La Tribune de Genève :
"Les gérants de fortune de la place financière genevoise n’en veulent
pas tellement à l’héritière de L’Oréal, qui pèse quelque 16 milliards
grâce aux 31% d’actions qu’elle détient dans le groupe cosmétique et aux
3% qu’elle contrôle chez Nestlé, faisant d’elle la plus importante
actionnaire de la multinationale.
Ils en veulent à Eric Woerth, aujourd’hui ministre français du
Travail, mais qui fut, il y a quelques mois encore ministre du Budget,
n’hésitant pas à brandir la liste des 3000 noms de citoyens français,
volée par Hervé Falciani en 2009 chez HSBC Private Bank (Suisse) à
Genève.
Actifs gérés depuis Genève
L’un d’eux, spécialiste des « family offices » (sorte de banques
privées pour très grandes fortunes) tempête : « Eric Woerth, qui avait
fait de l’évasion fiscale sa priorité, nous a longtemps fustigés comme
les ennemis numéro un. C’est lui aussi qui, avec Peer Steinbrück, alors
ministre allemand de l’Economie, nous a conduits sur la liste grise de
l’OCDE, celle des paradis fiscaux non coopératifs. Mais savez-vous qu’au
même moment, sa femme Florence, l’une des gérantes de fortune de
Liliane Bettencourt, était vue très souvent dans le « family office » de
la milliardaire française, qui se situe à deux pas de l’Hôtel
d’Angleterre ? »
Cette entité de gestion de fortune genevoise fait partie de la
holding Téthys qui gère les actifs de l’héritière, à savoir
principalement les dividendes de son paquet d’actions chez L’Oréal et
chez Nestlé, ainsi que ses biens immobiliers. Elle travaille main dans
la main, mais depuis la Suisse (!), avec la société financière française
Clymène, dirigée par l’homme de confiance Patrice de Maistre et
employeur, depuis 2007, de Florence Woerth, épouse de l’ex-ministre du
Budget.
Et notre financier fâché d’ajouter : « Eric Woerth, durant ces deux
dernières années, ne pouvait pas ignorer que sa femme se trouvait très
régulièrement à Genève.«
»
Autre fait avéré des liens entre Clymène et Genève est le transfert,
il y a quelque deux ans, de 280 millions d’euros des comptes français de
Liliane Bettencourt chez UBS Genève. Enfin, selon des documents publiés
cette semaine par l’hebdomadaire Marianne, il s’avère que la fortune
déclarée en 2007 dans l’Hexagone par l’héritière L’Oréal et ses gérants
s’élevaient à 2,2 milliards d’euros pour une imposition de 40 millions
d’euros.
Enfin, en tant que trésorier de l’UMP, Eric Woerth, lui aussi,
connaît visiblement passablement bien la route qui conduit à Genève,
chez un autre de ses amis, Pierre Condamin Gerbier, responsable de l’UMP
à Genève et gérant de fortune ardent défenseur des « family offices ».
C’est ce dernier qui s’est chargé, notamment, d’organiser le dîner de
gala au Crowne Plaza, puis au Caviar House, avec les plus grandes
fortunes françaises exilées en Suisse romande, en mars 2007, lorsque
Woerth était venu collecter des fonds pour la campagne présidentielle de
Nicolas Sarkozy.
Or, comme le confiait un autre banquier genevois, lui aussi
extrêmement courroucé, au Matin Dimanche en septembre 2009, « Eric Woerth
ne cherchait pas alors à savoir si les chèques qu’on lui remettait
étaient prélevés sur des comptes suisses non déclarés au fisc français. »
La collecte finale avait rapporté, en tout, plus de 7 millions d’euros."
