Onfray contre Freud, BHL contre Kant.
Qui a l’esprit critique, et qui a l’esprit d’orgueil ?
Triste époque, non pas de déconstruction, mais plutôt de déconfiture.
Tout est déliquescent, et la parole autrefois ironique, mordante, incisive, devient hurlante sans le son, fielleuse, monstrueuse dans sa vulgarité répétitive.
L’exemple vient d’en haut. Rien n’est vrai, l’abus de bien social devient une preuve d’honnêteté (on n’est pas hypocrite), le défaut d’intelligence une preuve de pugnacité (la croissance attendue par Lagarde dans un futur proche), et la vulgarité verbale un signe de volonté présidentielle.
Alors, lorsque cette déconfiture redescend, c’est toute la société qui est touchée et qui coule.
L’esprit de résistance serait de faire l’inverse, de remonter, de s’enrichir intellectuellement, de renaître à l’esprit critique, qui demande de la réflexion et de la distance, d’abord vis-à-vis de soi-même, de l’humilité, et de l’audace. L’inverse exact de ce spectacle ahurissant donné par nos zélites.
Michel Onfray, comme philosophe de l’hédonisme, est plutôt du côté de la libre expression de l’être sans entrave, tendant jusqu’à l’épanouissement du moi sans limite, inflation du moi justement analysée par Freud. On comprend son ire. Mais si Onfray peut être critiqué, sa démarche elle-même est à respecter, ses recherches sur les philosophies alternatives peuvent nous intéresser, et ses moyens de recherche protégés voire amplifiés.
De même Stéphane Guillon, sans vouloir les comparer, au-delà de la vulgarité, doit être protégé comme humoriste lorsqu’il attaque les pouvoirs.
Car il y a une distance entre la critique, le débat, qui laisse à l’autre la capacité de s’exprimer, et la censure, qui au nom d’une indélicatesse, d’une faille de raisonnement, ou simplement d’une irritation présidentielle, empêche toute expression contestataire, contradictoire, libre.
Et la censure, plutôt que de nous élever, nous rabaisse encore d’un cran sur la plan intellectuel. Car quelle pensée peut advenir s’il n’existe pour tout choix qu’une seule alternative, la bonne, que la Haut Dignitaire du Régime impose à tous ?
La censure est une des pierres maîtresses de la déliquescence d’une nation.