@Pierre JC Allard
Je viens vous répondre un peu tard, veuillez m’en excuser. Soit…
Vous écrivez :
« Si je comprends bien, c’ une inversion
du flux entre l’entité-sujet (individu ou collectivité) et son environnement
que vous annoncez. »
Je pense effectivement que nous sommes dans
une phase de mutation-transition où les rapports entité-sujet et environnement
sont non seulement modifiés mais clairement orientés selon un schéma voulu et
pensé.
D’un sur la question entité-sujet, que vous
définissez soit comme individu, soit comme collectivité ou communauté : je
pense que d’un des aspects essentiels est la disparition même de la
collectivité ou communauté telles qu’on pouvait les comprendre par le passé ou
telles qu’elles se définissent encore dans d’autres sociétés humaines. Collectivité
et communauté étant des ensembles formés d’individus avec leurs singularités
propres ( c’est-à-dire avec des identités construites par leur expérience
propre du monde), alors que nos sociétés postindustrielles nous présentent des
ensembles coexistants formés d’individus ayant des particularités catégorisables
( c’est-à-dire, formatés par le conditionnement-contrôle opérant actuellement)
et non plus définis par leurs singularités : soit des groupes catégoriels
plus que des communautés construites autour du lien social.
Donc passage des groupes humains liés par une
expérience commune des groupes humains liés par un conditionnement commun.
Je pense donc que la nouvelle donne est liée
au rapport entité-individu et « environnement ».
Mais là aussi, sur la notion d’environnement,
l’évolution actuelle annonce la disparition de l’environnement tel qu’on l’entendait
auparavant selon une perspective « écosystèmique » : la « conscience
collective » dans la société postindustrielle est soumise à une perception
conditionnée/influencée du Monde, et donc les représentations mentales qui en
sont issues sont « faussées », « biaisées », « orientées » :
le Monde soit l’environnement physique et/ou mental disparaît derrière le « décor »
crée par le conditionnement-contrôle de l’espace mental collectif.
Plus clairement, nous sommes arrivés à un moment crucial pour
l’Humanité, dont les conséquences pourront être la fin de l’Humanité telle que
nous la connaissons : le Conditionnement s’est substitué à l’Expérience.
Substitution dans la mécanique de construction de l’Identité, de la
Personnalité mais surtout dans le rapport au Monde, à l’Autre, dans la
perception et la représentation du Monde.
Sur vos deux questions :
a) est-ce l’environnement qui en est responsable, ou n’est
ce pas une saturation du sujet se butant à des limites naturelles, voire
physiologiques, dans le cas le l’individu ?
à vari dire, votre propos s’intègre parfaitement
aux sociétés non-occidentales, encore fondées sur l’Expérience et la Culture,
où mécaniques naturelles (voir physiologiques) sont encore des contraintes
physiques au niveau individuel. La « virtualisation » des échanges et
des « expériences individuelles » dans les sociétés occidentales,
postindustrielles a surmonté la contrainte « saturation », d’une
certaine manière, on pourrait dire que la « saturation » en tant que
contrainte a été canalisée, et « rentabilisée ». L’environnement
devenant avant tout virtuel, il est par essence « infini », l’individu
occidental est par le biais de la technique libéré des « limites et
contraintes » d’un environnement physique : conséquence : la
Culture comme fruit de l’expérience du Monde et de ses limites, expérience de
la Contrainte meurt et est remplacé par une anti-culture de contrôle,
directement en rapport avec la domination de l’Economie, et la nécessité de
faire coïncider capacité presque infinie de production et consommation en modélisant
et imposant des modèles culturels ou comportementaux : et donc en « tuant »
la Culture, l’Expérience qui se voient remplacés par l’anti-culture de contrôle
et le Conditionnement.
Et si il y a inversion, c’est bien dans la
hiérarchie Culture-Politique-Economie où la dépolitisation de l’Economie,
voulue par le libéralisme économique a entraîné la domination de l’Economie sur
l’ensemble des aspects sociétaux, et neutralisé la capacité créative et
historique de la Culture en même temps que l’innovation en Politique.
b)
Sommes-nous bien d’accord que TOUTE entité, dans TOUT environnement atteint
necessairement cet étal dans l’ensemble en forme de vases communicants qu’ils
constituent ? Si je ne suis pas sur la bonne piste, corrigez-moi
je pense que votre
postulat se tiendrait si nous faisions encore face à des écosystèmes « naturels
et historiques » mais ce n’est plus le cas des sociétés postindustrielles
qui en neutralisant Culture et Politique, se sont détachés de l’Histoire et des
contraintes du Réel.
Les causes sont à
rechercher non pas uniquement au niveau du progrès technique et de la société
de l’Information mais aussi et surtout dans l’essence même du libéralisme
économique et de ses conséquences principales : dépolitisation de l’Economie,
neutralisation de la Culture et de la Politique.
Plutôt que d’un système en
forme de vases communicants, nous voyons venir un système fondé sur « l’irrigation »,
à savoir des canaux conçus et élaborés selon un plan donné et répondant à des
schémas modélisables en fonction d’intérêts particuliers : l’Humain n’a
plus sa place dans un tel système, il n’y est plus « actif », il n’y
est plus que « passif ».
Le « choc des civilisations »
se situe à ce niveau là, entre des sociétés où l’Humain est un facteur agissant,
où la Culture subsiste, où la Politique évolue, face à des sociétés
postindustrielles passées à l’anti-culture de contrôle et à la fabrication de modes
d’existence.
Le « multiculturalisme »
de fait est bien plus une menace pour les sociétés non-occidentales que pour
les sociétés occidentales, ce n’est pas l’Occident qui se métisse mais le reste
du Monde : le but non avoué de cette farce multiculturelle est la
disparition de la Culture à l’échelle du globe.
En espèrant ne pas avoir été trop confus...
Cordialement,