Débat très ancien et il est bizarre d’avoir donner une suprématie totale au libre-échange. C’est vraiment un appauvrissement de la pensée.
Leibnitz :
En faisant en sorte que les biens manufacturés
soient produits localement plutôt qu’importés, le monopole est évité
puisque notre Société est toujours encline à fournir les produits à leur
juste prix, ou même dans beaucoup de cas à meilleur marché. Elle
écartera particulièrement la formation de tout monopole de marchands ou
corporation d’artisans et évitera l’accumulation excessive de la
richesse par les marchands ou l’appauvrissement excessif des artisans -
ce qui est particulièrement le cas en Hollande, où la majorité des
marchands mène grand train alors que les artisans sont maintenus dans
une continuelle pauvreté et soumis à un dur labeur. Ceci est nuisible à
la République puisque même Aristote reconnaît que l’artisanat doit être
une des activités les mieux rémunérées. « Nam Mercatura transfert
tantum, Manufactura gignit » (car le marché ne peut offrir que ce que
les manufactures produisent). Et, en effet, pourquoi tant de personnes
devraient-elles se trouver dans la pauvreté et la misère pour le profit
d’une si petite poignée d’individus ? Le fermier ne vit pas dans le
besoin puisque son pain est garanti, et le marchand possède plus qu’il
n’en faut. Le restant de la population se retrouve soit sans ressources
soit au service du gouvernement (État). La Société peut identiquement
satisfaire tous les besoins du fermier, pourvu qu’elle lui achète
toujours ses denrées à un prix suffisamment juste, qu’il soit bas ou
élevé. Nous pouvons ainsi nous prévenir pour toute l’éternité des
pénuries alimentaires d’origine naturelle puisque la Société peut
constituer une réserve générale de céréales.
List :
Un individu peut posséder de la richesse,
c’est-à-dire des valeurs échangeables ; mais s’il n’est pas capable de
produire plus de valeurs qu’il n’en consomme, il s’appauvrira. Un
individu peut être pauvre, mais, s’il est en état de produire au-delà de
sa consommation, il deviendra riche.
Le pouvoir de créer des richesses est donc infiniment plus important
que la richesse elle-même ; il garantit non seulement la possession et
l’accroissement du bien déjà acquis, mais encore le rétablissement de
celui qu’on a perdu. S’il en est ainsi des simples particuliers, c’est
plus vrai encore des nations, qui ne peuvent pas vivre de rentes.
L’Allemagne a été dans chaque siècle désolée par la peste, par la famine
ou par la guerre civile et étrangère ; mais elle a toujours sauvé une
grande partie de ses forces productives, et ainsi elle a toujours
recouvré promptement quelque prospérité, tandis que l’Espagne riche et
puissante, mais foulée par les despotes et par les prêtres, l’Espagne en
pleine possession de la paix du dedans est tombée dans une pauvreté et
dans une misère toujours plus profondes. Le même soleil éclaire encore
les Espagnols ; ils possèdent toujours le même sol, leurs mines sont
encore aussi riches, c’est toujours le même peuple qu’avant la
découverte de l’Amérique et avant l’établissement de l’Inquisition ;
mais ce peuple a peu à peu perdu sa puissance productive, et c’est pour
cela qu’il est devenu pauvre et misérable. La guerre de l’émancipation a
coûté à l’Amérique du Nord des centaines de millions ; mais la conquête
de son indépendance a immensément accru sa puissance productive ;
aussi, dans l’espace de peu d’années après la paix, a-t-elle acquis
infiniment plus de richesses qu’elle n’en avait jusque-là possédées.
Comparez l’état de la France en 1809 et en 1839, quelle différence ! Et
pourtant la France a perdu depuis 1809 la domination sur une partie
considérable du continent européen, subi deux invasions dévastatrices,
et payé des milliards en contributions de guerre et en indemnités.
Un esprit aussi pénétrant que l’était Adam Smith ne pouvait pas
méconnaître entièrement la différence qui existe entre la richesse et
ses causes, ni l’influence décisive de ces causes sur la condition des
peuples. Dans son introduction, il dit en termes nets que « le travail
est le fonds qui fournit à une nation ses richesses, et que
l’accroissement de ces richesses dépend principalement de la force
productive du travail, c’est-à-dire du degré d’habileté, de dextérité et
d’intelligence qu’on apporte dans l’application du travail, et de la
proportion existante entre le nombre de ceux qui sont employés à un
travail utile et le nombre de ceux qui ne le sont pas ». On le voit,
Smith avait parfaitement reconnu que la condition des peuples dépend
principalement de la quantité de leurs forces productive
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