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Commentaire de Sylvain Reboul

sur Un noyau dur européen ?


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Sylvain Reboul Sylvain Reboul 16 février 2006 15:10

Votre interessante proposition revient à remettre sur le tapis l’idée d’une Europe à deux vitesses en attendant sa réunification politique ultérieure, aujourd’hui impossible du fait de l’échec du référendum en France et aux Pays-Bas. Or je vois plusieurs difficultés à la mise en oeuvree de votre proposition.

La première et non des moindres est que les autres pays européens ne soient légitimement inquiets de voir les pays les plus riches s’entendre à leurs dépens et refusent cette hiérarchie laquelle pourrait leur imposer telle ou telle décision oiu contrainte quant aux échanges avec eux auxquels ils ne pourraient plus s’opposer.

Je me demande même s’il ne faudrait pas leur accord, sinon en droit , du moins en fait, pour établir une telle division dès lors qu’il n’aurait même pas la possibilité d’exiger faire partie de ce noyau dur (ce qui n’est pas le cas pour la zone Euro)

La deuxième est politique : Il faudrait que les pays formant ce noyau dur soient d’accord sur un projet économique et social commun ménageant l’idée très française du service public monopole d’état, ce qui, au vue des résultats de notre référendum, me semble bien compromis. Vivant en partie en Allemagne je peux vous dire qu’on est très loin d’un tel accord et je vois mal un noyau dur avec la France sans l’Allemagne.

Enfin vous parlez me semble-t-il avec quelque mépris de l’Europe qui ne serait pas une grande puissance mais une grande Suisse. D’abord il s’agit de s’entendre sur la notion de puissance pour écarter d’emblée l’idée d’une puissance aggressive et guerrière ou conquérante. La Suisse n’a pas connu la guerre depuis des siècles et c’est une démocratie pluraliste. Il convient de rendre hommage à sa sagesse politique et à son refus de se voir imposer une guerre extérieure quelconque. Ensuite si l’Europe doit être forte c’est en tant que fédération ou confédération pacifiante. En elle-même et à l’extérieur, ce qui peut impliquer des interventions extérieures, mais dans le seul cadre des décisions de l’ONU et du Conseil de Sécurité (qu’il faudrait redéfinir), mais pas par la menace ou le chantage permanents et préventifs sur les états qui ne se conformeraient pas à ses vues , aux contraire du gouvernement US actuel.

Sur la plan poltique il me semble que le TCE contient beaucoup de points qui peuvent (encore) faire l’accord entre les 25 et/ou 27 sur des bases non pas seulement libérales (et nous vivons tous en économie libérale) et encore moins ultra-libérales de l’économie, mais aussi et surtout sur des droits individuels, politiques et sociaux des individus qui faisaient de ce traité un traité typiquement internationaliste et social-démocrate.

C’est tellement vrai que la plupart des états européens ont ratifié le TCE ; c’est donc la France qui se trouve en position de refus de l’Europe réelle et qui devra donc revoir un jour ou l’autre sa position (avec ou sans référendum), si elle ne veut pas se voir isolée et en subir les conséquences politiques. Je confirme qu’il n’est pas question pour les allemands et les espagnols par exemple de s’aligner inconditionnellement sur le refus du TCE par la France et/ou de faire comme si un tel refus pouvait et devait donner jour à un noyau dur plus ou moins fusionnel entre ces pays. Aucun pays en l’état n’est prêt à se soumettre à la position française et surtout à un dictat de sa part qui serait perçu comme particulièrement arrogant dès lors qu’il prétendrait imposer à ses partenaires un accord sur ses conditions et sa vision mythique social-nationale, y compris chez elle, des rapports entre la poltique et l’économie et du service public. En cela le TCE n’est pas derrière nous, comme le proclame la direction du PS, pour fuir le débat et la clarification nécessaires internes entre les partisans d’un socialisme d’état et les sociaux-libéraux plus ou moins honteux, mais devant Ségolène Royal, laquelle se présente comme candidate socialiste à la candidature aux présidentielles et qui « ose » penser par elle-même, l’a très bien compris. J’espère, sans illusion au regard de la clientèle électorale de leur parti, qu’elle sera entendue par les militants de PS

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