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Commentaire de Emile Mourey

sur Retour à Gergovie


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Emile Mourey Emile Mourey 8 mars 2012 13:43

@ Matthieu Poux

Je précise que je ne mets pas en doute votre qualité et vos qualités d’archéologue, ni le bien-fondé de vos fouilles archéologiques de Corent et des crédits qui vous sont attribués, bien au contraire.

Que si, dans mes ouvrages, j’ai commis quelques erreurs, comme d’avoir fait l’hypothèse de placer les festins de Luern au Crest, je les ai corrigées depuis pour tenir compte de vos découvertes.

Je réponds dans l’ordre à vos questions :

Primo. Ce n’est pas l’altitude géographique d’une position qui en fait sa valeur militaire mais son terrain, c’est-à-dire ce qui lui permet de mieux se défendre et d’avoir les meilleures vues. Les anciens archéologues le savaient encore qui, en Bourgogne, exploraient systématiquement les éperons barrés. Le Crest est sur un éperon, dans le prolongement de la montagne de la Serre. Même un néophyte devrait comprendre que l’oppidum ovale du vieux cadastre du Crest et de la médaille de mon article était incomparablement plus défendable que le massif montagneux de Merdogne tout en angles morts et aux arrières sans abrupts. Par ailleurs, n’importe quel homme de bon sens devrait comprendre que l’abondante source du Crest était plus buvable que les eaux croupissantes d’une mare ou d’une source intermittente ou absente comme à Merdogne.

Secundo. Vous parlez d’une ville de 40 hectares à Corent. Lorsque j’ai écrit mon « Histoire de Gergovie » dans les années 80, on ne parlait que d’un gros vicus gaulois avec des traces nombreuses d’habitations, un lac, une source abondante ainsi que de très nombreux vestiges, les plus divers (PP Mathieu, Annales scientifiques de l’Auvergne, tome 29, 1856, p. 521). Les nombreuses pièces de monnaies qu’on y ramassait encore à cette époque, le chemin des morts qui gravissait la pente dans l’ancien cadastre, tout cela m’a fait écrire que c’était là que les Arvernes brûlaient leurs morts et que c’était un site sacré. Suite à vos travaux, je reconnais qu’il faut y voir le « théâtre » des réunions politiques et un important sanctuaire religieux. Vos futurs chantiers devraient normalement mettre au jour l’emplacement de l’ancien lac, le lieu où les morts étaient brûlés et une extension des habitations. A partir de là, nous pourrons affirmer que Corent fut bien la ville première arverne dans le système forteresse/ville que j’ai expliqué dans mes ouvrages, Le Crest étant la forteresse/capitale, Corent étant la ville avant d’être supplanté par Clermont. Le problème est que les maisons y sont construites tout en bois, ce qui suppose un principe religieux et esthétique qu’on ne trouve pas ailleurs et qui ne s’explique que dans le cas d’un site seulement sacré et touristique. Pour le moment, les rapports de fouilles de votre site internet Luern, ne permettent pas encore d’y voir une grande ville et certainement pas une capitale ou le centre d’une capitale éclatée puisque c’est au Crest qu’il faut la situer.

Tertio. Vous m’accusez de « tripatouiller » les textes, de théories définitives, partisanes et tronquées. Vous me mettez dans le même sac de ceux qui osent mettre en doute vos propres théories. C’est de bonne guerre, mais c’est un peu facile. Ce n’est pas parce que la communauté scientifique se réfère toujours à la traduction de 1927 de Constans que sa traduction est parole d’évangile. Ce n’est pas parce qu’il n’y a plus de latiniste compétent dans votre milieu qu’il ne faut pas demander une aide à de meilleurs latinistes. 

Quarto. Concernant M. Goudineau, tant mieux pour vous, mais en ce qui me concerne, ce n’est pas le cas. De toute façon, sa position que je considère antinationale et révisionniste ne me convient pas. 
Je n’ai jamais pensé ni dit que l’archéologie était une affaire futile. Bien au contraire, j’ai toujours dit haut et fort que le patrimoine était une affaire de la plus haute importance. D’ailleurs, je passe la plus grande partie de mon temps à le défendre et à vouloir le sauver alors que ceux qui devraient également le faire s’en foutent. Où sont les partisans du patrimoine qui devraient défendre l’environnement de la tour de Taisey, de Mont-Saint-Vincent et du Crest ? Aux abonnés absents, il est là, le scandale !

Quinto. En matière de collaboration des institutions de recherche européennes et de transmission du savoir au grand public, c’est bien là la catastrophe. C’est vous-mêmes qui creusez la tombe de l’archéologie française en répandant des théories forcément erronées en partant des sites erronés de Gergovie et de Bibracte.

Sexto. Je veux bien revenir sur mon jugement concernant les fouilles de la place Jaude. Ce que vous me dites est un inédit que je ne connaissais pas et qu’apparemment, le journal la Montagne ignorait. Il faudrait donc améliorer votre communication mais vous comprendrez que je sois surpris qu’on ait voulu y chercher le temple de Vasso galate alors que j’ai expliqué depuis un certain temps qu’il fallait le voir dans l’actuelle église du Crest.

Octavo. Quant aux hautes sphères de l’Etat, je ne fais pas de politique, mais il est probable qu’après toutes les erreurs que fait votre profession, il vaut mieux pour vous, suivre la trace de M. Aillagon.

Merci d’avoir accepté le débat.



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