Jaja
« Je me suis
arrêté là.... Si Bakounine se réclame effectivement de l’anarchie ce n’est le
cas ni pour Trotski ni pour Makhaïski... »
Tout d’abord, je n’ai pas écrit que Trotski et Makhaïski se réclamaient eux-mêmes de l’anarchie. Cette affirmation gratuite est le fruit d’un cerveau dystrophié par le jaja.
Ensuite, je comprends que ce qui est évident pour moi ne le soit pas forcément pour un cerveau atteint de dystrophie aiguë. J’accepte donc encore de jouer les éclaireurs.
Les
anarchistes et les trotskistes sont une fratrie sur le plan tant idéologique
que politique. Les individus qui composent cette fratrie de la
contre-révolution bourgeoise se veulent insaisissables car ce sont des gens
toujours à multiples faces. C’est
particulièrement le cas de Trotski qui fut, entre autres caractérisations,
qualifié de « voltigeur » par
Lénine :
« Les vieux militants marxistes russes connaissent bien Trotski et il est
inutile de leur en parler. Mais la jeune génération ouvrière ne le connaît pas et il faut lui en parler, car
c’est là une figure typique pour les cinq groupes étrangers qui flottent entre les liquidateurs et le Parti. Au temps de
la vieille Iskra (1901-1903),
ces éléments hésitants qui allaient continuellement des économistes aux
iskristes et vice-versa, avaient été surnommés les « voltigeurs ». (Lénine - Sur la
violation de l’unité au cri de : « Vive l’unité ! », Œuvres complètes, t. XVII,
p. 393-394, éd. Russe).
Trotski était donc un opportuniste particulièrement coriace qui mangeait à toutes les sauces, y compris la sauce de l’anarchisme. La
caractéristique principale de l’anarchisme est la négation de la nécessité de
l’Etat dans le processus de transition de la société capitaliste à la société
communiste. Cette négation anarchiste de l’Etat de dictature du prolétariat
était présente chez Trotski. Ainsi, en bon anarchiste qui se respecte, Trotski
portait en lui, tout comme Makhaïski, la haine de l’intelligentsia
révolutionnaire prolétarienne. Chez Trotski, cette haine se manifestait contre
l’Etat de dictature du prolétariat, la « Nomenklatura » selon la terminologie
anarchiste, qu’il cherchait à détruire :
« Aussi,
déclarons-nous, au nom du Parti tout
entier, que Trotski mène une politique hostile au Parti, qu’il détruit la légalité du Parti, qu’il s’engage dans la voie des aventures
et de la scission. » (Lénine - Tome XV, p.65, éd. Russe).
Quant à Makhaïski, l’Etat
marxiste-léniniste avait déjà caractérisé le makhaïevskisme comme étant « une théorie anarchiste petite bourgeoise,
avant-garde des chômeurs, des miséreux et même des voyous » (Pravda N°50,
2.3.1926). En outre, la fratrie anarchiste elle-même classe Jan Waclav Makhaïski dans sa liste des Théoriciens de l’anarchisme (1). Ce ne sont là que des proximités avec l’anarchisme qui ne
démontrent pas que Makhaïski lui-même se soit perçu comme étant anarchiste,
répliquera certainement l’anarcho-trotskiste jaja. Mais, point besoin d’aveu personnel d’appartenance à une tendance
idéologique et surtout politique. L’analyse des discours oraux ou écrits
suffit. En effet, l’anarchisme se contente de décréter « la démocratie directe », « le communisme tout de suite », « l’expropriation
du savoir des intellectuels » par une grève
générale, « la
répartition des biens de la civilisation, dans leur totalité, de façon
égalitaire ». Tout cela par quel
moyen ? A cette question fondamentale, l’anarchisme reste muet, dans le
meilleur cas évasif. Quelles que soient ses formes d’expression, le socle de
l’anarchisme est toujours le même : la négation de l’Etat prolétarien
comme instrument transitoire du capitalisme au communisme. Et c’est à partir de
ce socle anarchiste de la négation de l’Etat que Makhaïski théorise, en
particulier dans son fameux ouvrage anarchiste intitulé « Le socialisme des intellectuels ». Makhaïski s’en prend ainsi à l’appareil d’Etat socialiste.
Toutefois, contrairement au vieil anarchisme
bakouninien sans tactique,
le makhaïevkisme (makhaïevchtchina), qui avait grandi dans le lit du vieil anarchisme russe de l’époque tsariste, s’adapte, se montre plus
subtil, plus rusé et se donne une tactique de désorganisation de l’Etat dans la
période de dictature soviétique du prolétariat. Ainsi, au lieu de
théoriser frontalement contre l’Etat soviétique, la nouvelle critique anarchiste s’invente une classe, « la classe des
intellectuels » qui devient
ainsi sa cible privilégiée. Nul doute qu’en ciblant la soi-disant « classe des intellectuels », le nouvel anarchisme makhaïevskien vise en fait à tarir la base de recrutement des
agents de l’Etat par le découragement des éléments aptes à assurer le
fonctionnement indispensable de l’Etat soviétique. Au bout du compte, le résultat est le même que
celui du vieil anarchisme bakouninien : l’arrêt de la dictature du prolétariat par dislocation de l’Etat soviétique. Ce résultat serait à coup sûr heureux et
merveilleux s’il n’y avait plus aucun risque pour le maintien du « communisme » makhaïevskien, par exemple s’il n’y avit plus de
classe en URSS, s’il n’y avait plus de capitaliste aux
frontières ou dans un coin quelconque du globe terrestre se préparant à
renverser militairement le « communisme » makhaïevskien, à s’emparer de son territoire pour
y restaurer le capitalisme. C’est cette utopie que l’Etat soviétique sous Staline avait dénoncée avec perspicacité en caractérisant le makhaïevskisme comme étant un « courant petit-bourgeois,
réactionnaire, proche de l’anarcho-syndicalisme » (Encyclopédie soviétique – Moscou,
1938, tome 38, p.493).
Il va sans dire que pour le marxisme, « Entre la société capitaliste et
la société communiste, se place la période de transformation révolutionnaire de
celle-là en celle-ci. A quoi correspond une période de transition politique où
l’Etat ne saurait être autre chose que la
dictature révolutionnaire du prolétariat » (Marx- Critique du programme de Gotha). Cependant,
loin de prôner le maintien éternel de l’Etat, et contrairement à l’anarchisme
qui rejette tout Etat et veut l’instauration du communisme tout de suite par
une baguette magique, le marxisme quant à lui prévoit et prépare les conditions
de l’extinction progressive de l’Etat. Au terme de ces conditions, « L’Etat s’éteint, pour autant
qu’il n’y a plus de capitalistes, plus de classes et que, par conséquent, il
n’y a pas de classe à mater. » (Lénine – L’Etat et la révolution).
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(1) http://savoir-du-monde.fr/Jan_Waclav_Makha%C3%AFski