Les chiffres les plus importants ce sont les taux négatifs, c’est une information extrêmement grave passée complétement à la trappe par les journalistes, je m’explique :
un taux zero ça porte un nom, ça s’appelle du cash, ou placement de mémé sous le matelas. Sauf que le cash est un actif et qu’il repose sur la crédibilité des banques de dépôts, si les taux sont négatifs ça signifie que les banques de monsieur tout le monde sont très mal.
je fais copier/coller Frédéric Lordon qui l’explique très bien :
http://blog.mondediplo.net/2012-07-23-Peripeties-financieres-Libor-et-taux-d-interet
Le cash est un actif sans risque, la chose est entendue. Mais,
au-delà de l’actif lui-même, le jugement de « sans risque » devrait voir
son objet étendu jusqu’aux institutions auprès desquelles le cash est
déposé. Or, comme on sait, la santé de ces dernières est de plus en plus
sujette à caution – en Espagne, en Grèce, en Irlande au premier chef,
mais par voie de conséquence dans toute la zone euro dont les systèmes
bancaires sont profondément interconnectés. C’est très bien d’avoir du
cash actif-sans-risque au chaud quelque part, mais si le « quelque
part » vient à s’écrouler, tout sans risque qu’il soit intrinsèquement
le cash se trouvera extrinsèquement volatilisé !
Mais, demandera-t-on, y a-t-il une différence sous ce rapport entre
cash et titres déposés auprès d’une institution financière ? La réponse
est oui car même si l’intermédiaire fait faillite, les titres dont il
n’est que custodian demeurent ce qu’ils sont, à savoir
l’expression d’une relation de crédit entre un créancier (le
propriétaire des titres) et un débiteur (leur émetteur) déterminés. La
disparition de l’intermédiaire custodian n’atteint en rien cette
relation qui se conçoit indépendamment, perdure et continue de produire
ses effets (versement du coupon et remboursement du principal) après son
éventuelle faillite. Il en va tout autrement pour un dépôt de cash car
la monnaie est l’expression d’une créance de son détenteur mais sur
toute la société, une créance non assignable, sans débiteur particulier à
son autre extrémité.
En tout cas, la non-préférence pour le cash, alors que ce dernier
serait la position rationnelle (de première approximation), est
l’expression d’un jugement de défiance porté sur les institutions de
dépôt… et, si la nouvelle des taux négatifs semble avoir de quoi faire
rire, il n’y a en fait vraiment pas lieu de s’en réjouir.