Aujourd’hui en France 86 500 personnes vivent dans la rue.
934 000 personnes ne possèdent pas de domicile et vivent à l’hôtel, dans des habitats de fortunes, en camping, hébergées chez un tiers (hors famille), en meublé, en résidence sociale ou foyer d’urgence.
2 187 000 personnes sont dans des logements dépourvus de confort de base (pas de salle d ‘eau, de WC, de chauffage) ou dans des conditions de surpeuplement accentué (plus de 2 personnes pour 9 m2).
Au total 3 207 500 personnes vivent un quotidien de mal logement chronique et critique.
À cela s’ajoute toute une population qui est en situation de fragilité et risque à chaque instant de basculer dans une situation de grave mal logement. C’est le cas pour 625 000 personnes vivant dans des copropriétés dégradées nécessitant une intervention publique urgente.
715 000 personnes en difficulté ont du mal à joindre les deux bouts et payer leur loyer, avec des périodes d’impayé de plus de 2 mois.
3 507 000 personnes souffrent de surpeuplement au sens large (entre plus de 1 à 1,5 personne pour 9 m2) Enfin, 823 000 personnes vivent hébergées chez des tiers (famille ou amis).
Ces 5 670 000 personnes sont donc menacées à moyen et long terme de basculer dans une situation d’extrême mal logement.
En tout, le mal logement concerne donc 8 877 500 soit plus de 10 % de la population française. Si nous sommes loin des 50 % de mal-logés de 1954, la situation actuelle est préoccupante car depuis le début des années 90 le nombre de mal-logés ne cesse d’augmenter.
Cette tendance s’accélère sous l’effet de nombreux facteurs aggravants. Le principal facteur aggravant est la part du budget d’Etat consacré au logement, 25 milliards d’euros, en baisse puisqu’il est passé en dessous des 2 % du PIB et se maintient autour de 1,8 % du PIB. Alors que les grandes déclarations consacré à cette priorité nationale qu’est le logement se multiplient le budget lui stagne.
Le nombre des demandeurs de logement HLM 1 300 000 continue d’augmenter et le nombre de logement manquant pour répondre à cette crise est estimé à 900 000.
En outre plus de 67 % du parc HLM à plus de 20 ans. Le secteur locatif recul au gré des incitations à l’accès à la propriété. Bien que 56 % des Français soient propriétaires le mal logement ne recule pas et une part du parc locatif qui accueillait des ménages pauvres disparaît.
Parallèlement le prix du logement à l’achat ou en location s’est envolé. La part du budget des ménages consacré au loyer devient de plus en plus lourd.
Pour une personne gagnant le SMIC (1254,28 euro) cette part représente 46,9 %du budget dans le privée et 28,3 % dans le parc social.
Pour un couple avec 2 enfants ayant un revenu de 1,5 fois le SMIC (1881,42 euro) le taux d’effort représente en moyenne 48,8 % dans le privée et 22,7 % dans le parc social.
Enfin depuis plusieurs années les grande villes mais aussi les villes de tailles moyennes voient de plus en plus leur centre s’embourgeoiser. Les classes populaires sont chassées des centres villes, repoussées en périphérie. Ce phénomène perçu au départ comme naturel et irréversible se révèle sinon organisé, au moins accompagné. Il entraîne une redistribution géographique très inégalitaire des classes sociales dans les villes favorisant une nouvelle discrimination spatiale.
L’origine du mal actuel
Les principales causes de cette situation se retrouvent partout en Europe :
• L’explosion de la pauvreté, du chômage et du travail précaire.
( 7 millions de salariés en France, perçoivent moins de 722 euro par mois. Depuis les années 90, l’interim a augmenté de 130%, le nombre de CDD de 60% et les CDI de seulement 2%)
• baisse du rythme de la construction de nouveaux logements (dans le secteur social, les politiques de rigueur budgétaire menées dans les années 1990 ont conduit les Etats à réduire fortement la construction de nouveaux logements sociaux)
• Liberté des prix et phénomènes de spéculation immobilière : les mesures publiques de régulation (par ex. : encadrement des loyers dans le parc locatif privé) par les Etats Membres des marchés du logement ont, sauf dans quelques Etats Membres, disparu avec les mesures de modernisation de l’intervention publique.
S’il existe un « marché » où l’Etat à un rôle prépondérant c’est celui du logement et de la construction. Il construit véritablement le marché.
A partir des années 60 s’impose peu à peu une politique néo-libérale qui déteint sur la politique du logement.
Dès 1966 est mis en place le marché hypothécaire, qui ouvre aux banques la faculté d’offrir des crédits à long terme et réduit la part de l’apport initial. A ceci vient s’ajouter la création de comptes épargnes logements, favorisant un financement bancaire massif de la construction.
En 1962, les banques assuraient 21,7% des crédits au logement, en 1972 leur part est passé à 65,1%. A l’inverse la part du secteur public tombe lui de 59,7% à 29,7%.
A qui cela profite le plus ?
Aux constructeurs de maisons individuelles, dont la plupart apparaissent dans les années 70. Ils s’organisent pour convaincre les pouvoirs publics de favoriser la politique pour l’habitat individuel.
En 1968, ces professionnels trouvent un appui auprès du ministre de l’équipement Albin Chalandon, qui veut accélérer le désengagement de l’Etat. Il produit une circulaire en 1972, limitant la production d’immeubles verticaux (grandes barres) de plus en plus critiqués et encourage la production de maisons individuelles. Les entreprises de construction de maisons sur catalogue se développent alors rapidement.
Parallèlement, l’allocation logement à caractère social est créée, ainsi que le prêt immobilier conventionné.
Toutefois l’aide à la pierre persiste et interfère dans le marché de la construction. Cela limite certains potentiels de construction de l’habitat individuel.
Une réforme s’impose !
Le président en place Valérie Giscard D’Estaing décide d’engager une politique de « libéralisme avancé ». Il refuse le maintien du système mixte : aide à la pierre / aide à la personne. Il est soucieux de désengager l’Etat, pour réduire les dépenses publiques.
On étend à toutes les catégories de ménages des aides personnelles qui sont sensés compenser la fin de l’aide à la pierre (maintenu pour les plus démunis) Les dernières résistances sautent avec la mise en avant de l’APL (aide personnel au logement) qui doit permettre aux ménages modestes d’accéder à la propriété.
Cette politique du logement se révèle être une arme redoutable contre le collectif et le social. Ainsi l’accès à la propriété grâce à des crédits à long terme et le mythe du pavillon individuel, permet d’attacher le bénéficiaire à un ordre économique et social, par l’endettement contracté auprès des banques.
En outre les banques accumulent une masse d’argent de plus en plus importante qu’elles font fructifier sur les marchés financiers qui alimentent la spéculation notamment immobilière.
La politique du logement est donc orientée par des agents indirectement liés au monde du logement (en tous cas du logement social), guidés par des choix inscrits dans un projet libéral global, servant à alimenter l’économie. La politique d’extension et d’accession à la propriété privé a été élaboré dans ce but et en plus elle a permis de rallier à sa cause d’abord les cadres dans les années 80, puis les ouvriers et les petits employés...et bientôt les ménages les plus précaire puisqu’on leur propose de devenir propriétaires de leur logement HLM. Cela marque l’ultime désengagement de l’Etat.
Cette conception pose un problème spécifique. Les HLM ne remplissent plus leur rôle d’habitat économique sans devenir des logements regroupant les « cas sociaux ». On observe en effet une paupérisation croissante de la population du parc HLM. Il abrite actuellement 22 % de chômeurs, deux fois plus que dans l’ensemble de la population, et 13 % de personnes qui vivent de minima sociaux.
Le « logement très social » est de plus en plus fourni par le parc privé dégradé, dans des conditions souvent désastreuses. Les plus démunis et les personnes en situation irrégulière se réfugient en effet dans des logements privés de très mauvaise qualité, de toute petite taille ou sans équipement de confort (salle d’eau, WC, etc.), insalubres ou encore gérés par des propriétaires indélicats (marchands de sommeil...).
L’offre pour de tels logements demeure considérable et leur coût (au moins apparent) est plus faible que celui du logement social. Pour ne rien arranger, l’Etat a fortement réduit ces dernières années son effort en faveur de la réhabilitation des logements anciens. En particulier, les financements par l’Agence nationale pour l’amélioration de l’habitat (Anah) sont en diminution depuis dix ans.
L’Etat pense répondre par le seul effet de la mixité sociale : en filtrant les attributions, en « restructurant » les quartiers où il y a une trop forte concentration de logements sociaux avec une population pauvre importante et en incitant l’installation de classes moyennes dans ces mêmes quartiers pour assurer un bon équilibre social.
Cette politique qui consiste seulement à déplacer les populations de façon mieux répartir les pauvres en évitant tout risque de concentration est des doubles aveux :
1) On ne cherche plus à lutter contre la pauvreté qui est en définitif le moyen vraiment efficace et radical pour faire disparaître les problèmes sociaux
2) On suppose que le fait de sous-poudrer quelques ménages de classes « moyenne » dans des quartiers populaires ou de mettre quelques pauvres au milieu de riches est bénéfique au pauvres...ce qui donne une idée de l’image que se font les politiques et les institutions des catégories les plus pauvres.
De plus chaque « nouvelle » politique du logement reprend et prolonge le projet Giscard vantant les bienfaits de l’accès propriété. Ces politiques en visant à rendre propriétaire un maximum de particuliers et de l’autre en gérant par des mesures d’urgences, la pression exercée pour loger les plus démunies, accélère la ségrégation social et spatial par quartier à grande vitesse.
L’ultime solution face à cela l’Etat l’a trouvé c’est de raser les quartiers « à problèmes » où une partie. Il prévoit la destruction de 200 000 logements sur 5 ans dans 750 quartiers. On détruit des logements pas forcément insalubres, mais des lieux « en marge » où la vie sociale a atteint un niveau extrême de dégradation.
C’est une solution qui montre l’incapacité de réagir et de traiter réellement l’origine problème : la pauvreté et le manque de logements véritablement sociaux.
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