Malgré les millions d’années de notre hominisation, quelques milliers d’années de hiérarchismes féodaux et de tyrannies auront suffi à créer des mythes fondateurs, des dogmes, des religions, et des états capitalistes (privé ou d’état : ça ne change pas l’essentiel). Mais si ces quelques milliers d’années sont infimes à l’échelle de notre évolution, ils représentent déjà tellement de générations que celles d’aujourd’hui sont encore trop souvent aliénées par le hiérarchisme , au point d’en devenir mentalement quasi-incapable d’imaginer des modes de coordination collectifs non pyramidaux. Il s’agit là, selon Pierre Bourdieu, du comble de l’aliénation : perdre conscience de sa propre aliénation.
Ainsi, la "démocratie" grecque d’hier ne s’étendait ni aux femmes ni aux "métèques" et, de nos jours, la "démocratie" reste essentiellement formelle, et limitée. Notre réalité est celle de monarchies électives où les citoyen-ne-s n’ont que le droit de signer des chèques en blanc à des "représentants" qui ne représentent qu’eux même et les entreprises qui paient leurs dispendieux "extras". L’entreprise sous sa forme capitaliste est la forme "moderne" de la monarchie : la démocratie n’en franchit pas la porte. Mais aujourd’hui comme hier et au delà de la portée de la novlangue "libérale" et de ses oxymores, la démocratie est directe ou n’est pas.
La forme contemporaine du hiérarchisme, la capitalisme, diffère profondément des anciens féodalismes sur de nombreux points, sauf un : l’organisation pyramidale, hiérarchique. Pourtant, ce type d’organisation est intrinsèquement inefficace : la théorie de l’information nous apprend que les flux d’informations dans une organisation pyramidale ne peuvent pas circuler. De bas en haut d’une pyramide hiérarchique, l’information est "compressée" jusqu’en devenir inintelligible, complètement déconnectée de la réalité vécue. C’est sur la foi de telles "informations" insuffisantes que les hiérarques décident, "au sommet". Les décisions prises ainsi atteignent des sommets de stupidité (même dans l’hypothèse où dans ces hiérarchies toute place bonne à prendre pour un pourri n’aurait pas déjà été prise par un pourri). Et quand elles sont transmises, ces décisions ne peuvent représenter un volume d’information suffisant pour correspondre au volume d’informations issues de la "base" de la pyramide. Pour les flux d’informations, une hiérarchie se comporte comme un tas d’entonnoirs presque complètement bouchés.
Plus les flux d’informations sont importants, et moins les organisations hiérarchistes sont efficaces. Lorsqu’aucune coercition ne l’empêche, elles sont rapidement supplantées par des modes d’organisations collectives considérablement plus performantes, et "accessoirement", moins coercitives. La topologie (la forme) de ces organisations plus efficaces est celle de réseaux. Il en existe différentes formes, dont la plus "robuste" est ce qu’on appelle en informatique les réseaux "peer-to-peer", les réseaux d’égal à égal. Le "peer-to-peer" appliqué aux rapports sociaux porte un nom : on appelle ça la citoyenneté.
En économie, l’inefficacité intrinsèque des organisations hiérarchiques conduit à une baisse tendancielle des taux de profits : plus les process de production sont efficaces et plus ils sont complexes, et moins les organisations hiérarchiques existantes ne sont aptes à faire circuler les flux d’informations requis par ces process. C’est pourquoi les organisations hiérarchiques (dont les états) ont établi de très nombreuses règles pour s’opposer à la libre concurrence des modes d’organisation : le hiérarchisme est toujours imposé, par différentes formes de coercitions.
A son stade actuel, le hiérarchisme capitaliste globalisé dispose de moyens de coercition considérables, et contrôle largement les quatre pouvoirs législatif, exécutif, judiciaire, et médiatique des états-nations et des organisations internationales :
L’aliénation au hiérachisme repose sur un ensemble de dogmes surannés :
La casuistique jésuitique et filandreuse des hiérarchistes ayant eu l’occasion de se développer jusqu’à la nausée au cours des siècles, cette liste n’est qu’une toute petite liste d’exemples, qui n’a rien d’exhaustif. Néanmoins, on y repère déjà l’omniprésence d’une méthode rhétorique quasi-unique : renverser la charge de la preuve. C’est le propre des dogmes à bout d’arguments : les religions voudraient ainsi contraindre les incroyants à prouver l’inexistence d’une chose qui n’a pas de sens en dehors de leurs dogmes respectifs ! Et il n’est en rien anodin de noter que toutes les religions sont hiérarchistes et patriarcales. Elles font partie des mythes fondateurs de ces systèmes : les religions n’ont pas d’autre but réel et ont étés crées à cette seule fin.
Une fois débarrassé-e-s des dogmes hiérarchistes, concevoir la démocratie devient enfin évident : la démocratie est directe ou n’est pas. Contrairement à une autre idée reçue, la démocratie directe ne s’oppose aucunement à la séparation des pouvoirs : bien au contraire, la démocratie directe est la condition indispensable d’une véritable séparation des pouvoirs !
Lorsque le pouvoir de décider, le pouvoir législatif, appartient réellement à chacun-e, sans aucune hiérarchie, lorsque le pouvoir exécutif est contrôlé par des mandats révocables et limités, des contre-pouvoirs et des évaluations indépendantes, lorsque le pouvoir d’arbitrer, le pouvoir judiciaire, est assuré par des citoyen-ne-s tiré-e-s au sort, alors, et alors seulement, on commence enfin à s’approcher d’une organisation collective non pyramidale, d’une démocratie.
Vous avez compris la théorie ? Voilà un petit exercice pratique : transformer la France en démocratie, vite fait bien fait, sans trop effrayer les bourgeois ni les veaux :
Dernier "détail", le pouvoir économique : une "démocratie" qui s’arrête aux seuils des entreprises n’a RIEN d’une démocratie ! Mais ce monarchisme d’entreprise globalisé ne reste possible que si et tant que ce hiérarchisme "moderne" continue à contrôler étroitement les quatre pouvoirs législatif, exécutif, judiciaire et médiatique, en plus de et avec son pouvoir économique de corruption.
Ne voyez-vous pas que si on vivait en démocratie pour de vrai on en aurait fini depuis longtemps déjà de cette barbarie ???
Minga, 2010
Voir aussi :
L’histoire du quatrième reich
Démocratie, direct !
La démocratie comme stratégie (par EJ)

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10/02 13:41 - HermesMerci à vous : le dialogue enrichit toujours au moins deux personnes. Je suis tout à fait (...)
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