Cher Paul Villach
Cette publicité est , d’un point de vue médical , véritablement fallacieuse !
En effet , quelles maladies peuvent rendre les jambes des femmes disgracieuses ?
1°) Tout d’abord il y a l’ensemble des déformations congénitales ( pied bots , luxation de hanche , mauvaise géométrie du genou , etc ...), ou acquises par accident ( fractures mal remises , brûlures et autres ) . Il est clair qu’on voit mal une paire de collants arranger un pied bot ou une jambe de travers . Par ailleurs , un chirurgien esthétique serait bien en peine d’y faire quoi que ce soit : les spécialistes concernés par ces disgrâces sont les chirurgiens orthopédiques , ou les spécialistes en chirurgie réparatrice cutanée pour les brûlures !
2°) Numériquement , l’essentiel de ces disgrâces est constituée par les problèmes de circulation veineuse , autrement dit les varices ( et gonflement de jambes inesthétiques qui en résultent souvent ) .
La encore , les chirurgiens esthétiques sont bien en peine d’y faire quoi que ce soit , puisque les spécialistes concernés sont les chirurgiens vasculaires , qui font des opérations de plus en plus sophistiquées à ce sujet . Les collants Well seraient également incapables d’y faire quoi que ce soit , puisqu’ils ont des concurrents bien plus efficaces , car spécialement étudiés à cet effet : les bas et collants à varices ( telle que les fabrique la société Sigvaris ) . Ces collants , qui sont nettement moins glamour que les collants Well ( bien qu’ils aient fait un effort de recherche esthétique apprécié ) , appliquent une pression de bas en haut permettant aux femmes qui les portent d’avoir les jambes moins oedémateuses le soir . Néanmoins , gageons qu’aucune porteuse de ce type de collants ne laisserait à son amant le soin de les lui enlever ! A noter que les chaussures à talons portées sur la photo de la pub Well sont les grandes pourvoyeuses de ce genre de problèmes , cf mon commentaire ici , qui vous avait désespéré :
http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=33147
3°) Le dernier problème rendant les jambes disgracieuses est celui de la " cellulite ". Et là , il faut tordre le cou à des idées reçues : non la cellulite n’est pas une maladie ni une inflammation, contrairement à ce que pourrait laisser supposer l’inapproprié suffixe " ...ite " ! Ce que les femmes appellent de façon erronée la " cellulite ", c’est tout simplement un stock de graisses de réserve de dernier recours , qui permettent aux femmes qui en sont porteuses en quantité suffisante d’allaiter en période de famine , ou de survivre plus longtemps dans un camp de concentration, par exemple . Aucun régime ne peut faire diminuer ces graisses de réserve . Lorsqu’elles disparaissent chez les anorexiques mentales , le décès n’est malheureusement plus très loin ...
Le caractère inesthétique de cette graisse de survie est une notion très récente : en effet , si l’on regarde les statuettes des " Vénus préhistoriques " , on peut voir qu’elles étaient particulièrement dotées par la nature dans ce domaine . Même constatation lorsqu’on regarde les tableaux de Rubens , voire de Renoir . A ces époques , les femmes dépourvues de cellulite résistaient mal aux disettes , et ne pouvaient plus ,dans ces périodes, allaiter leur progéniture , d’où désavantage évolutif certain par rapport aux femmes amplement pourvues de ce que nous considérons maintenant comme une disgrâce , mais devait être perçu à l’époque comme très séduisant . La disparition des famines dans le monde industrialisé fait qu’une sélection sexuelle a remplacé la sélection naturelle , et que les femmes ayant des jambes telles que celles représentées sur la pub ont plus de chances de trouver un partenaire que l’équivalent moderne des Vénus préhistoriques , et donc ont plus de chances de se reproduire !
Bien entendu , les collants Well sont inefficaces pour regalber selon des critères esthétiques contemporains des jambes agrémentées de cellulite , et ne sauraient concurrencer l’action du chirurgien esthétique, qui se fera un plaisir de pratiquer une liposuccion de ces graisses de secours, laquelle grèvera lourdement l’espérance de vie de ces femmes si les aléas liés aux changements climatiques, ou ceux liés à la politique internationale faisaient réapparaître disettes et/ou camps de concentrations !
Quant au caractère esthétique de cette chirurgie , il reste douteux , l’aspect de " peau d’orange " de la " cellulite " qui contrarie tellement nos contemporaines étant souvent remplacé par une consistance gauffrée ou en " tôle ondulée " du revêtement cutané , qui ne vaut guère mieux !