@teotl
Vous avez parfaitement raison de rappeler ces propos qui ne sont assurément pas à la gloire de Voltaire. C’est un éternel débat, parmi les littéraires, cette question de savoir si Voltaire était ou non antisémite. Je ne vois aucune nécessité de le blanchir : ce qui est écrit est écrit.
Cela dit, Voltaire meurt en 1778, c’est-à-dire fort longtemps avant les horreurs du XXe siècle, à une époque où ces sortes de propos sont assez fréquents, particulièrement du côté des catholiques. Ce n’est certes pas par catholicisme qu’il est antisémite, mais parce que le judaïsme est la première des religions révélées et porterait en quelque sorte, pour ce déiste, la responsabilité de tous les fanatismes qui ont résulté de la certitude religieuse : quand on peut mettre Dieu dans sa poche, et qu’on peut s’appuyer sur des textes violents - et la bible l’est presque autant que le Coran -, tout sera permis, y compris les massacres les plus atroces.
La détestation de certains systèmes de représentation du monde, pour un philosophe dont la tâche consiste à démêler le vrai du faux n’a rien d’illégitime. Ce qui est plus grave, c’est évidemment de ne pas se contenter de la détestation des idées et d’inciter à la haine des pauvres bougres qu’on estime dans l’erreur ou, pis encore, à la haine des peuples. Or, Voltaire si sensible par ailleurs à l’injustice, ne pouvait pas ignorer ce qu’avait été la condition des Juifs dans le moyen-âge chrétien. Il y a là quelque chose de très choquant et d’aussi bête que lorsque j’entends des crétins se complaire à raconter des histoires qui font passer les Belges pour des imbéciles. Ils seraient probablement les premiers horrifiés si nos voisins se trouvaient menacés d’extermination.
Cela dit, ces discussions sur certains écrits de Voltaire sont un peu vaines. Je doute fort, s’il avait vécu au XXe siècle, qu’il eût rejoint les délires de quelques auteurs français crapuleux des années 40 qui servent encore aux éditions Gallimard à faire leur beurre.
En tout cas, je trouve assez incongru qu’on veuille faire sur AgoraVox un procès à Voltaire : en comparaison de ce qu’on peut y lire quasi quotidiennement, et qui n’est que la répétition des thèmes majeurs du nazisme, les propos de l’auteur de Candide paraîtraient presque anodins. Or, nos contemporains n’ont pas les excuses que pouvait avoir un homme du XVIIIe siècle ignorant tout de ce qui se passerait deux siècles plus tard. Ils savent.
Au lieu de combattre des morts, personnellement, je préfère m’attaquer aux vivants que je vois dérailler.