Vous connaissez mal le sujet. Comme beaucoup de gens, vous pensez que l’abolitionnisme, en prostitution, signifie abolir la prostitution. C’est une erreur. L’abolitionnisme vise à éradiquer l’exploitation de la prostitution d’autrui, ce qui n’est pas la même chose. Tout le monde sait qu’il n’est pas possible d’empêcher deux adultes consentants de tarifer des relations sexuelles s’ils le désirent.
En revanche, travaillant auprès de prostituées (200 à peu près), nous constatons quasiment tous les jours qu’elles sont exploitées par d’autres, que le maqueralage soit réel (traite des êtres humains, réseaux, diverses formes de violences) ou bien symbolique (par la famille, le conjoint, les enfants). Une roumaine nous expliquait il y a peu que son fils de 20 ans lui disait « va dehors, maman, et baise ! Vaz-y ! Baise ! »................... je ne crois pas que ce genre de situation soit acceptable, pas plus que celle de cette autre roumaine qui s’est faite découpée vivante, il n’y a pas si longtemps.
Bien sûr il y a toujours des prostitué(e)s autonomes qui organisent leur activité comme un micro-business, mais ce n’est pas, sur le terrain, la majorité des personnes. Beaucoup sont en grande difficulté : illettrisme, mauvaise connaissance de la langue, violence entre paires, pauvreté, troubles psychiques etc.
Là où je vous rejoins, c’est pour ce qui concerne les conditions d’une vie décente. Je ne pense pas que beaucoup de prostitué(e)s continueraient leur activité, si elles pouvaient avoir un bon job, payé 3000 euros/ mois dans un joli bureau climatisé. Tout est question de contexte. Le contexte des femmes est, globalement, défavorable et c’est ce qu’il faut changer en priorité.
PS : dans nos files actives, 98 % de notre public est composé de femmes, 1,5 % d’hommes travestis, 0,5 % de trans. La prostitution est, vu d’ici, une violence majoritairement faite aux femmes.