Sommes nous condamnés à revoir l’assurance maladie à la baisse ?
Oui, c’est une question importante : fondamentale même et c’est pourquoi je secoue ma léthargie pour y répondre...et d’abord je remercie l’UFAL (que je ne connais pas, pour l’initiative de ce forum citoyen, car c’est la seule solution pour trouver des solutions, c’est bien à la réflexion citoyenne collective de s’emparer de ces questions pour tenter d’y trouver des réponses : celles ci , en aucune manière, ne peuvent nous venir des technocrates, ils ont fait leurs preuves d’incompétence et de nuisance depuis longtemps et dans tout les domaines.
Mais il me semble que, s’il faut échapper au discours des experts, ce n’est pas non plus pour retomber dans son inverse, càd les clichés et les lieux communs qui ne veulent plus rien dire, sinon de servir de soupape au « ras le bol »...ça fait du bien mais on n’avance pas !
En fait il s’agit réellement d’une question de civilisation : comment tisser des liens entre nous comment ne pas laisser les faibles et vulnérables au bord de la route, quel système d’entraide imaginer et comment le faire évoluer, pour substituer , à la loi de la jungle, la solidarité humaine.
La difficulté est grande car la sécu est une vaste usine à gaz, complexe et mal connue de la plupart, en tout cas de moi-même. Et c’est pourquoi je suis incapable, seul d’en dresser un tableau simple, clair et parlant, qui me permettrait de trouver de « bonnes » solutions. C’est pourquoi je pense que tout le monde doit s’y mettre , réfléchir et y aller de ses idées- et expériences pour construire une vraie pensée populaire constructive sur ce sujet, NOTRE secu, car c’est notre création et notre propriété commune .
Donc, pour l’instant je n’en suis qu’à pouvoir émettre des considérations plutôt générales pour essayer de baliser le terrain où je veux aller.
Je parle en tant que praticien (retraité) de la santé mentale ayant dirigé des services de psy publiques depuis une trentaine d’années, mais aussi en temps qu’usager de la santé puisque j’ai eu à bénéficier de soins. Mais également comme voyageur ayant connu de nombreux pays sans système de santé : c’est une expérience qui décoiffe...j’ai même fait un remplacement de médecin libéral d’un an au Maroc : je sais donc ce que je ne supporterais pas de voir s’installer en France.
Alors voilà, je vous livre un peu en vrac mes idées générales qui reposent sur mes expériences vécues, c’es un catalogue un peu disparate pour susciter des réactions et de nouvelles réflexions...
Les idées générales :
La secu est l’enfant du CNR qui l’a créé au lendemain de la guerre, en pleine pénurie de tous ordres : pourquoi ont-ils pu le faire alors que les grandes sociétés aujourd’hui font des bénéfices record ? Pourquoi ce qui est possible dans la pénurie pose problème dans l’abondance ? Question.
L’idée force était celle d’une solidarité : chacun d’entre nous doit bénéficier des progrès d’une médecine moderne en pleine évolution. Depuis cette création, les gouvernements conservateurs se sont succédés en France( qu’ils soient ouvertement de droite ou PS.) Question : comment voulez vous qu’un état capitaliste (élitiste ,égoîste et individualiste construise un système inverse basé sur la communauté, le collectif, et l’intérêt général : j’y vois une contradiction fondamentale.
Illustration : les syndicats médicaux alertent les instances politiques successives depuis plus de 20 ans sur la baisse très prévisible du nombre de médecins : aucun gouvernement n’y a rien fait, sinon aggraver la situation. Résultat des courses : 600 postes de psy hospitaliers vacants en 2002 et 1200 pour 2007 !! c’est l’extermination « douce » des services de psy publics, dans le même temps, on a fermé la filière de formation des infirmiers psy, dans l’indifférence générale. Mais rassurez vous,cette remarque concerne aussi les gynéco, ORL, ophtalo, gynéco et autres chirurgiens et la pression est telle dans le métier que les jeunes ne veulent plus faire d’études de médecine : pourquoi ???
Les budgets : d’abord, il représente le second budget de la nation : on imagine combien est grande la tentation de puiser- légalement ou pas, dedans. En fait ce budget représente le remboursement des frais engagés par les traitements. Mais si on y ajoute la construction des hôpitaux, il faut alors payer les frais (privés) d’études d’implantations, le béton, le verre l’acier et l’électronique, avec tous les dividendes qui passent dans les poches des actionnaires, sans compter la vente des médicaments ou l’hôpital rembourse aux compagnies pharmaceutiques la fabrication, les frais de recherche, la pub et .....les bénéfices des actionnaires et ceci le plus légalement du monde. N’y a-t-il pas confusion budgétaire entre frais d’investissements à long terme et remboursement de frais médicaux ? qui doit financer les investissement lourds à long terme ? La sécu ou les impôts généraux ? Question. En tout cas cela éclaire un peu la question des prix de journée astronomique des hôpitaux publics, sans compter les frais des formation cliniques des étudiants en médecine à l’hôpital...
Quelques questions administratives :
Pourquoi les cadres administratifs se sont-ils multipliés ces dernières années au détriment des postes soignants ? Ne serait-ce pas parce que l’hôpital devient géré « comme une entreprise » ?
Savez vous qu’un cadre de direction ne peut être sanctionné pour faute ? dans ce cas, il est l’objet d’une mutation AVEC PROMOTION...( c’est arrivé dans mon hôpital) Ne va-t-on pas dans le mur avec ce système ?
Les conseillers techniques des instances administratives sont des médecins généralement sans expérience clinique, n’ayant passé aucun concours hospitaliers ni pris la responsabilité de « faire tourner » un cabinet privé : sont-ils les meilleurs conseillés des décideurs administratifs et politiques ? cela n’explique t-il pas la stagnation des projets que nous leur avons soumis pendant toute notre carrière ? Là encore ne va t-on pas dans le mur ?
Ne voyez pas dans mes questionnement de l’aigreur ou une position anti administrative : je suis à fond pour un service public de santé, car la santé n’est pas une marchandise comme le disent certains à très juste titre. La sécu est la pièce maîtresse de ce dispositif et elle doit être défendue sans concession à ce titre. Mais des réformes profondes sont nécessaires pour qu’elle perdure et joue pleinement son rôle. Je voudrais prendre pour exemple la pédo psy : notre pays a vu se mettre en place DANS L’INDIFFÉRENCE GÉNÉRALE une vraie révolution silencieuse. Dans ces trentes dernières années, sous l’impulsion des soignants suivis par certains administratifs compétents nous avons tous mis fin à l’internement des enfants et à la prescription de psychotropes, ils sont maintenant soignés en restant en famille, en poursuivant leur scolarité pour un grand nombre d’entre eux, et les psychotropes ont été remplacé par des psychothérapies qui ont fait leur preuve. Cette vaste entreprise qui s’est déroulée en France a été rendue possible par le financement des services de pédo psy par la secu.
Les soignants ont eu autre chose à faire qu’à valoriser cette grande avancée : mais qui en a parlé ??? actuellement ces services sont attaqués de toute part et menacés de disparition : qui en parles ? Il y a sùrement des critiques à faire à ce système de soins, des améliorations à apporter mais seule la secu pourra permettre ces évolutions positives.
Pardonnez moi ces considérations plutôt indigestes, ce sont des questions dont les réponses ne sont pas évidentes car les situations complexes ne peuvent pas avoir de réponses simples.
Bon courage à tous et encore merci pour ce forum.
jp
05/01/2007