Les larmes du crocodile
Ses avocats avaient peut
être raison de déconseiller à DSK de s’exprimer comme il a jugé
opportun de le faire.
En effet, bien que certains
aient pu se sentir parfois prêts à pleurer en le regardant et en
l’écoutant, le jeux et les arguments étaient décidément aussi
forcés que peu convaincants. Son intervention n’a été de ce fait
qu’un exercice de repentance de façade mal calculé, s’adressant
d’ailleurs, comme il l’a clairement dit, à ses seuls compatriotes
ayant vu en lui leur messie. Pour se reconvertir dans le spectacle,
comme l’ont fait d’autres politiciens avant lui, il a besoin d’une
sérieuse formation, ne serait-ce que pour perdre de son infatuation
et de son arrogance.
C’est par contre carrément
tous les téléspectateurs qu’il a pris pour des demeurés :
- En affirmant que les 7
chefs d’accusation d’abord prononcés à son encontre par la justice
de New York ont été levés fautes de preuves. Ils l’ont tous été
parce que ces preuves n’étaient pas étayées au point d’entraîner
la conviction de 100% d’un grand jury, ce qui est tout autre chose
qu’un non lieu à la française, rendu après jugement ; ce que sait
le plus arriéré d’entre nous.
- En évoquant comme il l’a
fait les mensonges de Nafissatou Diallo et notamment l’échange
téléphonique avec son compagnon détenu, laissant notamment penser
que ce serait elle qui l’aurait appelé au téléphone alors qu’il a
été établi que c’était le contraire et que ce même compagnon ne
pouvait être au courant de ce qui venait de se passer, ce qui change
bien des choses.
- En balayant avec morgue
les divers rapports d’expertise l’accusant.
- En accusant Nafissatou
Diallo de l’attaquer au civil pour faire de l’argent, alors qu’il
sait, comme nous tous, qu’aussi bien aux USA qu’en France, c’est le
dernier recours d’un plaignant que de demander réparation
pécuniaire. Bien sûr cette réparation peut être demandée pour le
franc (ou le dollar) symbolique, mais qui – lui mis à part –
admettra que Nafissatou Diallo puisse ne pas s’en contenter ?
- En réduisant à la
nécessité d’un pauvre hère le déploiement de moyens financiers
ahurissants, contrastant singulièrement avec les valeurs qu’il
prétend représenter.
En conclusion, une question
d’importance demeure à l’issue de la première partie d’une
intervention n’ayant rien eu d’une interview : DSK compte-t-il
demander à la justice et/ou à la police new-yorkaise, réparation
des outrages, dommages et dépenses qu’il dit avoir si injustement
subis ? Et sinon, pourquoi ?
La deuxième partie a quant
à elle consisté, comme il fallait s’y attendre, en un docte
diagnostic d’économie politique ayant visiblement pour but de faire
oublier la première tout en positionnant le désormais repenti pour
un nouveau départ. Faute de mieux au plan national, DSK se verrait
bien en consultant grassement payé, sauveur d’une Europe vouée à
la vieillesse et à la faillite. Prendre pour argent comptant les
quelques arguments qu’il a assénés, serait oublier un peu vite :
que DSK, après avoir inventé les 35 heures avec son amie Martine
pour le compte de François Mitterand déclarait, alors qu’il était
au FMI, que l’Europe ne travaillait pas assez ; que plutôt que de
donner des conseils concernant la Grèce et de reprocher à l’Europe
de n’avoir pas pas prévu la faillite de ce pays, il aurait pu nous
dire ce qu’il avait lui-même fait en ce sens alors que c’était dans
ses attributions de Directeur du FMI ; nous expliquer pourquoi, bien
que visionnaire d’une Europe dans 25 ans, il n’a rien vu venir de la
crise de 2008, etc.
Quant à ce qui est devenu,
par la subtilité et la magie de la communication, "l’affaire
Banon« , après n’avoir été qu’un des aspects de »l’affaire
DSK", ce dernier s’est apparemment souvenu de l’intérêt des
dispositions du code américain lorsqu’il accorde à l’accusé le
droit de se taire.
Et ses amis en rajoutent.
Ainsi, dans son semblant d’échange avec Christophe Barbier
(http://www.youtube.com/watch?v=txgSkvWAVis), Jean-Marie Le Guen,
exprimant en cela l’opinion des partisans de DSK aveuglés par leur
sectarisme, se donne l’air de conclure en affirmant que la Vérité
de DSK est celle du « jugement rendu par la justice américaine ».
Le problème est que précisément, la justice américaine n’a pas
rendu de jugement. Elle a jeté l’éponge avant, en raison d’une
perte de crédibilité de la plaignante, soigneusement attisée par
la défense de DSK exploitant sans vergogne des mensonges sans
rapport avec les faits.
J-M. Le Guen en reprenant
les arguments mensongers de DSK ne fait que mettre en évidence, pour
ceux qui ne s’en seraient pas aperçu que ce dernier, non seulement
se moque du monde comme déjà souligné, mais a fait, avec son
interview truquée, la preuve de son propre manque de crédibilité,
autrement en rapport direct avec son affaire que celui de son
accusatrice.
DSK est de la sorte un peu
plus dévoilé pour ce qu’il est en réalité : un personnage dont la
dimension intellectuelle est à la hauteur de sa morale, pour en
faire quelqu’un qui se situe bien loin de l’image qu’en ont forgé et
que continuent de lui prêter avec obstination ses amis, au demeurant
chaque jour moins nombreux.