Je me permets
de rebondir non pas sur la réflexion de
l’auteur sur le jihad intérieur mais celle de jihad guerrier qui déchaîne tant
de passion et de connerie ici ou ailleurs.
Le propos sera
aussi simple que précis : les auto-proclamés ou désignés
jihadistes&kamikazes contemporains sont effectivement bien contemporains ET dans leur définition et conception du jihad guerrier, ET dans la pratique,
éloignée autant de la tradition/religion musulmane que propre au contexte
mondial actuel : et donc bien qu’ils s’arrogent pureté et
tradition et que la propagande islamophobe les présentent comme
représentatifs de l’islam : 1) ils opèrent dans le registre de
l’innovation : que théologiquement ils sont sensés abhorrer : se
condamnant ainsi à l’insu de leur plein
gré au statut d’hérétique 2) ils sont de purs produits de notre monde
actuel.
D’un sur le
concept de guerre sainte tel qu’il est entendu dans ces diverses
mouvances :
La théorisation
et conceptualisation de la guerre sainte contemporaine ont été produites par un
individu peu connu : Abdallah Azzam, membre des Frères Musulmans :
bien qu’ouléma, c’est dans le cadre conceptuel de ce mouvement qu’il a
développé et théorisé la guerre sainte telle que les mouvements dits islamistes
l’entendent ;
Une seconde
influence est celle du plus connu Ayman Al Zawihiri, idéologue et théoricien de
la stratégie du martyre (jusque là inconnu dans la tradition sunnite) ;
enfin troisième influence non théorique ou idéologique mais pratique : le plus
connu Al Zarqawi dont le principal apport ou innovation a été le ciblage spécifique des Chiites.
Ses trois idéologues
sunnites ont adapté, tordu le concept traditionnel (religieux) de jihad : qui
autant que dans le Coran que dans la tradition musulmane est un terme
polysémique : comme rappelé par l’auteur et certains intervenants : effort
sur soi dans la perspective de devenir meilleur,
dans la seconde acception
plus médiatique de guerre sainte : deux optiques : défense contre les non-musulmans ou attaque : conquêtes territoriales
cette dernière composante
donc guerrière s’est estompée au cours des siècles, elle a été peu invoquée à
quelques exceptions prés, exemple proche : la guerre d’Algérie où au
lancement de la guerre d’indépendance le concept de jihad est revenu dans
certaines mémoires.
C’est lors de la
Guerre d’Afghanistan que Abdallah Azzam qui remet l’accent sur la priorité et
développe sur le concept de jihad guerrier : objectif évident :
libération des territoires musulmans des occupants soviétiques bien évidemment
considérés comme impies : autre évidence cette remise à l’ordre du jour
est autant soutenue par l’establishment sunnite que du goût des stratèges
US : les premiers fournissant la chair, les seconds les canons :
Premier point
donc : c’est l’affrontement indirect entre blocs Ouest et Est qui remet au
goût du jour cette acception guerrière du concept de jihad : affrontement
entre deux blocs qui autant idéologiquement que politiquement que
culturellement n’ont rien à voir avec l’Islam civilisation/espace ou l’islam
religion mais qui va avoir un impact que nous ressentons encore aujourd’hui…
Après la mort
d’Azzam et la fin de la guerre
afghane : le sens de jihad va évoluer chez ces groupes qui maintenant disposent
non seulement de moyens financiers, mais aussi de l’expérience militaire ainsi
que d’un concept livré clé en main et applicable au-delà des frontières
afghanes.
Se produit alors
le passage du jihad de défense
classique à un jihad individuel fondé sur
le martyre théorisé par Zawahiri : c’est l’exemplarité du martyr
diffusé à l’aide des médias modernes qui doit galvaniser les foules musulmanes
et fournir les prochains martyrs : se faire sauter au milieu d’une foule est
conçu dans l’optique d’un accroissement de l’effet escompté par traitement
médiatique et donc vitrine globale :
Donc : après
l’impact produit par l’affrontement Est/Ouest, la globalisation et le
développement des technologies de l’Information et Communications ainsi que des
échanges impacte à nouveau l’évolution moderne du concept de jihad : le
traitement médiatique est inclus dés le départ dans la théorisation du jihad
par martyr interposé : c’est l’effet médiatique qui est recherché :
le Spectacle : à nouveau, rien d’intrinsèque à l’islam ou issu du monde
musulman (voir même de nature hérétique : rapport à la représentation/ostentation) :
ce sont donc principalement des changements en dehors ou indépendants de l’espace
musulman qui influent sur le concept de jihad : ce qui ne fait que renforcer
cette idée d’une position d’acteur passif du monde musulman dans l’arène globale
et sa fragilité : bien plus que ce spectre menaçant que les think tanks US
vendent afin de supporter le grand redéploiement stratégique US actuel.
cette vision
contemporaine et remaniée du jihad est-elle orthodoxe ?
1.Azzam qui bien qu’il fut ouléma diplômé d’Al Azhar a évolué dans un cadre conceptuel, idéologique
précis : celui du mouvement Frères Musulmans :
Sa définition du
jihad était très précise voir localisée : toujours en réaction avec des
évènements extérieurs impactant le monde musulman mais ne découlant pas de
son évolution propre : un jihad de défense : libération des terres
musulmans des impies : Russes en Afghanistan, Juifs en Palestine…
2.Le développement
du jihad par le martyre par Al Zawahiri, n’est pas suivi par les autorités
religieuses sunnites (oulémas) : les terroristes optant pour des attaques
suicides sont au regard de la théologie des suicidés qui brûlent en
enfer : double interdiction théologique : interdit du suicide,
interdit de l’usage homicide du feu
Dans le registre
guerrier ou militaire, la législation ou théologie musulmane en la matière
définit deux types de jihad : jihad
de défense, jihad d’attaque
Jihad de
défense relèvant de l’obligation
individuelle : tout musulman doit s’engager en cas d’attaque
Jihad d’attaque
relèvant de l’expansion ou stratégie militaire : est le fait du Prince : non plus une
obligation individuelle mais une obligation
collective.
L’attaque du
11/09 attribuée à Al Qaïda ne relève donc ni du jihad de défense (territoire US
n’étant pas un territoire musulman à libérer), ni du jihad d’attaque (aucun
prince de l’Islam n’a appelé à la conquête des US) ;
sur la question
irakienne : les positions sont plus partagées : certains oulémas
avalisent le jihad de défense puisque configuration suivante : attaque
suivie par terre occupée par des infidèles : le jihad de défense,
individuel est donc légitime pour la libération du territoire .
autre point
contraire à l’orthodoxie sunnite : ces mouvements étaient principalement
issus du Sunnisme :
le jihad par martyre de Zawahiri : contagion du culte du martyre
chiite vers le monde sunnite : traditionnellement il n’y pas de recherche
du martyre dans le Sunnisme : Mohamed figure centrale du sunnisme est un
chef de guerre, ni une victime, ni un martyr ; chez les Chiites le martyr
d’Hussein, fils d’Ali est par contre un modèle à suivre
D’ailleurs autant
durant le conflit Iran/Irak que dans le conflit libano-israélien : les
soldats ou combattants chiites se porteront volontaires au martyre.
Survient alors le
paradoxe irakien : martyr emprunté au Chiisme : premières et
principales victimes de ces attaques suicides sont les chiites irakiens : là
apparaît l’influence de Al Zarqawi qui dans sa récupération du jihad guerrier cible
principalement les chiites comme
infidèles, puisque conçus comme et hérétiques et agents américains ou juifs.
Conclusion :
bref, ces divers idéologues ou théoriciens empruntent à leur gré dans la tradition
musulmane, selon que cela les arrange ou non : se concevant comme les
parfaits musulmans, ils manipulent le référent religieux musulman comme le
national-socialisme manipulait le référent national…ils s’affranchissent de
contradictions théologiquement insurmontables par le plus cynique pragmatisme :
appartenant à des courants répugnant autant à l’innovation en matière
religieuse, qu’à l’ostentation : d’un ils détournent, réinterprètent voir
inventent de nouveaux concepts religieux, ensuite usent autant de l’Ecran
Global que du Virtuel pour imposer leur doctrine ou passer leur message : en
définitif ils sont bien plus proches de leurs impies ennemis que des salaf…et
en cela, il est raisonnable de considérer ces mouvances comme des produits du
monde contemporain ou des sous-produits d’une globalisation voulue et conçue en
dehors du monde musulman : celle qui confond Universel et Global, qui
confond Particulier et Singulier : celle qui avance inéluctable, faisant
fi des peuples, des cultures, de l’Humain…seul compte l’Instant, au diable l’Histoire…