« L’âme n’est pas surnaturelle ? C’est une activité neuronale ? Que vous le vouliez ou non, cela a quelque chose de surnaturelle ! Ou alors on ne parle pas d’âme... »
Personnellement je ne parle pas d’âme. L’âme en tant que substance autre que le corps n’existe pas selon moi (et, aux dernières nouvelles, selon la neurobiologie non plus). Le cerveau étant sans doute l’objet le plus complexe qu’a fabriqué l’univers, des milliards et des milliards de neurones interconnectés (autant que de d’étoiles dans notre galaxie, dit-on), c’est en effet extrêmement difficile à appréhender, impossible même pour le commun des hommes. Et donc cela paraît aisément « surnaturel », car trop complexe pour nos pauvres méninges.
« Si quelqu’un vous gène, pourquoi ne pas le tuer ? Tant que vous ne vous faites pas prendre ! Que vous arrivera t’il ? »
Ma conscience me taraudera quelque peu, j’imagine... Si vous ne tuez pas le premier type antipathique qui passe, ce n’est pas, je l’espère, parce que Dieu vous l’a interdit, ni seulement parce que vous risquez d’aller quelques années en prison. C’est aussi et surtout, je l’espère, parce que vous avez une sensibilité, de l’empathie envers les autres, et que vous respectez, de par cette empathie, la vie des autres. Vous, comme les grands singes déjà, avez la capacité de partager les sentiments de vos congénères, de souffrir pour eux, ou de vous réjouir pour eux. Cette sensibilité est à l’origine du sentiment moral.
« Même Napoleon a rétabli la religion, comprenant qu’elle est utile au fonctionnement de la société. Donnez moi un seul exemple d’une civilisation qui s’est développé sans principe religieux. »
La nôtre. Aujourd’hui. Nous sommes dans une société laïque, à ce que je crois. Et puis, même si ça n’a pas formé une civilisation, je vous renvoie à Epicure et à son Jardin. La religion ne jouait aucun rôle dans sa morale (même s’il croyait à l’existence des dieux), et je crois qu’il y avait chez lui les bases d’une civilisation fort séduisante (égalitaire, féministe, fondée sur le contrat, avec un plaisir modéré vanté et non diabolisé...). Mais l’épicurisme a été balayé par le christianisme... On ne saura donc jamais ce qu’il aurait donné.
« Je ne suis pas d’accord, il y a dans votre réponse une certaine ignorance de ce qu’est la religion. Vous êtes vous déjà immergé dans une société tout à fait religieuse ? J’en doute ! »
Une société tout à fait religieuse ? Dieu merci, non !
« Ce n’est pas la crainte qui rend religieux. »
Pas seulement, il est vrai. Les facteurs sont multiples. La peur me paraît néanmoins prédominante. La peur est d’ailleurs prédominante chez tout le monde et mène en grande partie le monde. Peur et recherche du plaisir sont les deux moteurs principaux de nos actions (pour simplifier à l’extrême).
« Des religieux pourrait vous trouver le même genre d’argument sur le fait d’être athé... La peur de Dieu ! »
Je suis au regret de vous dire qu’en ce qui me concerne ce n’est pas le cas. L’idée de Dieu ne me parle pas. Je ne sais pas ce qu’il faut entendre par ce mot. J’écoute les « définitions » qu’essaient d’en donner les croyants, et aucune ne parvient à sortir de la fumée. Je ne peux pas avoir peur d’une chose que je ne conçois même pas ! Je me contente de considérer le monde que je vois, ou qui est susceptible d’être vu (infiniment grand ou petit). Je ne me sens même pas « athée », tant « Dieu » ne fait pas partie du monde qui est le mien. Je ne suis athée qu’en réaction aux croyants qui viennent me parler de « Dieu ». Ce n’est qu’une réaction. Sans eux, je ne me pense pas « athée », car sans eux, je n’ai rien à nier. Sans eux, je suis simplement dans l’examen du monde tel qu’il est.