Me revoilà après un léger contretemps, désolé...
1. Je dis que l’équité est pour moi, au contraire, un absolu, pas une auberge espagnole. Je peux par exemple flouer quelqu’un parce que j’ai beaucoup à y gagner tout en avançant ma bonne foi, je sais néanmoins, dans mon for intérieur, que je lui fais subir une iniquité : je prends plus que mon dû. Que la loi soit de mon côté ou non (ce qui arrive ! D’où la nuance entre le légal et le légitime), qu’elle m’ait surpris ou non à frauder, peu importe, en l’occurrence je suis inique, c’est un fait, pas une opinion, et je mets mon mouchoir dessus car dans la balance, j’estimerai peut-être qu’il ne pèse rien au regard de ce que j’y gagne matériellement. Après, c’est un simple problème de casuistique : pourrais-je vivre avec ça sur la conscience ? Certains le pourront, d’autres non.
2. Si, bien sûr qu’il faut des critères objectifs ! Je me suis peut-être mal exprimé, désolé. Ce que je veux dire, c’est qu’on ne peut empêcher quelqu’un d’être intimement convaincu, par exemple, que les hommes sont plus intelligents que les femmes. Pour ma part, je préfère permettre à cette personne de tout dire publiquement, ce qui implique de son côté d’admettre la contradiction, elle aussi publique, et argumentée. Ensuite, je fais le pari de l’intelligence humaine - ce qui était le vrai ressort de l’Humanisme, d’ailleurs : je pense que la probité intellectuelle et la dialectique - à condition d’être soucieux de la vérité - peuvent amener l’auditoire à prendre en compte le message (pour détromper notre ami sexiste, en l’occurrence), voire à se reconnaître dans ce qui est dit, du moins l’inviter à creuser la question sans céder aux a priori réducteurs. Je n’ai pas une mentalité de militant, je ne désire pas fédérer, mais, humblement, si c’est possible, convaincre par l’exemple et le souci de préciser au mieux ma pensée de la nécessité d’une démarche objective. Je suis peut-être imprécis à vos yeux, dites-moi...
Donc, une morale, oui, bien que je préfère l’éthique, qui elle est spontanée, individuelle et non imposée. Et toute morale se fonde sur des jugements de valeurs, ce qui est aujourd’hui inabordable dans une société qui est devenue nivelée au maximum, simple juxtapositions d’affects qui se valent tous. D’où le besoin d’une religion, celle des Droits de l’Homme, mais c’est un autre débat.
3. Je place l’instruction publique au même niveau que la justice distributive. Ce sont les deux jambes d’un régime républicain, sans quoi il s’écroule. Lorsque j’entends quelqu’un dire que l’école doit être une affaire privée, qu’il est dégueulasse de devoir payer des impôts pour que les fils de pauvres aillent à l’école, que c’est le hasard qui les a fait naître dans une famille pauvre et que c’est la faute-à-personne, je ne peux l’accepter. Suis-je de gauche pour autant ? Sur ce point peut-être, je ne sais pas... Mais ce qui est sûr, c’est qu’il est anormal qu’un fils d’ouvrier soit condamné à être ouvrier, et qu’un fils de notable soit assuré d’être notable. En revanche, il est normal qu’il y ait, et des ouvriers, et des notables, et que les premiers soient moins bien payés que les seconds.
Qu’en pensez-vous ?
Bon ap’ !