@ Philou017
"Ce n’est pas la peur du noir
qui fait bouger les-dits complotistes, mais la soif de vérité et
d’authenticité"
Ah, l’argumentation moralisatrice, la
recherche des bons et des méchants à but auto-perssuasif, ce
stéréotype inévitable. Permettez-moi d’éviter.
Chaque individu à ses centres
d’intérêts, ses tendances. Untel aime jouer de la musique, sa tendance sera d’entrer dans un groupe,
de ne plus côtoyer que des musiciens. En somme sa tendance sera de
devenir spécialiste d’un domaine de la réalité - en contrepartie
de laquelle il perdra de vue sa globalité, sa diversité et
complexité. Pour bien comprendre la réalité, il faut donc être
généraliste. C’est d’ailleurs le sens du mot de Frank Herbert : "La
société a plus besoin de
généralistes
que de spécialistes". La spécialisation nous éloigne
de la réalité. C’est hélas la tendance moderne.
Qu’est-ce qu’un « complotiste »
(concept populaire donc guillemets) ? Un spécialiste particulier car
sa spécialisation est motivée par la peur. En psychologie de la
personnalité, on trouve sans nul doute un locus de contrôle externe
et une tendance paranoïaque (prédominance de l’interprétation,
fantasme de persécution, délire de jalousie ou de grandeur).
Le complotiste recherche la vérité.
Mais la recherche de la vérité n’est pas un instinct ni un besoin
primaire humain. Pour arriver à cela iil faut des causes spéciales.
Le complotiste n’est pas satisfait de
son sort. Il regarde ceux qui, selon des critères souvent banals
(argent, popularité) réussissent et les envie. Là où un individu
« locus interne » culpabilisera et cherchera à se dépasser,
lui, individu « locus externe », accusera les autres - a tort
ou a raison. Pourquoi ce locus externe ? La peur, tout simplement, du
monde, de la réalité, souvent à cause d’évènements malheureux dans
l’enfance : mort d’un parents, brimades à l’école... Le complotiste
ne se sent pas maître de son destin. Son sort est mauvais, quelqu’un
– quelque chose est coupable. Selon lui agir pour améliorer son
sort est vain, il faut d’abord agir contre ceux qui lui nuisent.
Atitude stupide, évidemment : son sort empire, ses accusations
s’amplifient ; cercle vicieux. La finalité de la vie est la mort, la
finalité du complotiste est la paranoïa. Évidemment, cette finalité
est rarement atteinte. La plupart des gens sont complotistes à bas
niveaux : le locus externe à probablement été de tout temps
majoritaire.
Le complotiste recherche
plus que la vérité, il recherche des coupables. C’est là toute la
différence avec le scientifique ou le philosophe. Il ne prend pas
l’offensive, il reste parqué dans une routine contestataire ne lui
servant à rien socialement mais lui apportant satisfaction psychologique à court terme. "Si je vais mal, si le monde va
mal, c’est à cause de ça, ça et ça."
L’expérience m’a montré qu’on peut
avoir redécouvert la relativité générale à 16 ans et être devenu
paranoïaque très avancé à trente – scientiste croyant qu’un
logiciel va sauver le monde.Que la logique et la raison peuvent
diverger à un niveau étonnant. L’expérience nous apprend que "tout
le monde ment". Petits ou gros mensonges, seul ou à plusieurs.
Dès lors, si mentir est naturel, comment pourrait-il y avoir complot
? Mentir est humain, les riches et les puissants aussi sont humains.
Exemple général : le capitalisme n’est pas un système pensé, ce
n’est pas le fruit d’un complot, c’est moins le résultat d’un "on
va faire« que de nombreux »on laisse faire« et autres
»je ne devrais pas mais ça ne peut pas faire grand mal...".
Autre exemple : que Bush Jr ait envahi
l’Irak pour
rétablir la démocratie, s’approprier le pétrole ou vaincre un
sentiment d’infériorité et obtenir inconsciemment une
reconnaissance paternelle, laquelle de ces hypothèse est un complot
? Les trois sont plausibles, les trois sont possibles. Les deux
dernières ne peuvent être exprimées publiquement, leur dissimulation
est donc parfaitement normale. Les trois s’entremêlent probablement en
un tout qui forme la seule vérité.