Ghaleb Kandil, journaliste à New Orient News (Liban),
publie dans Tendances de l’Orient n° 96, 20 août 2012, une analyse de la
situation en Syrie.
Les
derniers développements en Syrie ont apporté une série d’indices importants qui
auront des conséquences décisives sur le cours de la guerre mondiale menée par
les États-Unis pour détruire ce pays. Contrairement aux informations et aux
impressions des stratèges américains et de leurs complices européens et arabes,
véhiculées par des centaines de médias (presse, audiovisuel, et électronique)
engagés dans la bataille, les escadrons de la mort, les mercenaires et les
groupes takfiristes acheminés de toutes les régions du monde, ont essuyé un
cuisant revers dans les combats.
Pourtant,
les responsables turcs et leurs alliés qataris et saoudiens avaient promis,
comme ils l’avaient déjà fait l’année dernière à la même époque, que le mois du
ramadan verrait la chute du régime résistant en Syrie. Ces illusions se sont
encore une fois dissipées sur les champs de batailles, où les bandes armées ont
laissé des milliers de morts, de blessés et de prisonniers.
En
effet, l’offensive générale lancée par les extrémistes contre Damas s’est
soldée, de l’aveu même des médias occidentaux, par des pertes énormes. La force
composée de mercenaires locaux et de djihadistes du monde entier a été
littéralement anéantie par l’armée syrienne qui pourchasse les rescapés dans la
campagne de la capitale. Des tonnes
d’armes ont été saisies et une lourde infrastructure a été détruite et
démantelée. Il faudra des mois pour reconstruire une telle capacité de nuisance…
s’ils y parviennent.
L’issue
de la bataille d’Alep est désormais connue. Les extrémistes tombent par milliers
devant l’avancée méthodique de l’armée, qui a quasiment réussi à rompre les
lignes de ravitaillement des mercenaires venus des camps d’entrainement dirigés
par la CIA en Turquie. Les bandes armées ne parviennent plus à acheminer des
renforts dans la ville qu’au prix de pertes énormes. Leurs colonnes motorisées
faites de 4x4 équipés de mitrailleuses lourdes, offertes par leurs sponsors
régionaux, avancent à découvert sous le feu des hélicoptères et des chasseurs de
l’armée, et tombent dans les embuscades tendues par les unités d’élite,
infiltrées derrière les lignes ennemies.
Selon
des experts, le tiers des extrémistes est composé de jihadistes venus du Maghreb
arabe, de Libye, du Golfe, d’Afghanistan, du Pakistan et de Tchétchénie. Le
directeur des renseignements de l’Union européenne, le Français Patrice
Bergamini, a reconnu (dans une interview accordée vendredi 17 août au quotidien
libanais Al Akhbar) l’importance du rôle joué par les jihadistes dans le conflit
syrien et souligne que l’opinion publique occidentale est désormais consciente
du danger qu’ils représentent. Il est clair que le nettoyage par l’armée
syrienne de la ville d’Alep et de sa campagne n’est plus qu’une question de
temps.
Les
cuisant revers subis par les bandes armées partout en Syrie montrent que l’Armée
arabe syrienne, bâtie sur de solides bases idéologiques, a très vite assimilé
les leçons de la guerre et a développé des stratégies de contre-guérilla
urbaines et rurales, qui lui ont permis d’asséner des coups durs aux
extrémistes, en dépit des énormes moyens militaires, matériels, financiers et
médiatiques, mis généreusement à leur disposition par une coalition de plusieurs
dizaines de pays. Sans oublier les sanctions adoptées contre le peuple et l’État
syriens, en dehors du cadre des Nations unies.
Il
est également important, pour comprendre et deviner l’évolution de la situation,
d’analyser l’état d’esprit du peuple syrien. Sans un authentique appui populaire
- bien évidemment occulté par les médias occidentaux - le président Bachar
el-Assad et son armée n’auraient pas pu résister et repousser cette
offensive.
Ce
soutien populaire est dû à trois facteurs :
- une
majorité de Syriens sont conscients que leur pays est la cible d’un complot
visant à vassaliser la Syrie pour l’inclure dans le camp
occidentalo-impérialiste et, par conséquent, la supprimer de toutes les
équations régionales. Alors que ces quatre dernières décennies, la Syrie était
au coeur de ces rapports de force et rien ne pouvait se faire au Moyen-Orient
sans elle. Ces larges franges de la population sont attachées à l’indépendance
politique de leur pays et sont prêtes à combattre pour la défendre.
Cela explique
que des milliers de jeunes gens se portent volontaires pour rejoindre les rangs
de l’armée ;
- ensuite,
les experts estiment que 20% de l’opinion publique, qui ont sympathisé à un
moment ou à un autre avec l’opposition, ont découvert le vrai visage des
extrémistes, qui multiplient les exactions sauvages dans les régions qu’ils
contrôlent (viols, exécutions sommaires, massacres, pillages…). Les médias
occidentaux se font de plus en plus l’écho de ces agissements barbares ;
- ensuite,
profitant de ce changement d’humeur de la population, notamment dans les régions
rurales où les gens sont fatigués, l’État syrien a mis en place des moyens de
communications discrets, qui permettent à la population d’informer l’armée de la
présence des terroristes. Cela explique pourquoi et comment ces dernières
semaines, les unités spéciales et l’aviation réussissent à mener avec succès des
frappes ciblées contre les repères et les bases des bandes armées.
En
parallèle à tous ces développements sur le terrain, les alliés régionaux et
internationaux de Damas font preuve d’une fermeté à toute épreuve et développent
des initiatives politiques et diplomatiques, évitant ainsi de laisser le terrain
libre aux Occidentaux. Le succès de la rencontre de Téhéran, qui a regroupé 30
pays dont la Chine, l’Inde, la Russie, neuf pays arabes et des États d’Amérique
latine et du sud et d’Afrique, illustre ces nouveaux rapports de force.
La
formation de ce groupement d’États a constitué un message fort aux Occidentaux
et compromet sérieusement leur projet d’établir, en dehors du cadre des Nations
unies, une zone d’exclusion aérienne dans le nord de la Syrie.
Les
derniers mois de 2012 seront décisifs dans l’élaboration de nouveaux équilibres
régionaux et internationaux et dessineront une image nouvelle à partir de Damas,
grâce à la victoire de l’État national syrien dans la guerre universelle lancé
contre lui.
Ghaleb
Kandil
Source : Silvia
Cattori
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