« Dégage ! », mot qui engage de Tunis au Caire, via Paris
Dégage ! : de la Tunisie à l’Egypte en passant par la France et l’Italie, cette injonction « à peine méchante », dit un linguiste, s’est imposée avec la force d’un tsunami libertaire, métaphore lointaine d’un petit mot germain à l’origine positif.
« C’est le mot qui court de révolte en révolte ! », lançait Marianne dans son dernier numéro [N°720 du 5 au 11 février 2011], s’arrêtant sur ce « mot-projectile » passé dans le langage courant au XXe siècle, selon Alain Rey, spécialiste de la langue française.
« Dégage Ben Ali ! » : la Tunisie a ouvert la voie dans la langue de Molière, renversant mi-janvier le président et le régime dont elle ne voulait plus. L’Egypte a suivi avec un slogan identique en arabe adressé au président Hosni Moubarak.
En France, c’est la démission de la ministre des affaires étrangères Michèle Alliot-Marie qui est désormais ainsi réclamée : « Dégage MAM ! ». Ce slogan fait l’ouverture, parmi d’autres, de la page d’accueil du site du MoDem d’Eure-et-Loir et porte le nom d’un groupe de citoyens en colère sur Facebook.
Plus fleuri, le « Dimettiti Buffone ! » (démissionne bouffon !) choisi le 3 février par des manifestants italiens à Bologne lassés des frasques du président du conseil Silvio Berlusconi avec la gent féminine.
L’origine du mot est pourtant germanique, dit Alain Rey : « wad » (caution, gage) date du Moyen Age.
« Dégage » renvoie à « de l’argent donné en échange de quelque chose, qu’on ne peut dépenser à sa guise. Si on le dé-gage, il devient libre. On dégage d’abord des choses, puis, par métaphore, on libère quelqu’un d’un engagement », explique Alain Rey.
« L’expression devient familière, voire grossière, dans la première partie du XXe siècle : on dégage pour sortir d’une situation dans laquelle on est coincé ou pour s’en prendre à quelqu’un qui ne veut pas partir », poursuit-il.
« L’effet produit reste, mais le contexte est totalement retourné. Politique et familiarité se sont rejointes une fois de plus », dit Alain Rey, constatant un glissement répandu « de la communication familière réservée à la sphère privée dans la sphère publique ».
Mais, ajoute-t-il, « +Dégage !+ c’est familier, mais ce n’est pas méchant. Avant, on aurait dit + A bas ! ou Va-t-en !+ ».
Source :
http://www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM5jP2Xrpg4UDzYdYskZy-dy0VtrB9w?docId=CNG.cc3d42cde9222337d2a279275d352881.721&index=0
Salah HORCHANI