« Good heavens, Holmes !
N’est ce pas le royal yacht sur lequel a
navigué le petit homme du continent, juste après son couronnement, qui a sombré ainsi au large de la mer Egée !
Je note que la mer était
démontée, et que ceci explique sans doute ce petit Trafalgar ! »
Holmes prit promptement le Times. J’admire chez lui cette
qualité d’analyse qui lui permet d’arriver en si peu de temps à des conclusions
que je suis bien en peine d’élaborer, au terme d’un examen sévère, quand je
reçois un patient dans mon cabinet.
« Ils peuvent s’estimer heureux d’avoir sauvé leur vie.
Mais ont du laissé derrière eux leurs devises. Du reste ce n’est pas grave.
Nous partirons aussi nus le dernier jour que le bateau qu’il nous a laissé le
dernier jour sur le rivage ! »
« Cette manie de citer Shakespeare ! Comment
diable pouvez vous être catégorique à ce point. Vos certitudes frisent parfois
l’indécence ! »
Je me mordis la langue, mais Holmes ne releva pas le trait,
et se contenta de sourire. Je l’ai vu debout plus d’une fois, sur le bateau qui
nous emmené à Douvres, imperturbable, tout seul installé à la proue alors que les vagues balayaient
le pont, se contentant de balayer l’horizon du regard.
« Mais c’est élémentaire, my dear. Avec la crise qui
risque à tous moments de faire passer toutes nos économies de l’autre coté du
Styx, il est fort à parier que ces gredins avaient transformé leurs avoirs en
or ! Tout comme d’ailleurs ces opportunistes de la city, qui veulent se
protéger des flammes après s’être promené avec des allumettes et un bidon d’essence.
Le problème avec l’or, c’est qu’il pèse lourd.
Il ne faut pas chercher ailleurs la cause du naufrage.
La Grèce avant de faire
faillite nous a adressé de beaux messages.
On devrait enseigner à Oxford et à Cambridge la légende du
roi Midas, qui changeait le moindre objet en or, rien qu’en le touchant, mais
ne pu rien ensuite porter à sa bouche. Et je ne vous parle pas de Phaéton, cet imbécile qui n’eut
de cesse de vouloir rejoindre le soleil qu’il se brûla les ailes ! »
« A vous entendre, on dirait que vous parlez d’un
bateau pirate ! »
« Et oui, voilà où nous en sommes. Les pires « frères de la côte » ne se
trouvent pas en Somalie ! Ces gredins ont changé de costumes et de
manières ! D’une bordée de canons, on envoyait auparavant au fond de la
mer ces galions, portant en haut de leur mat le « Jolly roger ».
Maintenant on les salut bien bas, on les sauve, et on les reçoit en grand habit au palais du
gouverneur ! »
« Holmes, vous m’effrayez. Moi qui pensait que l’empire
avait encore des bases solides ! »
« Watson ! Il est dans l’océan des parasites
comme le taret qui s’attaquent aux plus belles coques de navire. Notre empire
pourrait être tout autant menacé par ceux crées par cette belle économie
fantôme, semblable à celle du Hollandais volant, qui fend les plus beaux navires en deux.
Voyez vous il existe deux solutions ! L’une, terriblement tentante, serait de faire
ces bagages, pour partir au plus vite. Ah ! Trouver une île déserte avec quelques bons livres, assez de tabac
pour alimenter ma pipe jusqu’à la fin de mes jours. J’ignore si l’agence James Cook connait un tel endroit. Vous m’accompagnerez,
Watson ? »
« Hum ! Vivre comme un sauvage, je ne sais !
Il faudrait prévenir notre logeuse ! Et quelle est l’autre
solution ? »
Le grand homme tira sur sa pipe, et un nuage de fumée me fit
tousser quand il reprit, tout en faisant les cent pas dans la pièce.
« L’autre solution. Ce serait de débarquer tout ce beau monde sur l’île
en question, avec un baril d’eau et une boite ou deux de biscuits, afin qu’ils trouvent tout seuls les principes de cette sage économie qui régissait la vie de Robinson ! »