Bulgroz,
j’espère que vous avez été payé par le gouvernement pour votre message ; ceux qui ont écrit le rapport que vous citez l’ont été en tout cas. Vous comprendrez qu’un rapport dont les auteurs sont à la fois juge et partie est peu crédible (rapport commandité par l’Etat pour évaluer sa propre action !)
J’avoue que je n’ai eu le temps que de survoler ce rapport pour me faire une idée ; mais j’en ai lu d’autres. En général, pour montrer que la pauvreté n’a pas augmenté, on utilise un des biais suivants (je ne cite deux exemples, il y en a beaucoup d’autres, mais ceux-ci ont probablement été utilisé dans ce rapport précis) :
- prendre les années de référence qui arrangent les chiffres, ce qui est très efficace dans une économie cyclique comme la nôtre
- se baser sur l’IPC (indice des prix à la consommation), calculé par l’INSEE (encore un organisme dépendant du pouvoir), et qui n’est pas un indice de coût de la vie (ils le reconnaissent eux-même sur leur site, allez voir), et qui masque l’envolée de certains prix comme l’immobilier (non comptabilisé). De plus, en tant qu’indice global, la baisse des prix des produits consommés par les riches peut fort bien cacher la hausse des prix des produits de première nécessité.
Le rapport souffre du manque d’un glossaire : comment est définie la « pauvreté monétaire » ?
De même, les méthodologies adoptées sont absentes. On balance des chiffres... Dans les rayons de mon supermarché, je trouve sur certains produits des informations beaucoup plus précises et vérifiables, c’est pour dire.
Sans compter que le rapport « 2009-2010 » se base sur des chiffres nécessairement antérieurs. De quand ? Quelques éléments de réponse très parcellaires par ci par là....ce n’était visiblement pas le souci premier des rédacteurs. J’ai eu l’impression qu’ils avaient bien envie de nous faire croire que les chiffres s’appliquent à aujourd’hui.
Ils reconnaissent pourtant ce biais, juste en dessous de cette phrase que vous citez, justement (bravo pour le découpage) : "Les indicateurs de mesure de la
pauvreté, élaborés avec une méthodologie robuste par les
administrations publiques de la statistique, ne permettent pas, à ce
stade, de mettre en évidence un impact de la crise économique sur
la pauvreté[...]« Dans le passage coupé par vos soins ([...]), ils expliquent que c’est probablement lié à un double effet retard : retard sur la disponibilité des chiffres, et retard sur les conséquences de la crise sur la pauvreté.
Quand on parle de baisse de bénéficiaires des minima sociaux, on n’explique pas non plus les conditions de sortie (emploi trouvé ? radiation ? expulsion ? décès ?...)
Vous lisez finalement dans ce rapport ce que vous avez envie de voir ; bien aidé, il est vrai, par la présentation des chiffres de ce rapport.
Encore un biais : la pauvreté est considérée globalement dans cette étude comme un paramètre binaire (pauvre / non pauvre) alors que c’est d’évidence un paramètre continu. En binarisant ce paramètre, il est facile de jouer sur un effet de seuil pour faire apparaître les chiffres que l’on souhaite montrer. De nombreuses mesures politiques »contre la pauvreté" menées ces dernières années sont à comprendre à la lumière de cette binarisation.
Tant qu’il n’y aura pas d’organismes strictement indépendants du pouvoir politique pour faire ce genre d’études, tous les rapports sortis ne seront qu’un gaspillage d’argent publique.