Désolé de n’avoir pas
pu vous répondre plus tôt.
Réponse d’ailleurs
difficile car, comme vous l’avez sans doute saisi entre les lignes, la morale
n’est pas ma spécialité ou, comme on dit, ma tasse de thé … Par exemple,
j’éprouve beaucoup de difficulté à comprendre Kant lorsqu’il écrit « La raison
pure est pratique par elle seule et donne à l’homme une loi universelle que
nous nommons la loi morale ». Je suis un peu plus à l’aise quand il déclare «
La recherche du bonheur ne peut pas être le fondement de la morale car elle est
sans commune mesure avec la raison. Le bonheur est un simple idéal de
l’imagination, une réalité empirique, non un impératif catégorique. ».
Bref, je ne suis sans doute ni immoral ni
amoral mais je ne sais plus très bien ce qu’est ou devrait être la morale
absolue si tant est que cela existe. Pour ne rien vous cacher, je ne suis pas
plus à l’aise avec ce qu’on appelle la sagesse. Cependant, je n’en suis pas
encore à me demander, à l’instar d’Ivan
Karamazov « tout est-il permis si Dieu n’existe pas ? » .
Notre ministre
Peillon veut attiser le feu de la morale
laïque. Je crains, comme dirait Pascal qu’il fasse la bête en voulant parer, en
2013, ses hussards noirs d’attributs angéliques. Cela me fait penser aux
alchimistes qui cherchèrent ( et il en est sans doute qui cherchent encore ) la pierre philosophale. Car faire du
transcendant ( de l’or ) au sein de son atelier d’immanence, ça n’est pas
possible : le vil métal reste vil métal sous sa parure idéologique. Produire de
la transcendance bidon qu’on « trimballe
» ( votre mot qui me plaît beaucoup) comme un boulet passe encore,
capable de nous placer en
apesanteur que nenni ! Eternel problème de l’extraction du sacré à partir de
matériaux profanes. Auguste Comte bricolant une religion, culte décadaire et
tutti quanti …
Vous exprimez justement
le besoin de respectabilité des homosexuels ( incluant, comme vous l’écrivez,
le droit de parader en parents ) Cette
respectabilité peut résulter d’une amputation de la morale sexo-matrimoniale
classique ou, au contraire, d’une greffe
sur cette dernière. Votre réflexion m’en amène une autre « Qu’est-ce qu’être respecté ? Est-ce prescrire
une morale contre les maux des autres et à leur usage afin de les protéger
contre eux-mêmes ou, à l’inverse, être protégé par les autres malgré nos
propres maux ? »
Très intéressante votre
observation des vieux enfants ( ados attardés ) tançant leurs parents. Mais
vers qui se tourner lorsqu’il n’est plus de dieu personnel ? Est-ce là, comme
chez certains personnages de Dostoïevski ( décidément difficile de l’ignorer
dans un sujet comme celui qui nous intéresse ici ) une prévalence de la justice
contre le salut ( mourir en paix avec ses parents, dans ce cas précis ) ?
Votre « chacunmoralisle » me fait penser à la théorie de la
relativité restreinte d’Einstein ( le temps est une quantité privée ).
Pour finir, j’apprécie également votre remarque
concernant les puces (à défaut de prépuces ou d’hymens ) des robots toys. Vaste
sujet embrassant notamment Turing et Asimov. Sans oublier non plus « Blade runner » où le flic tombe amoureux du
robot qu’il pourchasse…
Pour conclure, vous
m’avez compris : j’ai beau secouer le
shaker contenant morale, raison, plaisir, vertu, vice, sagesse, bonheur etc… il
en sort toujours un cocktail avec un arrière-goût mystique.
Vous m’avez fait
l’honneur de lire mon article puis d’y réfléchir : je vous en remercie
sincèrement.