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Commentaire de Olorin

sur Les « sous-hommes » ?


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Olorin 4 février 2010 15:00

Un extrait, en complément de L’insurection qui vient (p. 27-29), du Comité invisible (transformé en cellule invisible par le gouvernement et les médias dominants, attention en France des gens ont finis en prison pour possession de ce livre !!!) :
[le live estconsultable en ligne sur le site de son éditeur : http://www.lafabrique.fr/spip/IMG/pdf_Insurrection.pdf
ou ici (avec d’autres publications, dont celles de Tiqqun) :
http://www.bloom0101.org
« « La vie, la santé, l’amour sont précaires,
pourquoi le travail échapperait-il
à cette loi ? »

Il n’y a pas de question plus embrouillée, en
France, que celle du travail. Il n’y a pas de rapport
plus tordu que celui des Français au travail. Allez
en Andalousie, en Algérie, à Naples. On y méprise
le travail, au fond. Allez en Allemagne, aux États-
Unis, au Japon. On y révère le travail. Les choses
changent, c’est vrai. Il y a bien des otaku au Japon,
des frohe Arbeitslose en Allemagne et des workaholics
en Andalousie. Mais ce ne sont pour l’heure
que des curiosités. En France, on fait des pieds
et des mains pour grimper dans la hiérarchie, mais
on se flatte en privé de n’en ficher pas une. On
reste jusqu’à dix heures du soir au boulot quand
on est débordé, mais on n’a jamais eu de scrupule
à voler de-ci de-là du matériel de bureau,
ou à ponctionner dans les stocks de la boîte des
pièces détachées qu’à l’occasion on revend. On
déteste les patrons, mais on veut à tout prix être
employé. Avoir un travail est un honneur, et travailler
une marque de servilité. Bref : le parfait
tableau clinique de l’hystérie. On aime en détestant,
on déteste en aimant. Et chacun sait quelle
stupeur et quel désarroi frappe l’hystérique lors-
qu’il perd sa victime, son maître. Le plus souvent,
il ne s’en remet pas.
Dans ce pays foncièrement politique qu’est la
France, le pouvoir industriel a toujours été soumis
au pouvoir étatique. L’activité économique n’a
jamais cessé d’être soupçonneusement encadrée
par une administration tatillonne. Les grands
patrons qui ne sont pas issus de la noblesse d’État
façon Polytechnique-ENA sont les parias du monde
des affaires où l’on admet, en coulisse, qu’ils font
un peu pitié. Bernard Tapie est leur héros tragique :
adulé un jour, en taule le lendemain, intouchable toujours.
Qu’il évolue maintenant sur scène n’a rien
d’étonnant. En le contemplant comme on
contemple un monstre, le public français le tient
à bonne distance et, par le spectacle d’une si fascinante
infamie, se préserve de son contact. Malgré
le grand bluff des années 1980, le culte de l’entreprise
n’a jamais pris en France. Quiconque écrit un livre
pour la vilipender s’assure un best-seller. Les managers,
leurs moeurs et leur littérature ont beau parader
en public, il reste autour d’eux un cordon
sanitaire de ricanement, un océan de mépris, une
mer de sarcasmes. L’entrepreneur ne fait pas partie
de la famille. À tout prendre, dans la hiérarchie
de la détestation, on lui préfère le flic. Être
fonctionnaire reste, contre vents et marées, contre
golden boys et privatisations, la définition entendue
du bon travail. On peut envier la richesse de
ceux qui ne le sont pas, on n’envie pas leur poste.
C’est sur le fond de cette névrose que les gouvernements
successifs peuvent encore déclarer la
guerre au chômage, et prétendre livrer la « bataille
de l’emploi » tandis que d’ex-cadres campent avec
leurs portables dans les tentes de Médecins du
monde sur les bords de la Seine. Quand les radiations
massives de l’ANPE peinent à faire descendre
le nombre des chômeurs au-dessous de deux millions
malgré tous les trucages statistiques. Quand
le RMI et le biz garantissent seuls, de l’avis même
des renseignements généraux, contre une explosion
sociale à tout moment possible. C’est l’économie
psychique des Français autant que la stabilité
politique du pays qui se joue dans le maintien de
la fiction travailliste. »


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