Mercredi 16 mai 2012 :
Game Over.
Voilà que la sortie grecque – ou plutôt son éviction ! – devient quasi
chose faite. Citibank l’évalue à 75%, tandis que les bookmakers anglais ne
prennent plus aucun pari tant l’affaire semble « pliée »…
Les Grecs sont d’une part complètement saturés d’austérité sachant que,
par ailleurs, les Allemands (en tout cas Madame Merkel, son ministre Schauble
et leurs suivants) ne donneront plus leurs sous sans davantage de régime
minceur grec. Certes, de nouvelles élections grecques sont agendées au 17 Juin
prochain, mais pourquoi les résultats seraient-ils foncièrement différents des
précédentes ? De fait, ils le peuvent, mais dans le sens inverse que celui
attendu car celles et ceux ayant protesté par leurs suffrages contre la rigueur
se mobiliseront - et mobiliseront - indubitablement davantage. Attendons-nous,
en d’autres termes, à l’affaiblissement supplémentaire des partis de
gouvernement grecs et à une installation des extrêmes, donc des partis
contestant l’austérité imposée par Bruxelles et par le F.M.I..
Dans un tel contexte, les officiels allemands – qui se sont préparés
depuis déjà plusieurs mois à l’éventualité d’une sortie grecque – familiarisent
et rassurent désormais leur opinion publique en déclarant haut et fort que
l’Allemagne et que l’Union Européenne s’en accommoderont sans problèmes
majeurs. La presse allemande s’en fait également l’écho, voire l’espère, tant
elle est exaspérée par l’insupportable fourmi grecque. Le très ironique titre
du Spiegel - « Acropolis Adieu » - paru il y a quelques jours ne signifie rien
d’autre…
Les marchés tangueront, certes, mais les Allemands semblent sûrs de leur
coup et sous-entendent avoir concocté un « plan Grèce » qui n’éclabousserait
pas trop l’Euro. Pourtant, absolument personne – les Allemands pas plus que les
autres – n’est en mesure de prévoir les ravages de la contamination d’une
sortie grecque. Mais l’Allemagne se rend-elle seulement compte qu’elle joue
avec le feu ?
Elle peut ériger des protections autour de ses banques. Elle peut même
augmenter le Fonds de Stabilité et se coordonner avec le F.M.I. afin que les
marchés financiers ne soient pas trop sonnés. Elle peut également sommer et
sermonner les Grecs. Une sortie grecque de l’Union Européenne en ce printemps
ou été 2012 ne sera toutefois que le prélude à un tourbillon qui frappera
d’abord le Portugal et juste après l’Espagne. A moins que cet ordre ne soit
inversé, sachant que l’Italie se retrouvera à un moment donné à son tour sur un
siège éjectable.
Quelles sont les conséquences de la cassure d’une union monétaire ? Les
experts allemands peuvent-ils seulement le savoir ? Intuitivement, il est
possible d’anticiper une fuite cataclysmique des capitaux hors des pays à
risques, et une ruée pour se désister des billets de banque espagnols et
italiens. La panique est capable de bouleverser et de rendre caducs en un rien
de temps l’intégralité des simulations allemandes – et elle le fera !
Quant à la Grèce, ce qui reste de son économie et de sa société civile
s’effondreront : plus de services publics, plus de soins médicaux, plus de
police, plus de justice, une masse d’exilés déferlera sur le reste des pays
européens qui finiront pas leur fermer leurs frontières… Nul ne peut prédire
les effets dramatiques – économiques, financiers mais également politiques
voire sécuritaires – d’une sortie de la Grèce. Les responsables politiques sont
certes connus pour leur vision court-termiste mais il est (encore) temps pour
la classe politique européenne de réagir et de raisonner le gouvernement
allemand actuel. Il ne faut pas attendre les résultats des élections en Grèce
car il sera alors trop tard.
Michel Santi, économiste, analyste financier.
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