L’antonymie de [i]hiérarchie[/i] ne s’arrête pas à
[i]anarchie[/i], c’est également [i]égalité[/i] (http://www.cnrtl.fr/antonymie/hi%C3%A9rarchie).
Il est exact que la structure hiérarchique de nos sociétés
n’est pas très vieille. Elle apparaît, tel quelle, à l’aube des cités-états,
qui est l’aube de la civilisation au sens propre ([i]civis[/i] signifie cité
> civilisation veut dire « vie dans la cité »). Si l’on s’en
réfère à l’Histoire, tout au plus 8.000 ans, pas plus. C’est bien en
s’organisant au sein des cités-états que les hiérachies se sont créées,
parallèlement au fait qu’elles se sont sédentarisées et ont commencé à creuser
la distance entre civilisation et symbiose avec les cycles environnementaux (il
a fallu « dominer », « contrôler » la nature, ce qui se
traduit d’ailleurs par un passage assez clair dans l’Ancien Testament ;
Genèse 1 § 28).
Les systèmes sociaux antérieurs à la civilisation ne sont
pas comparable, cela même si certains rapports de force peuvent être observés,
autant que dans certains groupes sociaux animaux. Certaines similitudes peuvent
parfois être faites, mais la comparaison s’arrête là, car dans un petit groupe
ou chaque individu voit ce que fait les autes, y compris le chef (le régnant),
il n’y a pas de mythe ni de culture du secret. Le darwinisme social est un
sophisme préjudiciable à la civilisation, dans l’acception la plus noble que
nous donnons habituellement à ce termes, qui est celui de s’élever au dessus de
la condition animale. L’intégration aux rythmes naturels pour assurer la survie
passe par le nécessaire sacrifice des modèles de sélection par la loi du plus
fort, car la notion même de « fort » et « faible » au sein
d’une société vivant en marge des cycles naturels n’a plus de sens, si ce n’est
pour le système lui-même.
Les structures hiérachiques de la civilisation humaine sont
un prolongement de la structure familial archétypale, où le père est le
dominant fort et rigoureux, la mère est douce, protectrice et sage, et les
enfants obéissants (on y trouve l’archétype des trois classes sociales
archaïques : classe dirigeante (père), classe moyenne (mère), classe
ouvrière (enfants)).
Pour un enfant, les parents sont des figures divines. Ils
représentent ceux qui savent, ceux qui « répondent » (voir
[i]responsabilité[/i]) et sont aux yeux de l’enfant la référence première. Les
structures hiérarchiques, politiques, religieuses ou autres, sont la
transposition de ce modèle.
Mais comment évolue la structure au sein d’une famille ?
Il arrive un moment où, nécessairement, l’enfant se dissocie des parents.
Arrivé à l’adolescence, l’enfant commence à percevoir que ses parents ne sont
pas des dieux, qu’ils n’ont pas réponse à tout, que les « c’est comme ça »
sont insuffisant, que les parents sont ignorants sur de nombreux points, qu’ils
se trompent, qu’ils commettent des erreurs, qu’ils mentent, … Tout
naturellement, la relation aux parents est bouleversée, cela provoque des
tensions et des crises. A cela se greffe une importante crise identitaire chez
l’adolescent, qui se cherche, cherche à savoir qui il est et ce qu’il veut être.
Il se trouve en tension entre ses aspirations personnelles (ce qu’il voudrait être)
et les aspirations de ses parents et de la société (qui voudraient qu’il soit
ceci ou cela, mais pas forcément ce qu’il veut). Notez par ailleur cette « crise
identitaire » concernant la question de l’identité nationale ;)
On observe donc, sociologiquement, trois shémas de réactions
à ce phénomène. Les uns, défendant le système (hiérarchique) sont comme des
enfants pas encore prêt à quitter le giron famillial, préférant la tutelle des
parents (schéma psychologique dit [i]enfant[/i] ; les seconds veulent
remplacer les parents, prendre leur rôle et devenir parent à leur place
(prendre le pouvoir et devenir les maîtres > schéma psychologique dit [i]parent[/i])
et les derniers veulent prendre leur liberté et rejeter tout système
hiérarchique pour prendre en main leur destin (schéma psychologique dit [i]adulte[/i]).
Si nous voulons voir notre société et notre civilisation
continuer à évoluer dans l’acception la plus noble qu’elle a (à savoir s’élever
au dessus de la condition animale, tout en s’inscrivant dans une symbiose nécessaire
avec son environnement pour la survie de l’espèce humaine), il n’est pas
difficile de voir quelle option il nous faut prendre.
Le rôle des parents à l’égard des enfants est de permettre
aussi rapidement et aussi efficacement que possible qu’ils puissent devenir
autonome. Par conséquent, il apparaît qu’à un certain niveau, les parents
doivent laisser les enfants prendre leur liberté, prendre les rènes de leur
destin entre leurs mains, et voler de leurs propres ailes. Sur le plan de la
civilisation, cela passe par la création, au minimum, d’espaces permettant de
créer de nouveaux modèles d’organisation de la société.
Les enfants habitent la maison de demain, que les parents ne pourrons
connaître, même dans leurs rêves. Les parents doivent lâcher la bride aux
enfants, sous peine de devenir tyrans. Il en va de même de la civilisation :
le modèle hiérarchique est amené à disparaître, même si cela échappe à l’entendement
des « parents » …