Clairement, l’innocence américaine est postulée dès le départ dans cette émission.
Tous les éléments qu’apporte Monsieur X lui font logiquement se
demander s’il n’y a pas eu « laisser faire »... et s’il avait parlé du
rapport du PNAC, la logique lui aurait paru encore plus implacable. Mais au final, il dit ne pas pouvoir y croire... le machiavélisme ayant selon lui des limites...
Il cherche alors une alternative à ce scénario trop dérangeant
(psychologiquement), et avance l’idée que les avertissements (notamment
ceux de Richard Clarke) n’étaient pas écoutés par la Maison Blanche car
ils mettaient aussi en cause les Saoudiens... et qu’il était hors de
question pour Bush de brouiller cette relation privilégiée... ce qui
signifierait que ces partenaires en affaires jouiraient d’une impunité
totale, quoi qu’ils fassent !
Notons que cette hypothèse rejoint encore le scénario du « laisser faire » ;
seul le motif change : on ne laisse plus faire parce qu’on souhaite que
les attentats se produisent, mais parce qu’on n’ose pas toucher à son
meilleur allié... aussi ambivalent soit-il.
Il faut noter que le point de départ de la 3e émission est, me
semble-t-il, faux : Pesnot dit en effet que, pour Bush, le danger
principal en 2001 résidait en Irak ; d’où son obsession
de l’Irak, qui lui aurait fait manquer les avertissements que ses
services secrets avaient pourtant récoltés (le 11/9 n’étant pas,
rappelons-le, une faillite du renseignement, mais du pouvoir politique).
Or, on a vu que deux des plus éminents membres de l’administration
Bush avaient reconnu, début 2001, que l’Irak ne représentait en rien un
danger... L’obsession irakienne était donc indépendante d’un quelconque danger. Le pays était convoité, non pas craint. Ce pourquoi l’idée (défendue par Monsieur X) d’un aveuglement
ne me paraît pas intelligible. Il faudrait l’expliciter... Qu’est-ce
qui aurait pu éblouir à ce point Bush et son administration pour qu’ils
refusent de voir les avertissements qu’on leur présentait ?
D’abord, les officiels américains ont soutenu qu’aucun avertissement n’avait été reçu ; cela seul pouvait expliquer qu’ils n’aient rien fait pour prévenir l’attaque.
Puis,
la presse a révélé que c’était faux, que les avertissements avaient été
reçus, nombreux et parfois précis. Certes, les différentes agences
avaient mal communiqué entre elles, mais toutes, indépendamment les
unes des autres, avaient obtenu des informations : FBI, CIA, la très
secrète Able Danger... Pourquoi donc rien n’a-t-il été fait ? Car il y
eut aveuglement au plus haut
niveau, nous dit-on maintenant. « Obsession de l’Irak » (qui n’explique
pas grand chose, on l’a vu) et peur de froisser l’allié saoudien. Cette
peur revient, on l’a dit, à
une forme de « laisser faire ». Difficile d’échapper à cette
conclusion. Même s’il ne faut pas conclure...
Par ailleurs, il est inconcevable d’avoir éludé, dans cette émission, la description précise des exercices de simulation militaire
qui avaient lieu le 11 septembre. Monsieur X les évoque, mais de loin,
soutenant, comme le rapport de la Commission (dans une note de bas de
page), qu’ils ont facilité la réaction. Mais lorsque l’on apprend (à
travers notamment les deux liens que j’ai donnés) qu’un, voire
plusieurs détournements d’avions étaient simulés*,
et qu’une autre simulation de crash devait se dérouler au siège du NRO,
à 40 km du Pentagone, au moment même où l’attentat sur le Pentagone
avait lieu, comment ne pas penser que ces exercices ont facilité l’action des terroristes en semant la confusion ?
*
concrètement de faux avions étaient projetés sur les écrans radar et
jusqu’à 29 appareils furent suspectés par le NORAD d’avoir été
détournés durant la journée du 11 septembre : comment expliquer ce
nombre ? Avait-on affaire à des avions réels ou virtuels ?
Et comment alors imaginer que cette coïncidence relevait du simple
hasard ? Le hasard n’est certes pas impossible, mais on ne peut
l’admettre a priori. Il faut
examiner la question. Si la coïncidence n’était pas due au hasard, qui
aurait pu la vouloir ? Nécessairement l’armée américaine ? Ou peut-on
envisager que les terroristes et leurs soutiens (saoudiens et
pakistanais) aient infiltré le système de sécurité américain ?
Dans cette réflexion sur le 11-Septembre, il faut à la fois
affronter tous les faits, même les plus troublants, n’en éviter aucun,
et prendre garde aussi aux tournures d’esprit complotistes
assez naturelles, qui consistent à se forger trop vite une certitude et
à tout lire ensuite à travers un prisme déformant : on interprète alors
tout dans le sens qu’on a décidé (alors que plusieurs interprétations
sont possibles**), et on met de côté certains éléments ou témoignages qui nuisent à notre idée préconçue.
**
par exemple, au sujet des pirates qui fréquentaient des clubs de
strip-tease, ou qui buvaient de l’alcool, cela peut être interprété
comme la preuve qu’ils n’étaient pas de vrais fondamentalistes mais des
« agents américains », des « marionnettes » (le film « Zero » le
suggère), ou comme celle de leur habileté à se dissimuler : ils se
comportaient ainsi pour ne pas être repérés, ne pas trop éveiller de
soupçons.
Les « journalistes médiatiques » ou les « éditorialistes » à la Redeker ont souvent négligé les faits, qualifiés parfois de « détails insignifiants », occupés exclusivement à dénoncer la psychologie des « complotistes ».
Quant aux chercheurs de vérité (ou « journalistes citoyens »), ils doivent
maintenir cette passion des faits, et s’efforcer de ne pas succomber
aux conclusions hâtives et faciles - voeux pieux car cette résistance
est sans doute difficile. Leurs défauts me paraissent cependant moins
graves que ceux des professionnels qui ont méprisé les faits.
Pesnot et Monsieur X, malgré une certaine frilosité, ont ramené sur
le devant de notre scène médiatique beaucoup de matière, dont on
n’avait plus l’habitude. Ils ont dit les mensonges américains,
certaines des coïncidences troublantes, qui, certes, ne permettent pas
de conclure. Ils ont semé le doute, n’ont pas cessé de le faire, tout
en essayant à chaque fois de retomber sur leurs pattes - et la version
officielle. Une version certes amendée en certains points. Et non des
moindres. Même si la vérité
devait s’en tenir à ce qu’ils ont dit là, elle serait déjà porteuse
d’un énorme scandale. Les Etats-Unis protégeant (blanchissant) leurs
alliés impliqués dans le 11-Septembre, pour sauvegarder leurs intérêts
financiers et stratégiques, et ne pas avoir à modifier leur agenda
guerrier, et monter tranquillement leur complot contre Saddam
Hussein... c’est déjà un tout petit peu gênant.