A Spirou
Vous dites. Pour ma part, je crois plutôt que les Beni Kharzadj ne voulaient pas transgresser les normes habituelles de la razzia, surtout avec un ancien allié. Dans l’Arabie préislamique, la tradition arabe demandait qu’on soutînt ses confédérés quelle que soit leur conduite vis-à-vis des autres pourvu qu’ils vous demeurent fidèles. Je crois que c’est essentiellement pour cela qu’Ibn Ubayyi sayyid des Khazradj intervint en faveur des Beni Qainoqâ. D’autant que la disparition de cette tribu signe la perte d’un allié de poids pour contrebalancer la puissance des Aws.
E.M. Si on raisonne sur le plan militaire, Mahomet avait trois solutions pour régler le problème Beni Qainoqâ. 1. les faire entrer dans son ummah, solution inacceptable, car en les laissant dans leurs maisons de Médine à côté de leurs fabriques dont ils avaient été spoliés, Mahomet en faisait un foyer d’insurrection. 2. les massacrer, mais alors c’était compromettre toute possibilité d’entente avec les autres tribus juives. 3. En fait, l’intervention « de façade » du chef Khazradj a permis à Mahomet de régler la question beaucoup plus dans l’intérêt de sa politique que dans le respect d’une « norme » à laquelle je ne crois pas beaucoup.
Vous dites : ... On voit donc que les exécutions sont orientées en fonction du potentiel de menace et en fonction des liens qu’entretiennent les prisonniers avec leurs vainqueurs...
Vous dites aussi :...Pour éviter l’opprobre et tuer dans l’oeuf le cycle des vendettas , deux condamnés sont remis à chacun des clans et sous-clans de manière à ce que tous les clans participent à l’acte de répandre le sang.
E. M. Tout à fait d’accord en ce qui concerne votre deuxième phrase. La situation à laquelle doit faire face Mahomet est une situation de vendetta permanente. Pour calmer cette vendetta de l’œil pour œil, dent pour dent, selon le Deutéronome, Mahomet livre des prisonniers aux factions en lutte (libre ensuite aux chefs de clans de les exécuter ou de faire des échanges).
En ce qui concerne votre première phrase et tout l’extrait que vous me donnez du livre de Tabari, la question est de savoir s’il y a vraiment eu exécution de masse ou si cette description n’est qu’une mise en scène « poétique » mais « macabre » ; dans quelle intention ? point d’interrogation.
Qu’il y ait une logique dans la façon dont Tabari explique « l’élimination du potentiel de menace », j’y souscris tout à fait. Qu’il y ait eu exécutions capitales, je ne suis pas angélique au point de dire qu’il n’y en ait pas eu, mais l’holocauste d’une population de 800 hommes, non vraiment, je n’en vois pas l’intérêt politique. Je crois plutôt à la dissolution d’une organisation de type militaire qui repose, à la base, sur des groupes de sept hommes. 800 multiplié par 7, cela fait une population de 5 600 hommes qui, en cas de mobilisation, font 5 600 combattants.
Dans cette hypothèse, ce ne serait pas des têtes d’hommes que Mahomet aurait fait trancher, mais des têtes de groupes. Toujours dans cette hypothèse, si des groupes ou des conseils n’ont pas eu la tête tranchée - je rectifie : n’ont pas été dissous - c’est pour une raison politique comme vous l’expliquez d’ailleurs très bien.
Je résume. Alors que Mahomet avait tout intérêt à chasser les Beni Qainoqâ, il avait, en revanche, tout intérêt à faire entrer les Beni Qoraïzha dans son ummah... mais après avoir dissous leur organisation.
Et voilà qu’apparaît ensuite la très belle Ri’hâna, merveilleuse résurrection.
E.M. Concernant votre dernier paragraphe. Oui, il n’y aucun doute sur le fait que si les Juifs avaient reconnu Mahomet comme prophète, cela aurait été beaucoup plus simple pour lui, mais est-ce que cela l’aurait empêché de fonder une nouvelle religion, selon lui de réforme, non je ne le pense pas. Hier, comme toujours, comme aujourd’hui encore, les hommes s’affrontent avec comme drapeau le mythe de la nouvelle société à construire.
E.M. Concernant les textes. Mis à part celui de Tabari et certains textes d’Ibn Ishâq, je suis très sceptique quant au crédit qu’on peut accorder aux autres, notamment les hadiths. Cela me fait penser aux Yahvé a dit et aux Jésus a dit. La traduction que j’ai du livre de Tabari me donne l’impression d’un document authentique rédigé peu de temps après la mort de Mahomet. Il n’est encombré ni d’hadiths ni d’histoires merveilleuses comme l’Abrégé de la vie du Prophète de Ibn Hicham dont on sait avec certitude dans quelles conditions et à quel moment il a été rédigé.
Vous dites que Mahomet était un homme qui aimait les femmes. Mais, est-on vraiment sûr que Mahomet ait été un homme ? Les témoignages non musulmans sont rares et contradictoires. Mais cela est une autre histoire.
Amicalement.
E. Mourey