Très bon article.
En effet, la politique n’est pas une affaire de peurs. C’est avant tout une
question de choix. Traditionnellement, et historiquement, la droite
représente la tendance conservatrice, et la gauche, la tendance
progressiste. Il est donc logique que les positionnements les plus
extrêmes représentent les tendances les plus extrêmes. Le FN, avant
d’être fasciste, xénophobe, populiste, ou quoi que ce soit d’autre, est
surtout un parti ultra-conservateur.
Ultra-conservateur, ça veut
dire quoi ? Ça veut dire que c’est un parti qui promeut les institutions
les plus conservatrices (l’armée, l’Église), qui privilégie les thèmes
les moins actuels (traditions, sécurité, identité), et qui propose les
politiques les plus réactionnaires (nationalisme, repli identitaire,
répression, protectionnisme économique). C’est le parti des notables,
des propriétaires terriens, d’un certain type d’industriels et de
capitalistes. C’est le parti de ceux qui possèdent, donc, de ceux qui
ont quelque chose à perdre. En aucun cas, c’est le parti de ceux
qui n’ont rien, ou, pas grand-chose, et, par nature, il ne peut le
devenir, quels que soient les efforts déployés par Mme Le Pen pour pour
paraître convenable et attirer les électeurs les plus divers. Le FN
n’est pas le parti de Belzébuth ; il est tout simplement un parti
ultra-conservateur.
Monsieur
Sarkozy a été très habile, en créant son UMP. En réalité, il n’a fait que rassembler
toutes sortes de mouvements de droite, ce qui a peut-être induit en
erreur bon nombre d’électeurs. Par la même occasion, il a attiré une
part non négligeable de l’électorat FN, grâce à son discours sécuritaire
et musclé. Ceci fait, y’avait plus qu’a se faire adouber candidat
unique de droite, et le tour était joué. La gauche eût peut-être
bénéficié de davantage de voix si elle avait adopté la même stratégie.
Cependant,
si la manœuvre s’est révélée un succès électoral indéniable, elle n’a
pas donné une réelle politique. Nous le voyons tous aujourd’hui, constat
confirmé d’ailleurs par les dissensions à l’intérieur même de l’UMP, et
se soldant même par la désolidarisation de la fraction gaulliste. Il
est plausible que d’autres suivront.
En reprenant cette stratégie
à son compte, Mme
Le Pen prend un quinquennat de retard. Elle dispose de moins de marge
de manœuvre et n’a pas les moyens de propagande de l’UMP. Pour
l’instant, elle a le champ libre, alors elle s’y engouffre, elle
s’agite, elle fait de la com’.
Ça peut effaroucher quelques-uns, créer l’effervescence médiatique
quelque temps, certes... En fait, son score sera proche du score
« habituel » du FN : autour de 15% (à 2-3% près, en fonction de
l’efficacité des autres candidats). En réalité, elle ne fait que
préparer le terrain pour M. Sarkozy, qui n’est pas encore ouvertement en
campagne, mais qui déjà assène les thèmes et le projet qu’il va
proposer, par la voix de Mme Le Pen. C’est aussi simple que ça.
La
question que nous devrons nous poser en 2012, ce ne sera pas de savoir
si Mme Le Pen sera au 2ème tour ou non. Elle y sera si elle-même et M.
Sarkozy sont les seuls à avoir un message à proposer. La vrai question
c’est de savoir quelles sont nos préoccupations essentielles, quelle
politique souhaitons-nous pour la France, quelle est notre place en
Europe et dans le monde. Est-ce qu’on se préoccupe, avant toute chose,
de l’Islam ou de la laïcité ? Est-ce qu’on veut la même politique
économique et sociale que celle qui nous a été proposée ? Est-ce que
notre message au monde, et en premier lieu, à nos voisins méditerranéens
se résume à apporter notre expertise en matière de répression d’émeutes
?
Il ne suffit
pas de sortir de l’euro, ou, pourquoi pas, de l’Union Européenne pour
retrouver emploi,
prospérité et pouvoir d’achat. On n’en est plus là. La France a besoin
d’une véritable politique, pas d’invectives ou de prestidigitation. Rien
ne sera simple ni facile, et il ne suffit
pas de sortir de l’euro, ou, pourquoi pas, de l’Union Européenne pour
retrouver emploi,
prospérité et pouvoir d’achat. On n’en est plus là. La France a besoin
d’une véritable politique, pas d’invectives ou de prestidigitation.
Sérieusement, croyons-nous qu’on va trouver la réponse aux périls de
notre temps dans un débat sur la burqa, l’islam, l’immigration, la
sécurité... ?
La réponse, c’est d’être
lucide, audacieux et de savoir faire des choix courageux. En un mot, de
prendre des risques. Les conservateurs ne prennent pas de risques :
craignant de perdre ce leurs acquis acquis, ils s’arrêtent et se
recroquevillent. Pendant ce temps, le monde avance. Sans nous.