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Commentaire de François-Ferdinand De la Friche en Souche

sur Le djihad islamique


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Je me permets de rebondir non pas sur la réflexion de l’auteur sur le jihad intérieur mais celle de jihad guerrier qui déchaîne tant de passion et de connerie ici ou ailleurs.

 

Le propos sera aussi simple que précis : les auto-proclamés ou désignés jihadistes&kamikazes contemporains sont effectivement bien contemporains ET dans leur définition et conception du jihad guerrier, ET dans la pratique, éloignée autant de la tradition/religion musulmane que propre au contexte mondial actuel : et donc bien qu’ils s’arrogent pureté et tradition et que la propagande islamophobe les présentent comme représentatifs de l’islam : 1) ils opèrent dans le registre de l’innovation : que théologiquement ils sont sensés abhorrer : se condamnant ainsi à l’insu de leur plein gré au statut d’hérétique 2) ils sont de purs produits de notre monde actuel.

 

D’un sur le concept de guerre sainte tel qu’il est entendu dans ces diverses mouvances :

 

La théorisation et conceptualisation de la guerre sainte contemporaine ont été produites par un individu peu connu : Abdallah Azzam, membre des Frères Musulmans : bien qu’ouléma, c’est dans le cadre conceptuel de ce mouvement qu’il a développé et théorisé la guerre sainte telle que les mouvements dits islamistes l’entendent ;

 

Une seconde influence est celle du plus connu Ayman Al Zawihiri, idéologue et théoricien de la stratégie du martyre (jusque là inconnu dans la tradition sunnite) ; enfin troisième influence non théorique ou idéologique mais pratique : le plus connu Al Zarqawi dont le principal apport ou innovation a été le ciblage spécifique des Chiites.

 

Ses trois idéologues sunnites ont adapté, tordu le concept traditionnel (religieux) de jihad : qui autant que dans le Coran que dans la tradition musulmane est un terme polysémique : comme rappelé par l’auteur et certains intervenants : effort sur soi dans la perspective de devenir meilleur,

 

dans la seconde acception plus médiatique de guerre sainte : deux optiques : défense contre les non-musulmans ou attaque : conquêtes territoriales

 

cette dernière composante donc guerrière s’est estompée au cours des siècles, elle a été peu invoquée à quelques exceptions prés, exemple proche : la guerre d’Algérie où au lancement de la guerre d’indépendance le concept de jihad est revenu dans certaines mémoires.

 

C’est lors de la Guerre d’Afghanistan que Abdallah Azzam qui remet l’accent sur la priorité et développe sur le concept de jihad guerrier : objectif évident : libération des territoires musulmans des occupants soviétiques bien évidemment considérés comme impies : autre évidence cette remise à l’ordre du jour est autant soutenue par l’establishment sunnite que du goût des stratèges US : les premiers fournissant la chair, les seconds les canons :

 

Premier point donc : c’est l’affrontement indirect entre blocs Ouest et Est qui remet au goût du jour cette acception guerrière du concept de jihad : affrontement entre deux blocs qui autant idéologiquement que politiquement que culturellement n’ont rien à voir avec l’Islam civilisation/espace ou l’islam religion mais qui va avoir un impact que nous ressentons encore aujourd’hui…  

 

Après la mort d’Azzam  et la fin de la guerre afghane : le sens de jihad va évoluer chez ces groupes qui maintenant disposent non seulement de moyens financiers, mais aussi de l’expérience militaire ainsi que d’un concept livré clé en main et applicable au-delà des frontières afghanes.

 

Se produit alors le passage du jihad de défense classique à un jihad individuel fondé sur le martyre théorisé par Zawahiri : c’est l’exemplarité du martyr diffusé à l’aide des médias modernes qui doit galvaniser les foules musulmanes et fournir les prochains martyrs : se faire sauter au milieu d’une foule est conçu dans l’optique d’un accroissement de l’effet escompté par traitement médiatique et donc vitrine globale :

 

Donc : après l’impact produit par l’affrontement Est/Ouest, la globalisation et le développement des technologies de l’Information et Communications ainsi que des échanges impacte à nouveau l’évolution moderne du concept de jihad : le traitement médiatique est inclus dés le départ dans la théorisation du jihad par martyr interposé : c’est l’effet médiatique qui est recherché : le Spectacle : à nouveau, rien d’intrinsèque à l’islam ou issu du monde musulman (voir même de nature hérétique : rapport à la représentation/ostentation) : ce sont donc principalement des changements en dehors ou indépendants de l’espace musulman qui influent sur le concept de jihad : ce qui ne fait que renforcer cette idée d’une position d’acteur passif du monde musulman dans l’arène globale et sa fragilité : bien plus que ce spectre menaçant que les think tanks US vendent afin de supporter le grand redéploiement stratégique US actuel.

 

cette vision contemporaine et remaniée du jihad est-elle orthodoxe ?

 

1.Azzam qui bien  qu’il fut ouléma diplômé d’Al Azhar  a évolué dans un cadre conceptuel, idéologique précis : celui du mouvement Frères Musulmans :

 

Sa définition du jihad était très précise voir localisée : toujours en réaction avec des évènements extérieurs impactant le monde musulman mais ne découlant pas de son évolution propre : un jihad de défense : libération des terres musulmans des impies : Russes en Afghanistan, Juifs en Palestine…

 

2.Le développement du jihad par le martyre par Al Zawahiri, n’est pas suivi par les autorités religieuses sunnites (oulémas) : les terroristes optant pour des attaques suicides sont au regard de la théologie des suicidés qui brûlent en enfer : double interdiction théologique : interdit du suicide, interdit de l’usage homicide du feu

 

Dans le registre guerrier ou militaire, la législation ou théologie musulmane en la matière définit deux types de jihad : jihad de défense, jihad d’attaque

Jihad de défense relèvant de l’obligation individuelle : tout musulman doit s’engager en cas d’attaque

Jihad d’attaque relèvant de l’expansion ou stratégie militaire : est le fait du Prince : non plus une obligation individuelle mais une obligation collective.

 

L’attaque du 11/09 attribuée à Al Qaïda ne relève donc ni du jihad de défense (territoire US n’étant pas un territoire musulman à libérer), ni du jihad d’attaque (aucun prince de l’Islam n’a appelé à la conquête des US) ;

 

sur la question irakienne : les positions sont plus partagées : certains oulémas avalisent le jihad de défense puisque configuration suivante : attaque suivie par terre occupée par des infidèles : le jihad de défense, individuel est donc légitime pour la libération du territoire .

 

autre point contraire à l’orthodoxie sunnite : ces mouvements étaient principalement issus du Sunnisme : 

le jihad par martyre de Zawahiri : contagion du culte du martyre chiite vers le monde sunnite : traditionnellement il n’y pas de recherche du martyre dans le Sunnisme : Mohamed figure centrale du sunnisme est un chef de guerre, ni une victime, ni un martyr ; chez les Chiites le martyr d’Hussein, fils d’Ali est par contre un modèle à suivre

 

D’ailleurs autant durant le conflit Iran/Irak que dans le conflit libano-israélien : les soldats ou combattants chiites se porteront volontaires au martyre.

 

Survient alors le paradoxe irakien : martyr emprunté au Chiisme : premières et principales victimes de ces attaques suicides sont les chiites irakiens : là apparaît l’influence de Al Zarqawi qui dans sa récupération du jihad guerrier cible principalement  les chiites comme infidèles, puisque conçus comme et hérétiques et agents américains ou juifs.

 

Conclusion : bref, ces divers idéologues ou théoriciens empruntent à leur gré dans la tradition musulmane, selon que cela les arrange ou non : se concevant comme les parfaits musulmans, ils manipulent le référent religieux musulman comme le national-socialisme manipulait le référent national…ils s’affranchissent de contradictions théologiquement insurmontables par le plus cynique pragmatisme : appartenant à des courants répugnant autant à l’innovation en matière religieuse, qu’à l’ostentation : d’un ils détournent, réinterprètent voir inventent de nouveaux concepts religieux, ensuite usent autant de l’Ecran Global que du Virtuel pour imposer leur doctrine ou passer leur message : en définitif ils sont bien plus proches de leurs impies ennemis que des salaf…et en cela, il est raisonnable de considérer ces mouvances comme des produits du monde contemporain ou des sous-produits d’une globalisation voulue et conçue en dehors du monde musulman : celle qui confond Universel et Global, qui confond Particulier et Singulier : celle qui avance inéluctable, faisant fi des peuples, des cultures, de l’Humain…seul compte l’Instant, au diable l’Histoire…    

  


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