@ doctory
Je vois défiler des réactions si
loin de ce texte et de son esprit, que je m’accroche au votre, qui a le mérite
d’introduire la notion de symbole. Excusez-moi donc si, en passant, je réponds
aussi à des points que vous ne traitez pas. Dans toute guerre il y a des
objectifs stratégiques militaires élémentaires : occupation de l’espace,
contrôle ou adhésion des populations, etc. Il y a aussi des objectifs
tactiques, comme par exemple le contrôle ou l’isolement des sanctuaires de
l’ennemi, la dispersion des forces hostiles, la mise en place de forces locales
« collaborationnistes, etc…
Le casus belli, depuis les Romains d’ou on tient l’expression, sont par
nature des excuses, des justifications par rapport à son propre pays et ses
citoyens. Mais aussi, (aussi pervers que cela puisse paraître) pour le droit.
Tout guerre a un caractère idéologique, et ce serait une faute d’historicisme
si les excuses et les raisons d’une intervention passent à travers l’Histoire
en tant que telles. L’impérialisme romain, la thalassocratie athénienne, les
croisades l’expansion arabe, le colonialisme espagnol, portugais, britannique,
français, néerlandais et j’en passe se référaient à des valeurs et des raisons
d’un autre âge. Mais visaient tous une justification idéologique, et une
« cimentation » de leur propre peuple qui leur permettait d’agir
efficacement. Ainsi la notion de « guerre juste » a toujours été le
point de vue des vainqueurs. Pour cela il fallait du symbolique aussi bien dans
les écrits que dans la peinture, la sculpture, etc…
C’est d’ailleurs de cette façon
que l’art avançait, en proposant la sublimation des forces sociales
ascendantes. Ce n’est pas un hasard, si pendant des millénaires, l’art a été
essentiellement « sacré ».
Mais, si la guerre a besoin de symboles, d’idéologie, cela ne suffit
pas. Il est par ailleurs impossible de créer du symbole, du mythe rien que pour
le conflit lui même, si mythe et symboles, idéologie et ferveur sont absentes
de la société en tant que telle. C’est peut-être là la contradiction de la post
modernité. Tandis que plus rien ne fédère chez nous, que les mythes fondateurs
ou mobilisant sont absents, on continue des guerres dites « justes »,
essentiellement défensives, c’est à dire contre un ennemi, un péril qui continue,
lui, de « croire ». La peur devient ainsi l’essentiel du moteur
belliciste. Les conflits de la deuxième partie du XXe siècles ont été perdus,
quasiment toujours, chez soi. Même si, pendant ce demi siècle la peur de
l’insurrection communiste a été tant bien que mal un moteur idéologique
efficace. Enfin, et c’est une différence de taille qui en découle , discours et
contre discours (communisme et anticommunisme) étaient tous les deux produits
de l’occident, même si le conflit concernait des pays lointains (Corée,
Indochine, Indonésie, Amérique latine, Afrique. Avec quelques variantes le
Liban et tous les conflits du moyen Orient) n’échappent pas à la règle. Or
aujourd’hui, les guerres religieuses inter-islam, et du Moyen orient, que nous
vivons par ricochet, viennent d’une autre pensée, exogène.
Pour répondre plus précisément,
bombarder l’Arabie saoudienne qui, en effet est à la racine du problème
exigerait de notre part, plus d’idéologie, plus de mythe et moins de
pragmatisme. Or celui-ci détermine nos sociétés occidentales bien plus que
toute autre aspect socio - culturel. Bref, pour faire la guerre il faut y croire. Et nous ne
croyons plus à rien.