Cher Moutons éclairés,
Vous dites : « Les
économistes ne sont pas tous d’accord sur les conséquences d’une sortie de
l’Euro. »Remarquez que je n’ai
jamais dit ni laissé entendre qu’une sortie de l’euro serait sans conséquences.
Elles seront sans doute même fort douloureuses. Je dis que la sortie de l’euro
est, pour la France, un préalable absolument nécessaire à toute politique qui
se voudrait un tant soit peut volontariste et ayant prise sur le réel. Cela
pour l’ensemble des raisons inlassablement énuméré précédemment. Le reste n’est
que bavardage inutile.
Je fais remarquez tout de
même que l’Argentine, à qui en 2002 l’on promettait l’enfer lorsqu’elle se
décida d’appliquer une politique de sortie de crise hétérodoxe (répudiation du
FMI, fin de la parité avec le $, défaut sur sa dette souveraine à hauteur de
près de 70%), à depuis connu une moyenne de 8,5% de croissance chaque année. Et
cette année encore, quand l’Europe s’enfonce elle dans la récession.
Nous n’avons comme
perspective que des mauvais choix, que des mauvaises solutions. Je puis
simplement vous garantir que la moins mauvaise de ses solutions est précisément
la sortie préalable de l’Euro. Si possible concertée. Au pire, unilatérale.Vous
dites : « Les statuts de la BCE l’interdisent : des statuts ça
se changent, non ?
»
Ils
se changent en négociant avec vos partenaires. Or selon certains d’entre eux il
ne sont pas à négocier, ou alors seulement dans le sens qui les arrange. Nous
sortons à présent de nos rêves éveillés et rentrerons de nouveau, et de plein
pieds, dans la réalité de ce qui a guidé les relations entre puissances depuis
que l’homme est Homme : les rapports de forces.
Vous
dites : « -le Traité de Lisbonne, le Front de Gauche veut s’en
affranchir donc pas de souci
»
Trouvez-moi
l’article du programme du Front de Gauche qui en fait mention je vous prie.
Vous
dites : « -la loi constitutionnelle allemande que je connais mal,
reste un obstacle majeure »
En
effet.
Vous dites : « Ensuite
des mesures protectionnistes ne peuvent trouver de sens que dans l’Europe. »
C’est une chose de dire qu’il
serait préférable qu’elles s’appliquent aux frontières de l’Europe, c’en est
une autre d’affirmer comme vous le faites qu’elles ne peuvent trouver sens QUE
dans cet espace géopolitique. Car alors ce serait acter fatalement qu’en cas
d’échec pour l’imposer à cette échelle – échec encore une fois fort probable
puisque ce protectionnisme, ô combien nécessaire pour un pays comme la France,
achoppera assurément sur la politique mercantiliste de l’Allemagne et le
libre-échangisme identitaire du Royaume-Uni, qui sont souverain en ce domaine –
nous ne pourrions par conséquent ou pire, nous ne devrions pour je ne sais quel
prétexte, entamer des mesures protectionnismes unilatérales à l’échelon
national. Par conséquent votre argument n’est pas satisfaisant, à tout le moins
de la façon dont vous le tournez.
Vous dites : « Une taxe
sociale et environnementale amènerait une plus grande justice par rapport à des
produits venus de pays où les réglementations sont moins contraignantes. »
Seulement cette rhétorique, que
je m’approprie personnellement, ne peut être le fait - tout à fait logiquement - des partisans de la posture internationaliste. Car alors on ne comprendrait les
raisons pour lesquelles ils devraient se soumettre à un protectionnisme
raisonné servant les intérêts des travailleurs français dès lors que le
libre-échange mondial améliore quelque peu (décoléré d’ailleurs totalement de
l’augmentation réelle de la productivité, dictature oblige) les conditions de
vie des travailleurs... chinois, ou indiens !
Nous touchons d’ailleurs ici au
non-dit fondamental, à la contradiction ultime des internationalistes
post-marxistes de tous bords : il ne peut récuser doctrinalement le
libre-échange. Ne serait-ce que parce que Marx, le père de la doctrine, le
théoricien en chef, était lui-même un fervent libre-échangiste. Parce
qu’internationaliste déjà, et pensant naïvement aussi (mais il est excusable
sur ce point, le système capitaliste ayant démontré depuis qu’il était
infiniment résilient) que celui-ci, une fois mondialisé, s’écroulerait sous le
poids de ses propres contradictions, créant ainsi les conditions objectives de
l’avènement d’une révolution prolétarienne mondiale. Ce qui était alors, nous
le savons désormais, une grossière vue de l’esprit.
Cela pour une raison et une
seule, mais cardinale et qui ruine définitivement le postulat marxiste :
la marche du monde n’est pas réductible au seul antagonisme de classe (ce qui
ne veut pas dire que cet antagonisme n’existe pas, vous m’aurez bien lu),
d’autres paramètres d’importance tout aussi fondamentale sont à prendre en
considération, en particulier la
logique des peuples et des cultures ancestrales, les sentiments d’appartenance
nationaux et religieux, les communautés particulières de destin, les rapports
de forces géopolitiques, les « visons du monde »
En réalité cet
internationalisme, partagé encore par tout ou partie de la gauche et
admirablement incarné par la sortie d’un Hollande sur ce sujet, s’est révélé
follement idéologique parce que d’abord utopiste et déniant dramatiquement le
réel, et même clairement contre-productives pour le prolétariat dans les faits,
bilan de la mondialisation faisant foi.
Internationalisme de
gauche qui joua le rôle objectif d’idiot utile du Capital apatride par la
caution morale apportée (pensons notamment au rôle des associations
pseudo-antiracistes), et qui justifia toutes les dérives et les accentua même,
et qui intronisa surtout l’Europe institutionnelle que nous connaissons à
présent cheval de Troie de la mondialisation et de l’ensemble de ses
corollaires : dérégulation massive, désétatisation, suppression des frontières,
libre-échange intégral, concurrence et consumérisme échevelés, destruction des
systèmes sociaux les plus avancés (considérés comme avantage civilisationnel à
l’époque il est vrai mais vu désormais, dans ce cadre mondialiste, comme pur
handicap du point de vue de la rationalité économique et de ses agents),
libéralisation progressive mais non moins inéluctable dans ces conditions de
l’ensemble des anciens marchés et monopole de services publics, etc...
Quiconque - je dis bien
quiconque, Mélenchon en tête dont je sais qu’il est incapable de revisiter son imaginaire - refuserait de rompre radicalement avec cette vision fantasmée,
purement idéologique et démentie par les faits, réductible à la vulgate
marxiste susnommée et qui sert de manière objective, criante même, les intérêts
de ceux que l’on affirme dans le même temps combattre (faussement en réalité),
ne peut décemment prétendre à la défense des intérêts des nations, des citoyens
et des travailleurs les composant, quant bien même s’affirmerait-on de
« gauche » pour se donner bonne conscience ! Bonne conscience toute
relative en définitive.