@ Lamotte
J’ai lu votre article quand vous l’avez proposé à la modération et suis étonné qu’il ait fallu autant de temps pour qu’il paraisse étant donné la qualité de votre écriture et de votre réflexion. J’aurais souhaité que d’autres plus qualifiés que moi vous répondent, n’étant pour ma part – vieille génération ou vieille baderne - jamais arrivé à concevoir ou à comprendre (comprehendere) les nouvelles théories (mon fils qui est un scientifique beaucoup plus à l’aise que moi dans ces concepts me dit qu’il n’y a pas à comprendre comme je voudrais comprendre mais que, rationnellement ou mathématiquement, c’est comme ça).
Donc, partons du plus simple, du problème de la foi où je ne peux qu’abonder dans votre sens. Dans le prolongement de la pensée theilhardienne et même du cardinal Daniélou, le magistère de l’Eglise avait l’opportunité de laisser se développer au sein de la communauté un courant de pensée dans lequel les textes fondateurs auraient été compris beaucoup plus dans un sens symbolique que dans un sens dogmatique. Cela aurait évité la rupture d’avec la pensée scientifique. Non seulement, cette évolution ne s’est pas faite mais ce sont les dogmes « anti-scientifiques » qui ont été réaffirmés. Cela peut s’expliquer en terme de stratégie de recrutement de masse mais pour l’intellectuel que je suis, c’est une véritable catastrophe et, probablement, un point de non retour.
Qu’est-ce que la foi, à l’origine ? Dans son sens latin d’origine, le mot « fides » définit la confiance que l’homme ressent au fond de sa conscience et qui le pousse à agir dans ce qui lui semble être la bonne direction. C’est la foi des gens simples, des paysans, des artisans, de nos grand-mères, de nos grands-pères. Ils ne se torturaient pas l’esprit avec de grandes interrogations. La foi les animait, le travail les comblait. Quant au reste, ils faisaient confiance... à Ce qui les dépassait. Les théologiens qui sont bien obligés de mettre cela par écrit ont inventé des expressions telles que « se placer dans la main de Dieu ». Et dans la voix qui montait des consciences, ils ont cherché ce que Dieu voulait dire aux hommes (http://www.bibracte.com/mon_aide_aux_philosophes/au_sujet_de_la_sagesse_des _modernes.html).
Voilà l’Histoire selon moi, une explication qui a son petit côté logique. Comme vous le pensez aussi sans doute, ce n’est pas parce que la religion a accaparé le mot que la foi n’existe pas en dehors d’elle.
Problème un peu plus difficile, le hasard et l’incertitude. Le mouvement brownien des atomes, dans une fumée, par exemple, c’est le règne du hasard bien d’accord, mais à l’échelon du grand nombre, tout cela prend sens… bien sûr sous l’influence du milieu, n’empêche ! La fumée monte et nous retombons dans une sorte de déterminisme et dans une mécanique des fluides. De même dans le cadre de l’évolution. Les mutations, c’est le règne du hasard bien d’accord. N’empêche que sur le grand nombre, ce sont bien les meilleures formules qui survivent et qui se poursuivent. Pas de déterminisme certes, mais une probabilité peut-être même prévisible. Et puis, en ce qui concerne notre humanité, que notre évolution ne soit pas déterminée vers un point oméga comme l’imaginait le père Theilhard de Chardin, c’est une malheureuse constatation dont nous sommes bien obligés de prendre de plus en plus conscience, mais pour qu’il y ait un sens dans cette affaire, il faudrait imaginer une multitude de terres vivantes pour que tout cela se poursuive et ne retombe pas dans le néant. Mais vous dites – et vous avez probablement raison – qu’il n’y a pas de flèche, et donc, si je comprends bien, pas de sens.
Au risque de faire rire mes contradicteurs habituels, il m’arrive parfois de me demander si j’existe réellement. Suis-je vraiment libre ? Une liberté dans le hasard ou dans un enchainement de causes qui m’a déterminé à penser ou à agir ainsi et pas autrement. Ne serais-je que l’expression de la nature alors que je n’en ai pas conscience et que j’aurais peut-être espéré autre chose. Mais vous dites qu’il n’y a pas de nature en soi mais une interaction entre moi et la nature, et là encore, il se peut bien que vous ayez raison, ce qui me réconforte quelque peu. Mais si notre humanité disparait, comme je l’ai précédemment évoqué, il faudrait qu’il y ait d’autres terres vivantes pour que cette interaction entre la nature et l’esprit (?) se poursuive (de toute éternité, sans début ni fin comme vous dites). Il suffit, pour cela, que le nombre de terres vivantes dans le temps tende vers l’infini pour que la probabilité de l’échec que nous allons probablement connaitre tende vers zéro à l’échelon de l’univers.
Mais après l’inexistence de Dieu – et c’est vrai que Dieu, personne ne l’a vu si ce n’est en l’homme -, vous dites que l’univers, lui aussi, n’existe pas sinon dans la relation que je viens d’imaginer pourtant avec ma raison. Dur, dur !
Donc, je reviens aux auteurs des évangiles dont on n’a peut-être pas très bien compris ce qu’ils voulaient exprimer dans leur symbolisme un peu compliqué. Dieu est esprit. L’esprit est dans l’homme. Donc Dieu est dans l’homme. C’est ni plus ni moins que le syllogisme socratique. Tout cela ne serait-il qu’une question de réglage dans la relation que vous évoquez ? Un milieu divin comparable à une mélodie qui serait en nous mais dont nous ne percevrions que les gammes correspondantes aux fréquences sur lesquelles nous réglons les récepteurs que nous sommes ?
Je connais quelqu’un pour qui la musique est tout. Comment l’expliquez-vous ? Comment jugez-vous la pensée pythagoricienne et sa conception d’un univers/mélodie ?
Merci pour cet excellent article.