@Mohammed Pascal Hilout
Je suis désolé JC, mais vous êtes toujours dans les amalgames :
Lorsque
je dis « JE », je me mets exactement à votre hauteur, celle d’un
citoyen lambda et non pas de celui qui parle au nom du Ciel.
Lorsque
je propose de faire passer une loi, je ne suis pas plus qu’une voix qui
vaut autant que la votre et vous avez tout à fait le droit de vous y
opposer. D’ailleurs, vous ne vous en privez pas.
«
Proposer » et « s’opposer », ne peuvent en aucun cas être remplacés par
« imposer », mais vous le faites avec une légèreté déconcertante, ce
qui montre que vous n’êtes pas loin de la manipulation linguistique et
de la mauvaise foi.
Désolé itou, mais je persiste à
relever une différence majeure entre le fait d’émettre une opinion
négative à l’égard du voile et celui de demander à ce que cette opinion
ait force de loi. Il ne s’agit pas de « manipulation linguistique »
mais d’un simple constat sur une divergence manifeste quant à la
finalité de nos propos respectifs.
La
loi républicaine, débattue par des citoyens, comme vous et moi, puis
éventuellement promulguée par des représentants que vous et moi avons
choisis à égalité (VOUS = MOI), cette loi impose des limites à nos
libertés lorsqu’elles nous opposent ou lorsqu’elles sont contraires aux
principes qui fondent notre contrat social de vivre ensemble et de nous
en remettre à l’état de droit et au débat pacifique.
Hmmm…
vous avez décidément une bien curieuse conception du droit. D’une part,
si la loi oppose des limites à libertés de chacun lorsque celles-ci
pourraient s’avérer « contraires aux principes qui fondent notre
contrat social de vivre ensemble », encore faut-il que la remise en
cause de ces principes soit clairement établie par le comportement que
l’on entend prohiber. Or, pour le port du voile dans l’espace public
par exemple, il me paraît difficile d’invoquer le principe de l’égalité
hommes-femmes – c’est-à-dire la règle selon laquelle chacun est libre
de disposer de soi quelle soit son sexe – pour interdire le port du
foulard islamique à celles qui perçoivent comme une liberté.
En
votre âme et conscience répondez à cette question : vous qui êtes si
attaché à la liberté et à la dignité, admettez-vous, moralement, qu’une
loi, céleste ou terrestre, puisse se permettre de nier le droit à ma ma
mère d’avoir une identité, un visage, en public ?
Il ne vous aura pas fallu longtemps pour vous résoudre à la sommation morale… mais passons.
Tout
d’abord, il me paraît utile de relever que votre question porte
uniquement sur la burqa ou le niqab, et non sur le voile ou le foulard
islamique, les premiers aboutissant effectivement à une dissimulation
radicale de l’identité au sein de l’espace public, tandis que les
seconds ne sont qu’à mon sens (lorsque leur port n’est pas imposé par
une tierce personne) qu’un indice de pudeur.
Ensuite pour répondre
à votre question, lorsque le port de la burqa est imposé, il paraît
assez évident qu’une telle pratique n’est pas tolérable. Mais dans
cette première hypothèse, il existe déjà un arsenal législatif qui
permet d’assimiler cette imposition du port de la burqa soit à une
violence conjugale si le mari est à l’origine de l’obligation faite à
la femme de porter ce vêtement, soit à de façon plus générale à une
atteinte à la dignité humaine lorsque l’obligation émane d’une autre
personne (famille, proche, entourage).
Ensuite dans l’hypothèse
où le port de la burqa est un choix individuel, et si l’on doit
interdire cette exercice de la liberté individuelle, ce ne peut être au
nom de la dignité humaine, pour les raisons déjà évoquées : chacun est
en droit d’invoquer qu’autrui respecte sa dignité, mais personne ne
devrait pouvoir exiger d’autrui qu’il se comporte d’une façon
prédéfinie par une conception nécessairement subjective de la dignité
humaine. Pour le dire autrement, le fait d’être confronté à une
conception de la vie différente de la notre n’est pas un préjudice
suffisant pour invoquer le secours de la loi et la réparation du tort
causé à nos certitudes.
Mais pour vous dire le fond de ma
pensée, je ne serais pas opposé à l’interdiction légale du port de la
burqa dans l’espace public, mais seulement si ladite interdiction est
justifiée, non par un féminisme de façade, mais bien par l’affirmation
catégorique de l’incompatibilité de cette tenue avec la vie en société.
Une loi vaut par en effet d’abord par sa justification, et seulement
par ses effets ensuite.
Or, ce qui fait la spécificité si détestable
de la burqa, c’est bien la négation ou la dissimulation de l’identité –
comme vous l’avez fort justement souligné-, ou plus précisément la
volonté de signifier à autrui qu’il n’est pas assez pur pour avoir le
droit vous re-connaître. Dans cette seconde hypothèse, l’on est plus en
effet comme dans le port du foulard islamique dans le cas d’une simple
marque de réserve ou de pudeur, mais dans une stigmatisation passive
d’autrui. C’est à dire que contrairement à vous, je ne prendrai pas le
prétexte du féminisme pour justifier l’interdiction, mais choisirait de
légitimer l’interdit par un principe qui concerne aussi bien les hommes
que les femmes et qui a été récemment consacré par la Cour européenne
dans les arrêts « Dogru et Kervanci contre France » : « Le
pluralisme et la démocratie, a affirmé la Cour européenne, doivent
également se fonder sur le dialogue et un esprit de compromis, qui
impliquent nécessairement de la part des individus des concessions
diverses qui se justifient aux fins de la sauvegarde et de la promotion
des idéaux et valeurs d’une société démocratique ».
Sur
le fondement de cette justification, une interdiction du port de la
burqa me paraîtrait alors légitime et nettement plus cohérente que ce
féminisme qui prétend imposer aux femmes musulmanes un modèle unique
d’émancipation. Mais encore faudrait-il s’entendre sur les modalités de
son application et s’assurer qu’elle ne puisse être étendue au port du
foulard islamique, qui ne soulève pas les mêmes problèmes ne serait-ce
que du point de vue de l’intensité symbolique (d’ailleurs est-il
question d’autre chose ?).