Ô très cher
Monsieur Armand,
Personnellement je préfère l’idéal d’une époque,
hélas révolue, où un homme de qualité se rendait où bon lui semblait avec rien
que sa carte de visite, où l’or dans son gousset avait cours partout, où il
pouvait porter librement de quoi se défendre... et où, quand il avait du vague
à l’âme, il pouvait faire ses courses chez le pharmacien en toute
légalité !!!!
Le problème étant
que des hommes de cette trempe, il n’en existe plus ou presque ; à tel point
qu’ils en sont des anachronismes ou anomalies : ni l’éducation, ni la culture, ni les référents qui les produisent n’existent encore…je note au passage que dans
votre description de cet idéal révolu vous avez ignoré la visite hebdomadaire au
bordel de Madame Madelon au sortir de la Sainte Messe, suivie de la pipe d’opium
savamment dosée par une jeune et dévouée asiate : afin que la recherche
des mystères de la Chair chez Madame Madelon se voit complétée par celle des
mystères de l’Esprit dans un cabinet dévoué à cette saine pratique…
n’oublions pas
non plus les rendez-vous à l’aube, où avec élégant doigté et un peu de poudre
noire, l’on résolvait toute discorde et insulte à l’honneur d’un gentilhomme (ou de sa dame, sa maîtresse ou favorite...), mettant fin à cette irrespect autant de l’Harmonie que des convenances avec
les manières qui seyaient à tout gentilhomme : c’est à dire en offrant avec chrétienne charité pour ultime présent
à l’agent perturbateur l’ineffable jouissance du délicat contact entre sa peau
et une herbe autant soyeuse et fraîche que luisante de matinale rosée…ainsi l’Harmonie universelle était restaurée avant que les foules ne s’éveillent...fainéasses que toujours elles furent et qu’elles sont encore au demeurant...
Il n’empêche que priver le citoyen du droit de se
défendre c’est bien participer à cette déshumanisante société du contrôle
absolu...
Non, je crains
que vous ne m’ayez point compris : il y a une culture de la soumission à l’autorité
centrale dans l’Ancien Monde, et l’état jacobin n’a fait que la renforcer :
en cela, il ne faisait qu’annoncer déjà cette société de contrôle de même qu’il
a largement contribué à la domestication et au dressage des individus, autant qu’il
a porté non pas les foules vers l’excellence mais a du enterrer celle-ci par dépit avec ce
constat : d’un âne, jamais vous ne ferez un fier destrier…
ou plus bibliquement ou évangéliquement dit : Bien(trop)nombreux sont les privés d’Esprit...(abrutis étant trop restrictif et donc pas assez explicite...)
Le problème n’est
pas le droit de se défendre mais l’individu auquel on accorderait ce droit. Porter
une arme est aisé, de même que s’en servir mais savoir quand et pourquoi est
différent…cela est une question d’éducation et de culture : des armes
entre autre…donner une épée à un gueux n’en fera pas un chevalier…
Vous n’auriez au
final que des racailles armées d’un côté et des abrutis armés aussi de l’autre
côté : d’ailleurs ce paysage n’est pas à ignorer : il est fort
probable que ce soit là la situation à laquelle nous aboutirons…question autant
pratique que économique.