fille nommée Ri’hâna que Mahomet a épousée est une population, la population de la tribu Benî Qoraïzha dissoute. Si nous perdons, nous ne perdons rien. Si nous gagnons, nous allons peut-être pouvoir mieux comprendre ce qui s’est passé et avancer dans la connaissance. Cela paraît absurde. Pas sûr ? Dans l’esprit de mon article, Mahomet est un chef de guerre. Quel intérêt pour un chef de guerre, candidat au pouvoir politique suprême d’épouser, à cette époque, une femme aussi belle qu’elle soit ? Aucun ! En revanche, épouser une population, oui ! deux fois oui ! trois fois oui ! cent fois oui !
Question intéressante.
Amicalement.
E. Mourey