Le Figaro, ce matin, se lance dans une étude des chances de Houellebecq pour le Goncourt 2010... Il y a des remarques intéressantes. La première touche aux différences entre l’écrivain et l’homme public. D’après les trois journalistes, Houellebecq a pâti dans le passé de sa réputation, mais aussi des méchancetés prononcées contre tel ou tel. Il aurait donc désormais sa chance parce qu’il aurait arrondi ses angles. Cet argument me convainc personnellement à moitié.
- "Il est décidé à faire ce qu’il faut pour séduire ceux que
ses derniers romans ont exaspérés ou déçus. Mais ce changement
d’attitude n’est pas que sourires de façade et de circonstance.
Juliette Joste, qui fut son éditrice chez Flammarion pendant de longues
années, est impressionnée : l’être mutique et souffrant qu’elle
connaissait s’est transformé.«
Bon. En réalité, l’écrivain s’avère un candidat sérieux pour le Goncourt parce qu’il le mérite. Le Figaro avance des arguments...
- » Cette fois-ci, Houellebecq a travaillé pour que
son œuvre ’passe’. Son roman est d’une facture plus classique que les
précédents : finie, la science-fiction. Il ne résiste pas à faire un peu
de provocation en écrivant que n’importe quel enfant pourrait peindre
comme Picasso, mais il sait qu’il ne risque pas d’être traîné en
justice pour cela, comme ce fut le cas après la parution des Particules
et de Plateforme. Plus d’érotisme glauque, ni de considérations
douteuses sur l’islam, les femmes, l’eugénisme, etc. Dans ’La carte et le territoire’,
les seuls personnages qu’il écorne sont des ’people’. Mais il le fait
de façon si grand-guignolesque que la charge n’est pas bien méchante.
Jean-Pierre Pernaut, longuement moqué dans le roman, a même déclaré
qu’il était flatté d’être un personnage de Houellebecq."
Malheureusement, ’La carte et le territoire’ n’a peut-être pas toutes les qualités de ses précédents romans. Il reste que certains jurés voteront pour Houellebecq. Le quotidien les recense. Nourrissier est mort, mais d’autres partagent le même avis. Tahar Ben Jelloun semble moins enthousiaste, comme il l’a expliqué à La Republica :
’Personnellement peu m’importe ce que pense Houellebecq des empires
industriels, de l’architecture moderne ou de la peinture, d’autant plus
qu’il fait un discours odieux et délirant sur Picasso (…) Le livre est
semé de marques, on dirait le maillot d’un athlète sponsorisé.’
Michel Tournier ne cache pas sa préférence ’Je pense le plus grand bien de
Houellebecq. C’est un écrivain remarquable. Aucun autre roman n’est
comparable au sien. Je ne veux pas entendre parler des débats
idéologiques. Ce qui m’intéresse, ce sont les livres. Son roman est
remarquable et je voterai pour lui.’ Le moins que l’on puisse dire est que Michel Tournier évacue un peu vite ’le débat idéologique.