@ Folacha / Luc-Laurent-Salvador et
Fatale/ Blacmatter et à toute personne intéressée.
Les débats parfois vifs entre
commentateurs montrent à quel point on se sent vite blessé dès
qu’il s’agit de ce qu’on est ou peut être « en propre »
c’est-à-dire dès que (re)surgit le pb de notre identité, de ce
qu’on est (ou de ce qu’on croit être) en propre (c’est-à-dire en
notre for intérieur) et pas seulement « au figuré »
c’est-à-dire selon ce qui nous est dit « que l’on est ».
Car il convient d’examiner cette notion
d’identité, sa latitude très variable, ses connotations et
perceptions qui sont très variables selon les cultures, les
religions, les sociétés.
Voici quelques éléments pour
simplement donner à réfléchir sur la labilité de cette notion et
donc sans vouloir imposer de doctrine-dogme ni même loi (bien qu’il
y en ait soit d’état-civil , soit religieuse, soit d’usage sans
oublier internet ou l’on se donne de nombreuses identités) :
Imaginons un enfant né par exemple
d’une mère canadienne, d’un père espagnol et dont la naissance
s’est effectuée sur le territoire français : quelle est
l’identité d’état-civil de cet enfant ? En fait il a trois
nationalités. Et s’il se marie avec une ressortissante d’un pays qui
donne la nationalité par mariage il pourra avoir quatre identités
nationales. Et s’il fait des enfant qui naissent sur un autre
territoire donnant la nationalité par identité « du sol »,
cela complexifie encore. Ceci en restant pourtant dans le cadre d’un
mariage hétérosexué.
Sur le plan psychologique et de la vie
sociale, force est de constater qu’en tant que « vécu »
nous avons plusieurs identités sociales : on est défini par ce
qu’on dit immédiatement après avoir dit son nom quand on se
présente : son métier. Mais on est aussi, par exemple,
syndicaliste au sein de ce métier. Et on peut avoir des
comportements très différents au travail (à cause des collègues,
de l’image de soi qu’on veut donner aux collègues, au patron, etc.)
de nos comportements à la maison.
Même si on est adulte, marié, parent,
on est, on reste l’enfant au sens de fils-fille de ses propres
parents qui ont parfois du mal à se rendre compte qu’on n’est plus
des enfants...
Au club de foot ou autre activité de
loisirs dans laquelle on prend des responsabilités (membre actif,
président, trésorier, etc.), on a peut-être des comportements qui
surprennent (en bien ou en mal, peu importe) ceux qui sont habitués
à nous voir sous un autre jour (« je croyais pourtant bien le
connaître... »), etc.
Chaque religion nous dote d’une
identité nouvelle, et au sens fort, souvent par un nouveau nom ou
prénom. Elle nous dote d’une filiation soit directe ou indirecte
avec (parfois un ou des dieu(x)) toujours avec des ancêtres supposés
ou réels, peu importe, qui continuent de régir notre vie de tous
les jours par leurs commandements d’une époque très reculée ;
mais aussi par des éléments forts qui structurent notre vision du
monde, des événements et nous incitent à les lire de telle ou
telle façon qui peut entrer en contradiction avec des éléments de
savoir ignorés à l’époque de l’élaboration de ces éléments ou
« commandements » .
Mais ce peut être le cas d’une
idéologie qui tout en se réclamant de l’athéisme peut fonctionner
comme une religion en imposant une téléologie (fins dernières,
buts de société, etc.) voire une transcendance historique ou
humaine comme l’a été le communisme (nouveau genre humain, sens de
l’Histoire, changer le monde, les rapports sociaux, etc.). Elle
induit, identité, rapports de sujétion, voire de filiation
symbolique (« petit père des peuples ») etc.
Evidemment, sur internet, nous jouons
beaucoup avec cette notion d’identité, comme en littérature on
prend aussi des pseudonymes et on considère cela comme notre droit
le plus fondamental. Cela nous permet d’enrichir la palette de « ce
qu’on est » de facettes qu’on n’indique pas forcément à tout
le monde, qui font partie de notre vie privée et de notre droit à
avoir plusieurs « existences » autant sur le plan
imaginaire que symbolique.
Enfin à propos de la conférence
d’Aude Mirkovic (vidéo 1 à 9.30) elle énonce, concernant
l’adoption et le symbolique, des choses d’une grande imprécision ou
qui témoignent d’une compréhension erronée de la dimension
symbolique : « Le fait que les parents adoptifs ne soient pas
les parents biologiques ne pourra plus être compensé par la mise en
place du lien symbolique de la filiation, mise en place nécessitant
un cadre cohérent au regard des exigences de la biologie pour
procréer c’est-à-dire un père et une mère ».
La notion de « cohérent »
est floue et donne à bon compte l’impression d’être un argument
imparable alors que le contenu en est vide ou est simplement le
présupposé qui devient « fondement » ou preuve alors
qu’il n’est pas démontré. Idem pour « au regard de »
« la biologie qui requiert un père et une mère pour
procréer » : c’est précisément ce qui change avec les
diffé&rentes formes de PMA.
Dans le cs présent, si l’on soutient
la proposition exactement contraire on aboutit à un énoncé
beaucoup plus exact et même vérifié par les faits c’est-à-dire
par la réalité de ce qui se passe dans les familles adoptantes :
Le fait que les parents adoptifs ne soient pas les parents
biologiques pourra être compensé et est dans les faits compensé
« naturellement » (c’est-à-dire dans et par la vie
courante familiale et affective des liens et positions) par la mise
en place du lien symbolique de la filiation (qui s’effectue par les
« faits » de ce que vit l’enfant). Rappelons que les
liens de filiation, d’affiliation, de « lien avec » ne
sont pas enracinés dans le biologique mais dans ce qui « tient
lieu ». On parle ainsi de « figure paternelle » ou
« maternelle » fonction qui est remplie parfois et même
souvent sans que la personne n’en ait le titre (la nourrice, ou la
grand-mère, ou l’oncle ou le voisin avec lequel l’enfant aime aller
bricoler « il m’apprend à réparer j’ai compris comment
fonctionne une tondeuse, ça me plaît je veux faire ça plus tard,
etc... ». La fonction symbolique c’est tout simple et il n’est
pas besoin de diplôme de psy pour remplir la fonction (parfois la
personne n’en est même pas consciente (« oui il s’intéresse
ce petit, il est bien, il a de l’idée ».
Aude Mirkovic assène d’un ton
tranquille des énoncés dogmatiques qui ne tiennent pas sur le plan
psychologique de la construction de la personnalité. Elle dit par
ex. : « ...ne peuvent pas lui donner une origine
symbolique » Mais on peut presque dire que n’importe qui peut
donner une origine symbolique à quelqu’un : les religions ne
s’en privent pas ! On peut même en changer ! C’est ce qui
fait que l’homme n’est pas une machine et qu’il a aussi une liberté
dont il use pour se re-configurer et ainsi modifier « ce qu’il
était ». Même le mariage, le fait de devenir parent, vous
change puisque de simple époux ou épouse vous devenez père ou
mère !
La formule de J-P Sartre reste
pertinente : « L’important n’est pas ce qu’on a fait de
l’homme, mais ce qu’il a fait de ce qu’on a fait de lui ».
Cordialement à tous.
J.L.