Question pipées.
La question appartient à celui qui la pose car celui-ci l’oriente pour lui donner un cadre dont il aura fixé les frontières, il peut s’attendre à être surpris mais pas au-delà de ce cadre Celui qui pose la question est dans la plupart des cas du bon côté du rapport de force, il va jusqu’à exiger cette réponse attendue enjoignant son interlocuteur de répondre par cette phrase sans appel : « répondez à ma question ! ». C’est le cas du professeur, en droit d’attendre une réponse précise relative à un enseignement.
La question dépend, dans sa teneur, de qui la pose et de qui doit y répondre. Elle sera impérative, voire impertinente si le questionneur a une position plus élevée que le répondeur. Elle sera respectueuse et déférente dans le cas contraire.
En dehors de ces cas extrêmes, la question pourra prendre des allures de politesse, de bienséance, et cependant être pernicieuse : faire dire à l’interlocuteur ce que l’on attend de lui, qu’il aille plus loin que la question posée.
Les médias sont experts en la matière, sur un plateau de télé ou à la radio ; c’est la manipulation habituelle, la recherche du scoop, l’exclusivité qui apporte un plus dans la compétition journalistique et de l’argent dans la caisse.
Le politique se prête volontiers à ces dialogues pipés en lesquels il devra faire usage de la langue de bois pour contrer les pièges qui lui seront tendus, ne livrer que ce qui pourra apporter une dorure à son image de marque.
Le jeu est une sorte de compétition entre deux corporations, deux pouvoirs, affrontement des mots entre deux mondes en représentation. Dans ce qu’on appelle une démocratie, c’est l’art de savoir jusqu’où on peut aller trop loin tout en sachant que le jeu « questions réponses » n’aura pas de retombées concrètes, restera dans le domaine du spectacle politico médiatique.
L’échange est de bons procédés, on sera resté dans le virtuel, média et politiques y trouvent leur compte, leur intérêt, même s’ils y perdent leur crédit, les uns auprès des auditeurs ou téléspectateurs, les autres auprès des électeurs.
Le spectacle est à la maison mais n’étant que spectacle, il se doit d’intéresser en tant que tel les spectateurs entre la soupe et le fromage. On sait qu’il n’y aura rien au bout mais on veut assister à un débat vif tant que ça puisse encore intéresser ou désennuyer.
Des animateurs de radio ou de télé sont bien payés pour amuser la galerie, la distraire et la tâche est aisée, on attend plus que cela d’eux. Le bal des saltimbanques et des politiques est orchestré par ces médias qui invitent toujours les mêmes personnages en vue dans la grande foire aux vanités.
Il va sans dire que le dindon de la farce est l’auditeur ou le téléspectateur mais gageons qu’il en est satisfait même si les sondages font apparaître un pourcentage qui n’accorde qu’une faible confiance aux médias, comme aux politiques.
Quand le jeu du questionneur est inversé et que le quidam qui paye une redevance demande à l’animateur ce qu’il gagne ; là, on entre dans la réalité, le sourire devient jaune, la réaction est vive, c’est une question au ras des caniveaux. S’il y a des choses que l’on ne doit pas bousculer, ce sont les prérogatives de ceux qui gagnent bien leur vie et ne nous parlent pas trop de ceux qui ne la gagnent pas.
Il y a des voleurs de pouvoir en notre démocratie, ce qui en ont fait une tyrannie éclatée en laquelle la disparité des salaires se creuse de plus en plus.
Ah ! Je me souviens de la soeur Emmanuelle qui disait à Marc Olivier Faugiel : « Mais mon petit Marco, tu ne me poses pas la bonne question ! ». Faut-il s’appeler « Emmanuelle », l’envoyée de Dieu pour changer la règle du jeu et jouer à celui de la vérité ?
Comme elles étaient bien encadrées ces questions de personnes sélectionnées selon je ne sais quels critères, à notre Président ! Eh ! Le temps de réponse, c’est toujours celui qui le détermine qui a la raison du plus fort, la raison de l’argent qui lui revient. A.C.