Ah, c’est
parfait, merci kerjean, je n’attendais que celle-là pour poser le dilemme
suivant, sous la forme d’une petite fable !
Vous savez, je n’aime pas les USA non plus. Je veux
dire : pas ce qu’ils sont devenus aujourd’hui. Je n’y vais plus. Mais j’y
connais des gens bien. Je vois que pour vous par contre c’est au niveau des
tripes. Mais bon, au hasard des voyages parfois on rencontre de chic types.
Imaginez que vous ayez un copain là-bas, qui partageât votre goût
d’indépendance un peu anar et aussi vôtre plaisir à un langage bien coloré et
mâtiné (comme le vôtre, mais ça m’arrive aussi).
Le pote Jo, donc. Il vit à Chicago. Dans quelques
années donc, bang, boom, guerre civile ! Jo se retrouve planté en pleine
déliquescence du pays. Il vous parle de difficultés de plus en plus
insurmontables, plus de maison, peu de bouffe, pas d’abri où se planquer.
Vous lui dites, »bein, y faut t’révolter mon
gars, comme chez nous en France. Fais la grève ! Ah, zut plus d’boulot, et
puis réquisition générale de toute façon. Le voilà d’revue pour les piquets
autour d’un bon feu avec un gros sandwich et un peu d’bourbon.
Ah, pourquoi pas une manifestation, résistance
passive ? Aie interdit de se regrouper. Ils tirent à balles
réelles !«
Vous vous grattez la tête avec lui au téléphone qui
grésille. Skype c’est fini. Où Jo peut-il bien aller pour se défendre ? Au
Parti Socialiste ? Y’en a pas. Des communistes ? Encore moins.
Centristes ? Ah, bein les Démocrates c’est pareil ! Manque de pot,
ils sont de mèche avec les grosses banques et Jo n’a rien d’un trader de crise,
mais peut-être lui donneront-ils une soupe à distribuer de la propagande en
pleine rue (internet c’est fini). Non, trop de risque de se faire zigouiller
par l’autre camp. Républicains ? Ils vont tout de suite l’embrigader sans
solde et l’envoyer sur le front intérieur pour la reconquête du Texas qui vient
de faire sécession —légalement car tel est le droit de cet Etat.
Quelle option
reste-t-il à vot’ pote Jo, qui n’a nulle part où se planquer ni de quoi
survivre sans se faire esclave ? Aucune, , car c’est dans les plans de l’oligarchie que cette guerre doit réduire
grandement la population jusqu’à ce que les Etats-Unis deviennent exclusivement
un territoire pour villas, châteaux, serfs et chasse à cour. On ne produit plus
que dans les pays dits « émergents » et ça suffit bien. La seule
industrie qui reste : armement et pétrole.
Mais un jour,
ouf, Jo vous appelle et demande conseil : « Jean, j’ai rencontré
des libertariens, des purs et durs et ils sont bien organisés. Ils mènent une
résistance pour bloquer les usines des gros trusts d’armement et de sécurité
par sabotage. Ils veulent arrêter ainsi la guerre civile par son talon
d’Achille et reconstruire le pays sur de nouvelles bases, avec un système libre
et équitable qui respecte scrupuleusement la Constitution. Ils recrutent. Ils
payent bien et l’honneur est avec eux. Il n’y a pas d’autre organisation ayant
un tel but. Qu’en penses-tu Jean, que ferais-tu à ma place ?
Et bien, diriez-vous : »T’es pas fou,
c’est des gogos de libertariens, des grenouilles de bénitier, des bloqués, des
sectaires, des égoïstes, des extrémistes de droite, des pro-life, des
tonton-flingueurs, des bachibouzoucs ségrégationnistes" ? Et ceci
sans vous donner même la peine de vérifier ce que ces libertariens pourraient
représenter réellement, tout simplement parce que TF1 et même Arte le disent.
Question de principe, c’est tellement bon les
principes ! Vous ne pourriez imaginer votre ami proche un libertarien,
même avec une bonne cause ! Mais vous lui conseilleriez plutôt de se
laisser crever sur le trottoir, sans espoir, sans fierté ? En somme :
Mourrir pour des idées... reçues ? Et si pitoyablement !
Pour tout vous
dire kerjean, je ne suis pas libertarien. Mais j’ai le don d’imaginer. Et si
j’étais dans le cas de Jo, je n’hésiterais pas un moment. Comprenez-vous cet article maintenant ?