Oui je suis d’accord dans le principe, mais spiritualité n’est pas si polysémique que spirituel, c’est comme ça. Elle aurait pu aussi bien dire « spiritualiste », ou « spiritualétique », puisque ça resemble aussi à spirituel, tant qu’on y est.
Pour aller plus loin, je pense que ce petit signe montre la pauvreté lexicale de Mme Royal. Dès qu’on la sort de la langue de bois apprise à l’ENA et dans les ministères, c’est la panique : vite, un mot, n’importe lequel, ça passera. Ce qui me frappe chez elle, c’est la quantité d’expressions ou de mots à très grande portée, très peu précis, sur lesquels évidemment le consensus peut se faire plus facilement : ordre juste, participation, désirs, avenir... Avant-hier, je l’ai même entendu à la radio une très courte interview où elle disait s’adresser à cellezéceux « qui ont envie d’un désir d’avenir ». Là, on est dans le n’importe quoi, ça ne veut rien dire, bientôt ce sera le « voeu d’avoir un souhait de vouloir le désir d’avenir », mais l’important est sauf : le syntagme « désir d’avenir » a été prononcé, c’est sa marque, comme Volkswagen est la marque de la Polo GTI. Quand elle sanctionne Montebourg, elle invoque « l’ordre juste », on voit bien que ce vocabulaire s’applique à n’importe quelle situation.
Tout ceci montre l’inculture crasse et affichée de nos fameuses élites. Ce qui est important pour eux, c’est l’aspect performatif de la langue, pas du tout le fond de ce qu’ils nous disent. Un article récent sur le sujet ici.
En face, Sarkozy n’est pas non plus un modèle, il avoue carrément ne pas lire et se contente d’un vocabulaire soigneusement choisi de 1000 mots à tout casser, dont on connaît le style percutant (le fameux parler vrai ou plutôt le parler cru), la racaille et le karcher, etc. ), il répète à l’envi « et bien moi je vais vous dire ». Un article sur le sujet ici.
Tragiquement, le seul qui met un soin maniaque à utiliser un large vocabulaire et des tournures de phrases classissimes, avec imparfait du subjonctif, et tout, c’est Le Pen ! C’est parce que ça fait « vieille France », je suppose.
Oh, ce n’était pas mieux il y a quelques années, quand les communistes n’étaient pas encore relégués aux greniers de la politqiue, avec les « travailleurs » et leurs « cadences (évidemment) infernales », les « pantins fantoches », et toutes les « cliques impérialistes » qui menaçaient les « forces de progrès ».
Je trouve que Bayrou parle un peu à contre-courant de cette langue uniquement performative. Il fait plus naturel, ça coule mieux, mais c’est certainement calculé aussi...