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Accueil du site > Tribune Libre > La Poste : démolition programmée

La Poste : démolition programmée

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La Poste va supprimer 441 bureaux supplémentaires en 2027…

Le facteur, personnage indétrônable du fond des campagnes. Le bon gars moustachu qui apportait un peu de l’au-delà des haies et des futaies. À bicyclette, avec ses grosses sacoches, il débarquait un peu essoufflé, toujours de bonne humeur et lançait d’un peu loin, « alors la tite dame, comment ça va ? », il enjambait la barre transversale de son vélo lourd comme un cheval mort et tel un don Quichotte descendant de Rossinante, il avançait à grands pas et venait se planter dans l’embrasure, ouvrait sa grosse musette et en extirpait lettres, catalogues et surtout des cartes postales, qui donnaient de la couleur, de l’exotisme sur papier glacé. « Allez facteur, vous prendrez bien un p’tit coup ? » ; son oui était de se lisser les moustaches. Il ne s’asseyait pas, descendait le gorgeon de rouge, claquait de la langue, et promptement en partant ajoutait « C’est pas l’ tout, j’dois finir ma tournée ! » Ainsi fut le monde rural et son facteur jusqu’à l’orée des années 80. On aurait pu presque l’imaginer le voir venir à cheval ; puis vinrent les Renault jaunes, comme dans le film Les Visiteurs. Le facteur motorisé faisant le travail de cinq de ses anciens collègues d’antan ; fit qu’il devint un homme pressé, condamné à des résultats, à du rendement, en plus il fallait glisser les publicités dans les boîtes à lettres et faire de la vente, puis, du portage de repas, du services à la personne, puis… le bureau de poste ferma, et tout cet univers partit à la casse des souvenirs sans retour. La France avait tourné la page, restait plus qu’à se motoriser, conduire 10, 20 km pour aller chercher son courrier, ses recommandés, ses colis.

Le facteur lui ? Sur pellicule de Tati.

La leçon américaine

Étant américain, j’ai toujours eu quelques coups d’avance sur ce qu’il va se dérouler en France.

Ce qui se passe en France est arrivé il y a 50 ans en Californie. La planification du passage d’un service public très efficace à des sociétés privées qui engrangent des fortunes en faisant un travail qui auparavant était presque gratuit : soyons moderne et raquez !!!

The U.S. Post Office. Certainement une des meilleures postes du monde question organisation, délais, sécurité des livraisons et tous ces braves gars en uniforme qui faisaient la réputation de l’établissement.[i] L’acheminement des lettres en Amérique fut une aventure construite par la Pony Express. Des hommes à cheval qui se relayaient nuit et jour afin de faire traverser le continent au courrier. Pour illustrer : ces cavaliers mettaient environ 10 jours pour se transporter entre Saint Joseph (Missouri) et Sacramento (Californie), soit environ 3 200 km.

Puis vinrent les années 70. Avec le Postal Reorganization Act transforme le Post Office Department en United States Postal Service (USPS), opérationnel à partir de 1971. Cette réforme transforme profondément le statut et le fonctionnement du service postal américain par le développement des sociétés privées de livraison. Ensuite viennent les livraisons express en un temps record.

Ce n’était pas la première fois qu’aux États-Unis on enterrait un système public efficace, contre de la rentabilité privée.

Los Angeles jusqu’aux années 50 avait l’un des meilleurs systèmes de tramway au monde, d’ailleurs lorsque vous regardez des actualités des années 40 à Hollywood, la ville est couverte de rails, et les wagons circulent partout, les gens montent et descendent en marche.[ii]

Fin des années 40, des réunions eurent lieu entre les constructeurs d’autos, les BTP d’autoroutes, les pétroliers et les fabricants de pneus. Ce qu’il en ressortit fut : d’abord on se débarrasse des trams, remplacés par des bus, remplacés par l’automobile. La dégradation du service faisant partie du mécanisme de démantèlement. D’abord, → réduction de la fréquence → attente de plus en plus longue → service moins pratique → mécontentement des usagers → baisse de fréquentation → pertes financières → argument : « le tramway n’est plus rentable » → remplacement par les autobus… qui à leur tour furent remplacés par les autos des 5 bigs de Détroit, roulant sur des 6 voies.

Je ne peux m’empêcher de mentionner ce détail croustillant : les anciens tramways en bois de Los Angeles ne finirent pas tous à la casse. Certains servirent de combustible pour Hollywood. La scène de l’incendie d’Atlanta dans Autant en emporte le vent, la production fit un grand tas et brûla les anciens éléments et wagons récupérés sur les réseaux. Ainsi, une partie du vieux L.A. partait en fumée pour en fabriquer un nouveau tel qu’on le connaît… la cité des anges.

Vous aurez compris que cette digression n’est pas là pour faire de la figuration, car elle peut s’appliquer pour un peu tout. Pour la Poste, même processus, même résultats : file de plus en plus longue → trop de services disparates → mécontentement des usagers → courriers et colis qui se perdent → pertes financières → argument : « la Poste n’est plus rentable » → remplacement par des services d’expédition privés.

Suite à cet énoncé qui n’annonce rien de bon, qui cependant ne peut être justifiée dans les détails, mais qui concourt à un sentiment confus d’abandon, que la domination d’Internet sert à enfermer le courrier postal dans l’image d’une technologie dépassée et que la notion d’envoyer une missive, un timbre, la boîte aux lettres devient comme un retour vers le passé, alors que partout il est dit d’économiser le papier.

La Poste va supprimer 441 bureaux

Et depuis 2018, 20 % des bureaux ont été supprimés en majorité en ruralité et dans les quartiers populaires.

Pourquoi ? La Poste donne officiellement trois raisons principales :

Le courrier s’effondre : environ 18 milliards de plis en 2008 contre 5 milliards en 2025.

La fréquentation des bureaux chute : environ 2 millions de clients par jour en 2008 contre 741 000 en 2024.

Les opérations se numérisent : plus de 80 % des virements sont désormais réalisés en ligne. = Maintien d’un bureau physique coûteux devenu non justifiable économiquement.

Là, ce sont les arguments de notre temps, mais si nous reculons un peu…

La Poste fait longtemps partie d’un vaste ensemble avec les PTT (Postes, Télégraphes et Téléphones).

Avec l’augmentation des échanges commerciaux et de la consommation, le transport des colis prend de l’importance. La Poste développe progressivement des services spécialisés. Chronopost est créé en 1985, avec l’objectif de proposer du courrier et du colis express.

1991 : changement majeur, La Poste cesse d’être une administration classique et devient un exploitant public autonome, avec France Télécom, à la suite de la réforme des PTT.

En même temps, mondialement, le service des postes laissait ouverte la porte à la concurrence de compagnies très puissantes comme : DHL Express, l’allemande, FedEx et UPS, les américaines. Mais aussi : SF Express, Chine. Aramex, Moyen-Orient. CJ Logistics, Corée du Sud et des européennes, DPD / Geopost – GLS – Hermès. Toutes propriétaires de gros porteurs capables de traverser les océans en une nuit et de livrer les colis en moins de 24 heures… un monstre était né, avec un marché mondial de la livraison express au sens large estimé autour de 270 à 350 milliards de dollars par an.

Notre Poste, pourtant, ne fait pas de la figuration dans cette jungle : sa branche Geopost, avec Chronopost, DPD et d’autres marques, a réalisé 13,6 milliards d’euros de chiffre d’affaires dans le colis et l’express en 2025, pour 2,24 milliards de colis distribués dans le monde. Donc, le business d’envoi se monte en milliards et pourtant on ferme des bureaux.

Les technocrates diront que La Poste se « repositionne », vers des marchés dynamiques, quant au bureau perdu à Trifouilli les oies… pas rentable, on ferme ! Tout cela au nom de la rentabilité.

L’idée d’un service public dans ce monde capitaliste est pour ses aficionados une aberration : que ce soit les écoles, les hôpitaux, maisons de la culture, les gendarmeries… Il faut fermer, et débrouillez-vous !

Alors, ma petite histoire du facteur du début fait penser à des temps révolus, comme dans Paris, le pas des chevaux, le vacarme des roues en fer et des crottins épars.

Tout a disparu.

Georges ZETER/septembre 2026

Sources

· Sénat — Réduction du réseau postal dans les territoires ruraux (2026)

· Sénat — Fermeture d'agences postales en milieu rural (2026)

· France 3 Régions — Cartographie des bureaux menacés de fermeture

· Service-Public.fr — Accès aux services publics en milieu rural

· Sénat — Rapport d'information n° 356 sur le rôle de La Poste et son maillage territorial

· Arcep — Observatoire des activités postales en France

· Banque de France — Observatoire de la numérisation des services bancaires

· USPS Historian — Public Law 91-375 & The Postal Reorganization Act

· Library of Congress — Pacific Electric Railway Historical Overview

· 99% Invisible — Histoire et controverse du démantèlement des Red Cars à Los Angeles

· Légifrance — Loi n° 90-568 du 2 juillet 1990 relative au service public des postes et télécommunications

· La Poste Groupe — Résultats annuels de Geopost

· GeoPost — Bilans d'activité et chiffres clés du réseau mondial DPD/Chronopost


[i]Un documentaire The Postal Service : Delivering America — documentaire consacré à l’histoire et à l’évolution de l’US Postal Service et son démantèlement.

[ii]Le documentaire sur les tramways de Los Angeles s’appelle : Taken for a Ride (1996) Réalisé par Jim Klein et Martha Olson. Il traite du Great American Streetcar Scandal et du démantèlement des réseaux de tramways américains.


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8 réactions à cet article    


  • ETTORE ETTORE 25 septembre 13:56

    Pouvons nous légitimement penser, suite à cette annonce de destruction massive..

    QUE..... Tout ce qui peut relier les gens, DOIT être supprimé, ou , contrôlé ?

    En tous cas, actuellement sur cette terre de France, plus rien ne pousse, sous l’ombre maphitique d’un timbré, en poste restante depuis presque 10 ans.


    • Octave C Lebel Octave C Lebel 25 septembre 16:54

      @ETTORE

      À nous de voir si nous voulons être couillonnés une fois de plus.

      Macron n’est que le serviteur du système et d’autres faisant semblant de lui trouver des défauts se verraient bien prendre les commandes pour changer les apparences en nous chantant une vieille romance dans laquelle rien n’est nouveau en fait. Pour  servir les mêmes intérêts. Pas de vraie surprise pour qui est un peu attentif. Tous ces gens votent à quelques nuances près ensemble les mêmes lois, avec les mêmes arguments, au service de la même organisation économique tout en en dénonçant les conséquences auxquelles ils prétendent par la vertu magique qu’apparemment le fait d’être candidat leur attribue y remédier dès demain parce c’est eux. Leur principal talent jusqu’ici a été de faire augmenter l’abstention qui en réalité les arrangent parce que les nantis et les supernantis eux n’oublient jamais de voter. Si je dis que pour l’essentiel les médias entretiennent et participent à la comédie, qui me dira qu’il ne s’en est pas aperçu ? Ils font ensemble, de concert, ce qu’ils peuvent pour essayer de nous égarer et diviser dans notre prétention à plus d’efficacité économique. Plus de justice sociale. Plus de pratiques citoyennes nous donnant les moyens de nous impliquer et de nous faire respecter en exigeant dorénavant d’être correctement informés et que les élus soient responsables en cours de mandat en cas de manquements graves. On ne peut pas décemment fonder une démocratie sur une prime aux tricheurs et aux menteurs (Sarkozy, Hollande, Macron) avec des médias en qui 75% d’entre nous disent ne pas avoir confiance et des sondages qui sont à la réalité ce que sont les photos de la plupart des peoples. Il nous reste juste à repérer qui sont les tricheurs et les menteurs. Je pense que ce n’est pas difficile de le voir et comprendre. Un dernier mot, si le processus démocratique n’est pas saboté d’une manière ou d’une autre, malgré toute la comédie des querelles de personnes et des postures bien tardives pour avoir l’air tout d’un coup de découvrir ce que représente réellement l’Ext/droite, toute la droite, centre compris rassemblera aux moments cruciaux dans les urnes les voix de ceux qui profitent du système en ne voulant surtout pas en changer les fondamentaux quelles que sera leurs promesses de dernières minutes, avec les voix de l’extrême-droite chargée d’en ramener de la classe populaire et moyenne autant que faire se peut, par tous les moyens  (on va en voir de drôles il me semble) comme cela s’est toujours fait dans l’histoire.Nous savons dorénavant que nous pouvons compter sur ce genre de politiciens et les médias dans cette phase finale . A nous de jouer la partie pour nos intérêts cette fois-ci par le rassemblement de nos voix dans un vote utile dès le premier tour dans tous les scrutins à venir.


    • ETTORE ETTORE 25 septembre 20:27

      @Octave C Lebel

      Et QUI VOYEZ VOUS, capable de rétablir nos paraboles de libertés sabotées, et l’espoir d’un cheminement libératoire, qui ne laisserait pas derriere lui, des
      « gens communs » devenus à coups de désespoir forcé, des parias, comme la queue d’une comète en désintégration, sans avoir tiré ....des plans dessus ?


    • Parrhesia Parrhesia 25 septembre 16:18

      Et de nombreux clients qui, pour des raisons de proximité et dans l’espérance que  La Poste n’ait pas totalement oublié a notion de service, ont pris un compte à la Banque Postale, vont se retrouver avec un doigt dans l’œil et l’autre dans la colonne des pertes et profits. 


      • Com une outre 25 septembre 16:31

        Et si il n’y avait que la Poste. C’est pareil avec les impôts, plus de perceptions, les administrations n’ont plus de téléphone, courriels uniquement de plus en plus. C’est bien une volonté de détruire le service public, devenu très mal nommé. Car du service il n’y en a plus. On nous impose une façon de faire et on nous empêche de nous plaindre quand il y a un litige. En plus, tout prend un temps infini, ce qui rebute de nombreux usagers. L’administration impose, et nous n’avons plus droit à la parole qu’après un parcours du combattant. Et pire encore, nombre d’opérations des administrations sont sous-traitées au secteur privé, et l’administration est incapable de résoudre bien des problèmes, elle n’est pas maître de ses données. Mais cela permet aux politiciens surtout de droite de faire croire aux crétins qu’ils dégraissent tous ces feignants, tous ces clampins de l’administration qui ne servent à rien. Idée séduisante mais appliquée aux mauvais étages du mille-feuille administratif, en perpétuelle expansion pour faire respecter les normes absconses décidées tous les jours. Vraiment, ce monde marche sur la tête, sur nos têtes plutôt.


        • Decouz 25 septembre 17:33

          Quand j’ai passé le concours d’agent d’exploitation, il y avait comme choix postes ou télécoms, en passant des concours plus élevés, « contrôleur » qui contrôlait pas grand chose d’ailleurs, puis inspecteur, on avait toujours le choix, puis il y a eu un « grand débat », avec Longuet comme ministre, en fait ce grand débat sous couvert de modernisation annonçait la séparation entre poste et télécoms, qui devint effective peu après, le débat était juste de la poudre aux yeux pour les agents, cependant j’ai toujours suivi la filière télécom, tout en préparant un concours pour une autre administration, j’étais opérateur international il fallait parler anglais, espagnol ou allemand, du moins le nécessaire pour ce travail, il y avait encore un certain nombre de pays qui était encore en mode manuel, par ex on passait beaucoup de communication entre l’Afghanistan et les exilés, en Allemagne ou ailleurs, l’Afrique ou le Moyen-Orient, il y avait en France plusieurs centres de communications internationales, celui de Paris était le plus important, mais on pouvait sentir le vent tourner, des méthodes de management issues du privé se sont installées « entretien de progrès ! », mais les Américain(e)s avec qui nous étions en relation ne prononçaient plus comme nous une formule comme nous disions « Paris bonjour », pour eux par ex « New York bonjour, » mais annonçaient le nom d’une compagnie privée, et étaient de plus en plus rapides, sans formules de politesse, puis ça a continué aussi bien à la Poste qu’à FT, FT est devenu une société nationale, puis une société privée, les fonctionnaires pouvaient garder leur statut, mais ils étaient forcement de plus en plus isolés avec les nouvelles règles, pour ma part j’ai réussi un concours pour une autre administration.


          • Fergus Fergus 26 septembre 13:29

            Bonjour, George

            Soyons objectifs, cette évolution va dans le sens de l’histoire. Comme vous le soulignez vous-même, le courrier s’effondre, et beaucoup de démarches peuvent s’effectuer en ligne.

            Personnellement, cela fait environ 2 ans que je n’ai plus mis les pieds dans un bureau de poste alors que naguère je m’y rendais au moins une demi-douzaine de fois par an. 

            Croire que l’on peut faire perdurer un modèle très largement devenu obsolète est illusoire. Voudrait-on revenir au temps des petits télégraphistes ? smiley


            • biquet biquet 26 septembre 14:15

              @Fergus
              C’est nullissime ce que vous dites. Le courrier postal est le seul moyen de transmettre des informations sans le risque d’être intercepté, piraté, volé....

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