La déshérence de l’égide énergétique que nous a léguée Messmer doit être stoppée net
Notre maison brûle et nous regardons ailleurs, faisait dire à Jacques Chirac, en 2002, un Nicolas Hulot prônant de ne déjeuner avec le nucléaire qu’avec une longue cuillère. Vingt-quatre ans plus tard, tandis que le déjeuner s’éternise, les Français s’insurgent contre la cherté de l’essence, ont les yeux de chimène pour la clim, pour l’IA et même pour la voiture électrique
« Ce que vous allez lire – du moins je l’espère – dans l’article que je vous désigne plus bas (1) et, plus encore, dans celui auquel il renvoie, vous ne le trouverez nulle part ailleurs. Vous ne trouverez nulle part ailleurs d’où vient la principale raison de la mise en péril durable de votre niveau de vie et de celui de vos enfants : à savoir l’inaccessibilité définitive d’une politique électro-énergétique inepte à la cohérente planification électronucléaire des années 70 à 90. Depuis 25 ans, cette perte majeure de contrôle stratégique est aggravée par le coûteux fourvoiement techno-industriel EPR que des politiciens véreux ont substitué à la marche de notre R&D vers les réacteurs à neutrons rapides, la filière de 4ème génération sabordée à Creys-Malville en 1997. Cette marche doit être reprise de toute urgence et portée par le retour exclusif à la rassurante filière française des réacteurs N4. Même au prix d’une refonte stratégique aussi totale, notre technologie, notre savoir-faire, notre économie et l’emploi des nôtres ne peuvent que s’en porter mieux. Actuellement, les Chinois ne font pas autre chose avec leur réacteur Hualong one d’ascendance N4.
Ce contre quoi le présent avertissement met le pays en garde – dont vous n’endurez pour l’instant que l’avant-goût des conséquences – peut survenir plus tôt que vous ne le croyez. Vous pourriez alors regretter de vous être dispensé de donner à cet avertissement le large écho qu’il méritait. Je ne manquerai pas de vous le rappeler en des occasions dont, hélas, je ne crains que trop la récurrence, comme je ne manquerai pas de le rappeler à bien des rédactions préférant occulter une certaine pédagogie plutôt que s’en infliger le caractère austère ».
C’est en ces termes que votre serviteur vient de lancer l’avertissement-titre à ses compatriotes. Son ami, Pierre René Bauquis, n’a pas manqué d’y réagir comme suit. Géologue et économiste ayant travaillé pour l’institut français du pétrole et pour le groupe Total, enseignant l’économie énergétique en France et à l’étranger, on ne présente plus Pierre René Bauquis dans les milieux de l’énergie.
D’accord avec ton approche. Parallèlement à un programme EPR2 qui sera probablement incapable de compenser les défauts très coûteux de l’EPR1 – et non à sa place – il faudrait développer un second type de réacteur, mais ne pas revenir à un N4 qui ne passeraient probablement pas les exigences de sécurité actuelles. Hélas, développer un tout nouveau produit serait probablement trop long et coûterait très cher. Alors que faire ? Il y aurait deux pistes possibles, toutes deux hautement liées à la politique :
- Recourir aux réacteurs d’un Westinghouse dont je crois que l’actionnariat est 100 % canadien, alors que l’entreprise industrielle est américaine ;
- Recourir aux réacteurs Hualong one qu’il faudrait repeindre en bleu blanc rouge, avec partage des marchés et de réalisation des pièces maîtresses.
Les deux voies sont théoriquement possibles et compliquées à négocier, mais les difficultés de la situation rappellent beaucoup celles rencontrées au début des années 70, quand il a fallu choisir entre la filière graphite-gaz française et la filière à eau légère de Westinghouse finalement choisis et repeinte en bleu blanc rouge.
Bien évidemment, il faut relancer les surgénérateurs. Tout cela va demander beaucoup d’argent les premières années, mais devrait permettre une vraie renaissance du nucléaire français. Aurons-nous les grands hommes pour le faire ? EDF sera dans tous les cas au cœur de ces choix stratégiques. Son patron actuel semble avoir la carrure, mais je doute fort qu’il ait les soutiens politiques requis. Par ailleurs, j’ai beau chercher dans le catalogue des Présidentielles, je n’y vois aucun Pompidou, ni aucun Messmer en puissance !
Parallèlement, l’ONG Global électrification d’un autre prestigieux familier de l’auteur de ces lignes vient opportunément de publier sa lettre géopolitique de l’électricité intitulée Le Nouveau Programme Nucléaire : les derniers obstacles (2). Président de cette ONG, Lionel Taccoen est en effet l’un des derniers cadres historiques de la grande EDF à avoir cotoyé Marcel Boiteux est Pierre Messmer. Président du Comité Consultatif de l'Energie auprès de la Commission Européenne de 1998 à 2001 et professeur des Universités Associé Economie et Affaires Européennes Université de Technologie de Troyes de 1997 à 2003, il reste Contrôleur Général Honoraire d'EDF.
Que dit en substance cette lettre géopolitique de l’électricité ?
Que, pour réussir pleinement le nouveau programme nucléaire EPR2, il reste à ses maîtres d’œuvre et d’ouvrage à lever les deux derniers obstacles suivants : Maîtriser et diminuer les coûts notamment par la diminution de la durée des chantiers ; obtenir de la Commission européenne que les règles de concurrence dans le cas d’investissements à long terme – nucléaire et hydroélectricité – soient adaptées, ce que permet la théorie économique, comme l’a démontré en son temps Marcel Boiteux ; rien que ça ! C’est ici que, précisément, la lucidité commande de pointer la gageure relevée par Pierre René Bauquis et par votre serviteur.
En attendant, dit cette lettre, EDF n’a d’autre choix qu’adopter la posture suivante : choisir de retrouver sa maîtrise des chantiers nucléaires et de ses capacités d’architecte industriel par ce qui apparait comme la meilleure méthode possible : l’observation des méthodes de gestion chinoise, elles-mêmes inspirées du Programme Messmer et confortées par la nouvelle science des mégaprojets. Ainsi devrait-il être possible à l’opérateur historique de lever l’obstacle des coûts et délais des chantiers nucléaires, le dernier de son ressort. On ne demande sincèrement qu’à voir une telle profession de foi se réaliser, mais permettons aux Français de faire preuve de scepticisme.
D’autant que, selon Global électrification, une étude internationale polyvalente sur les avancées de la science des mégaprojets s’est appuyée sur l’exploitation d’une énorme base de données pour conclure ceci : Les projets nucléaires sont des mégaprojets comme les autres. C’est la façon de les gérer qui les rend maîtrisables ou non. Un projet nucléaire bien géré peut coûter deux à trois fois moins cher que d’autres. De tels écarts se retrouvent dans les autres domaines.
Conclusion de Lionel Taccoen et de ses collaborateurs ô combien partagée : La meilleure méthode pour réussir un grand projet complexe est de s’inspirer du succès d’un projet similaire qui a déminé le terrain. Ici la similitude inclut obligatoirement la construction en série par paliers. S’inspirer du Programme Hualong One lui-même issu du Programme Messmer, est une voie efficace et sûre.
Soit. Mais jusqu’à quand notre personnel politique, les partenaires sociaux divers et variés et la vaste agora médiatique censée en être l’expression pensent-ils entretenir la veulerie consistant à procrastiner le lancement du débat électoral sans doute le plus vital pour l’avenir des Français ? Sept mois ne sont pas de trop pour épuiser sérieusement un débat d’une complexité à nulle autre pareille et aussi lourd d’enjeux socioéconomiques parmi les plus prégnants. C’est pourquoi, devant aussi peu d’empressement citoyen, sinon patriotique, votre serviteur en appelle solennellement à tout ce que le pays compte de professionnels de l’énergie, notamment électrique, nucléaire en particulier, pour ouvrir concrètement les hostilités de campagne électorales sur ce thème. Par concrètement, il faut comprendre tordre le bras dès maintenant au pouvoir en place et aux candidats à la magistrature suprême pour les obliger à descendre dans la lice de l’affrontement et à ne plus en sortir jusqu’aux élections, quelle que soit la véhémence du débat contradictoire.
C’est paraît-il par vocation que la presse est réputée prêter les oreilles les plus sensibles et les plus nombreuses à un tel appel à mobilisation citoyenne et/ou patriotique. Parmi les journaux ici invités à relayer le présent message, nous allons donc voir combien auront la conscience professionnelle de s’exécuter. En l’espèce, les gens qui les en prient attendent d’eux l’irremplaçable valeur ajoutée consistant à attirer l’attention des lecteurs sur la possibilité offerte par le présent article d’accéder à tous les éléments du débat. Comment ? En ouvrant la porte d’entrée numérique ci-après et, de porte d’entrée numérique en porte d’entrée numérique, en cheminant vers les cibles que leurs centres d’intérêts leur désignent.
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