Lorsqu’on est un familier de la danse, on ne voit pas grand chose de ce que Paul Villach dit voir.
En danse moderne, pour une grande part, on s’attache à créer de la forme ( ou de la pose) inédite et remarquable. Et la plupart du temps, une pose donnée n’a pas de sens convenu.
Prenons Maurice Béjart dans les années 70. S’il demandait à un danseur de se mettre façon crabe avec les jambes ainsi ouvertes et genoux pliés, (mais généralement avec le buste redressé et avec les bras écartés à l’horizontale par exemple ; ce qui fait encore plus crabe) c’était pour produire une forme jamais vue jusque là (Le classique interdisait ce genre de pose disons désarticulée ou trop animale)
[ Je rappelle ici le scandale (Et l’innovation) qu’a constitué le fait que Stravinsky ait osé produire pour le Sacre du Printemps une musique désarticulée, non harmonieuse]
Une fois cette forme crabe -que Béjart avait inventée- devenue trop connue, le jeu consiste à en trouver une autre et c’est ainsi que de recherche en recherche, quelqu’un a eu l’idée de celle-ci
Mettons qu’au départ, le chorégraphe ait l’idée de réaliser un crabe où chacun des quatre membres ne toucherait le sol que par une pointe effilée (Le grand défi de la danse c’est de léviter. On y a l’obsession de donner l’impression que le danseur s’affranchit de la pesanteur)
Il chercherait donc un bout de ferraille à mettre au bout des bras et pourquoi pas au bout des jambes aussi. On se retrouverait avec un ’’échassier’’ à 4 échasses.
Cherchant alors le moyen de réaliser des échasses pour bras, il se rendrait compte que des cannes anglaises font parfaitement cet effet. Alors allons-y, demandons à un danseur de bouger avec des pointes classiques aux pieds et des cannes anglaises aux bras pour voir ce que ça donne. On découvre alors un énorme univers de gestes, mouvements et formes nouvelles. (Idem si on s’ajoute des ressorts au bout des membres)
Pendant cette recherche arrivent ce genre de pose crabe et le créateur remarque que seule la tête dépasse du tronc sans être prolongée d’une pointe. Il se dit ’’Bin yaka ajouter une sorte de béquille pour la tête.
Et voilà comment on en arrive à cette pose étonnante.
Il va de soi, qu’une fois qu’on a fait cette trouvaille, on peut se mettre à gamberger à un ballet ayant pour thème quelque chose autour des ’’vrais handicapés que seraient ceux qui se croient valides’’ par exemple.
Dans un tel ballet, les cannes ne chercheront pas à dissimuler leur dimentions orthopédique.
Alors que dans un ballet optant pour un thème plus ’’insecte’’ on maquillera sans doute toutes ces pointes pour leur donner une apparence de pattes de sauterelles par exemple.
Non vraiment, les danseurs, ne serait-ce que pour s’échauffer, passent beaucoup de temps avec les cuisses ainsi écartées et le grand écart est le minimum syndical qu’on exige de tout danseur.
Cela dit, un chorégraphe ne doit pas perdre de vue que le tout venant du public peut immédiatement y voir plus de bidulerie sexuelle que de poésie-esthétique.
Mais que doit-il faire alors ?
Renoncer à montrer cette pose parce que des Paul Villach vont y métonymer à tours de bras en toute mise en abîme intericonique paradoxalosexuelle ?
Non, visiblement la rédaction de ce magazine a considéré qu’elle s’adressait aux initiés point. Leszotres, bin qu’ils rament ou s’excitent en cherchant à comprendre quelque chose à ce geste purement esthétique et tant pis pour eux
Lorsque Christo a emballé le Pont-Neuf et d’autres choses, il ne fallait rien y voir d’autre que la création d’un spectacle insolite, jusque là jamais imaginé par quiconque., même pas en rêve.
Bin là c’est pareil.