@C. Labrune
Aucune misanthropique schadenfreude, ni de « god complex » dans mes
propos (en dépit du ton, certes pédantesque mais cela relève de mes naturelles
inclinations), ni même de pure spéculation : je parlerai plutôt d’anticipation
de questions et débats à venir, assez rapidement (l’I.A, la singularité
technologique, etc… ne relèvent pas du spéculatif mais du pratique : du moment
qu’existe la possibilité de l’émergence d’autres formes de
« conscience » : notre anthropocentrisme qui n’accorde d’importance
qu’au sujet conscient se confrontera à ces questions dès lors que le premier
embryon de conscience artificielle apparaitra) .
Cela étant dit, je note ce passage dans votre commentaire : " Or, si tout est possible, il faut bien quand
même, à un moment donné de l’histoire, se prononcer sur la réalité concrète et
faire des choix, même si on ne peut guère ignorer que la question de leur
légitimation restera problématique. "
J’entends parfaitement votre propos, cependant il ne semble valide que dans
des sociétés qui continuent d’aborder leur évolution selon une perspective
historico-culturelle, et non pas dans des sociétés (telle que la nôtre) qui
prétendent et/ou considèrent qu’elles sont « post-historiques » ou pour
résumer qui se prétendent/considèrent comme étant parvenues à la dite/supposée
« fin de l’Histoire » et se perçoivent comme l’aboutissement de la dite
Civilisation : quand bien même elles opèrent une régression/dévolution nous
ramenant à la pré-civilisation : à savoir au modèle individualiste propre aux sociétés
de chasseurs-cueilleurs pré-néolithiques, (ou aux quelques groupes « individualistes »
tentant de survivre dans les confins désertiques ou les profondeurs de la forêt
tropicale). La civilisation n’est pas né du « je » primitif mais du
« nous » : un « nous » entendant Passé, Présent et Futur (ancêtres,
contemporains et descendants) et donc où Mémoire, Histoire et Territoire se
retrouvaient définitivement liés dans les manifestations de telle ou telle
singularité culturelle.
Avec l’abandon du « nous », de plus en plus abhorré, c’est
l’abandon de la Mémoire, de l’Histoire et au final de la Culture et de ce que
l’idée de « civilisation » a entendu depuis ses premières
manifestations. Le « je » n’entend que le Présent (son passé et son
futur étant biologiquement très limité), seul l’instant et son
auto-satisfaction ne l’intéresse, aussi lorsque le « je » remplace le
« nous » comme modèle dans une société : celle-ci se verra condamné
autant à sombrer dans l’ « instantanéisme » que devenir strictement
aculturelle : les singularités culturelles ne naissent pas de la somme de x
« je » mais des manifestations individuelles d’un « nous ». Seule
l’illusion d’un supposé multiculturalisme qui dans les faits devrait être
qualifié d’aculturalisme (le multiculturalisme tend à produire des cultures
syncrétiques, servant de substrat à x nouvelles singularités culturelles,
l’aculturalisme lui produit des pseudo-cultures synthétiques aussi stériles
qu’éphémères) laisse encore à penser que quelque part nos sociétés ont encore
quoi que ce soit à voir avec les sociétés historiques les ayant précédées et
qu’en cela elles représenteraient leur continuation logique, en fonction d’un
dit/supposé progrès. Or la régression vers un modèle pré-civilisation me semble
loin de représenter un progrès, et n’étant pas ce dieu hilare observant hilare les primates atermoiements de mes
contemporains que vous me supposez être, mais simple créature soumise au temps :
je suis incapable de qualifier de négative ou positive cette régression, ou
dévolution sur le plan anthropoculturel : simplement la constater et noter.
Pas plus n’adopte-je un quelconque je-m’en-foutisme philosophique : mais
suis bien obligé de remarquer que dans une société où le mariage n’a plus la
fonction socio-culturelle qu’il avait dans cette même société il y a encore
quelques décennies, continuer à employer une définition « historique »
ou culturelle du mariage dans une société qui peu à peu enterre son histoire,
et déconstruit sa culture, afin soit de présenter le mariage homo (et la
possible adoption d’enfant que cela permettrait) soit comme une atteinte à une
norme (qui n’est plus norme justement) soit comme un progrès (alors que cette
pratique se retrouve autant chez les préhistoriques que les dits
« primitifs ») me semble relever de a) l’incapacité à saisir le changement
en cours et le passage vers des sociétés aculturelles, ou b) d’une forme
d’aveuglement nostalgique dans le camp conservateur/réactionnaire ou c) d’un
énième illusion de supposé avancement social/culturel (somme toute très ethno-centrée)
dans le camp progressiste qui visiblement n’a pas saisi que al dite société en
état supposé d’avancement ou progrès est en plein processus de fragmentation
sociale et déconstruction culturelle.
Aussi pour conclure, je me répète : dans une société tendant à un modèle
fondé sur le « je » : non seulement le mariage homo est légitime mais
aussi cohérent avec cette (d)évolution, et plus largement considérant que l’idée même de mariage (qui dans
son acception classique était la base du « nous » formé sur des cercles
concentriques partant depuis le couple et la cellule familiale et s’élargissant
jusqu’au groupe, à la tribu, à la nation, etc…) se voit au final vidée de sens dans une
société qui ne se fonde plus sur ce « nous » mais sur l’individu :
débattre du mariage homo relève à débattre du sexe des anges : en conclusion si
le mariage perd sa fonction historique, socio-culturelle, devenant
socialement/culturellement facultatif, anedoctique voir folklorique et donc
perdant son sens premier : le mariage homo alors acquiert tout son sens !
Enfin sur la question de l’adoption par des couples homosexuels :
considérant que dans la plupart des sociétés traditionnelles, historiques :
l’éducation des enfants a été/ est généralement confiée à un seul genre (soit
les femmes, soit les hommes) : débattre du supposé impact psychologique, sur l’identité,
etc… d’une d’éducation d’un enfant par un couple de femmes ou d’hommes, pour le
coup, confine au ridicule : l’éducation a toujours (ou principalement) été le
fait d’un genre : ni père, ni mère ne sont obligatoires : seul la présence d’un ou
x parents adultes (indépendamment de leur genre) est requise.