Très bon article, plein d’humour et d’invention, ce qui nous change de l’air ambiant.
Il faut en effet apprendre à changer le plomb en or si on veut s’en sortir.
Je me permettrais de rebondir, sur l’eau des sources, et d’apporter ma petite contribution
Une source en pleine forêt, que seuls les initiés connaissent. Vous savez, celle où Lancelot a sorti l’épée du rocher ! Nous y allons de préférence en semaine, pour éviter d’avoir trop à attendre. Il n’est pas rare qu’il y est déjà deux ou trois personnes remplissant déjà leurs bidons. Je ne sais combien de temps encore cette fontaine restera ouvert aux amateurs.
En ces temps de contrôle et de sécurité, il ne serait pas étonnant qu’un inquisiteur à casquette installe des grilles autour de la fontaine, d’un air satisfait. Déjà, de temps en temps, des avis placardés sur les arbres, nous signalent que nous buvons cette eau à nos risques et périls.
Des milliers et des milliers de personnes sont venus se rafraîchir à cette fontaine. Je suis persuadé qu’elle existait en des temps immémoriaux, et que Vercingétorix a trempé ses nattes dans la fontaine, pour boire un coup, avant de remonter sur son cheval, et filer à Gergovie, mettre une rouste aux armées de César.
Mais pourquoi ne s’est il pas arrêté avant de filer à Alesia ?
J’aime à imaginer les druides ramassant leur gui et leur buis dans les arbres autour, et des elfes et des fées cachées à nous espionner. Ou plutôt des gourgandines faisant des signes et des clins d’œil obscènes, invitant les étrangers à les rejoindre derrière les rochers !. Tant qu’à rêver, pourquoi se gêner ?Vous ne paierez pas plus cher pour obtenir une jolie fille, plutôt qu’un vieux barbu au regard sombre !
D’ailleurs, bien construites, ces visions améliorent d’autant le goût de l’eau de Camors.
Ce nom de Camors évoque les anciens dieux et la vieille langue qui se perd. Les choses et les êtres, sont bien sûr embellis par tous les mystères, et il faut bien se garder de les mettre à jour !
C’est vraiment un lieu magique. Allez-y, vous y ferez des rencontres ! Des gens bien plus étonnants que la plupart des soiffards qui hantent les bistrots !
Ce sont des habitués. Pourtant nous ne croisons jamais ici les mêmes personnes. Ils varient selon un rite et un calendrier précis, lié à l’épuisement de leur réserve en eau.
Cette source coule par deux buses métalliques, située à un mètre du sol. Si bien qu’on peut se tenir à deux, à remplir ses bouteilles.
Les relations des gens seraient bien plus faciles, s’il existait partout ce genre de disposition. Pourquoi ne pas équiper ainsi les autobus, les avions et les rames de métro ?
Des fontaines partout, pour un monde meilleur !
L’eau ne fait pas que remplir vos bouteilles, ou se répandre un peu partout autour de vous. Elle vous envahit. Certains ne se rendent pas compte de ce genre de choses. Pour la même raison qu’ils ne s’aperçoivent pas qu’on peut s’envoler facilement au dessus des collines, avec un simple vélo sans vitesse ni guidon de course, ou sauter par-dessus les maisons !
Ce sont des gens secs, du bout des pieds jusqu’au sommet de la tête. Leur corps ressemble au désert du Kalahari, et leurs rêves ne s’accouplent jamais dans l’eau des torrents avec ceux des autres. Ils boivent bien sûr, mais l’eau ne fait qu’effleurer leur corps, leur cours de vie, et rafraîchit tout juste les cailloux qu’ils ont dans la bouche.
Généralement ils ne viennent pas ici, ou alors par mégarde, une fois, et n’y reviendront pas. Tout cela tient au magnétisme, ces choses que l’on explique pas, qui fait que les choses s’attirent ou se repoussent.
Il règne ici comme une retenue d’église ou de temple, quelque chose de très antique qui vous apaise. Alors on se rend compte de tout ce qu’on nous a volé, de tout ce qu’on a perdu !
Ramenez-nous aux temps d’avant Jésus, ce grand plombier aux factures exorbitantes. Il est temps de se réveiller, de reprendre les armes !
Pourquoi donc à t’on installé tous ces robinets dans les maisons, au lieu de venir ici, en toge romaine, à mater les vestales ?
Il faut libérer l’eau, voilà l’évidence, la faire sortir des maisons, où ces foutus escrocs l’ont canalisée.
Depuis cette mise en cage, et tous ces tuyaux de cuivre, le monde n’en finit pas de faire des barrages ! Sous le beau principe de progrès, on a détourné la parole de la bouche des gens, pour l’orienter vers le silence des maisons où elle se tarit et s’oxyde inexorablement, dans les postes de télé.
C’est bien simple, si je n’étais pas si calme, je me mettrais en colère !
Mais il n’y a rien à craindre, l’eau fait son office.
Elle m’apaise, elle me dit « calme-toi, reste tranquille ! Bois un coup ça ira mieux ! »
Et je me calme !
Ecoutez l’eau ! Elle est toujours d’un bon conseil.
Jamais je n’ai vu l’eau couler avec autant d’entrain que ce jour !
Une buse d’écoulement est bouchée depuis quelques temps, et l’eau fraîche surgit du bassin, et nous inonde les pieds.
C’est à peine si l’on parvient à tenir la bouteille de cinq litres, à deux mains, tant la pression est puissante.
Heureusement, nous avons amené un petit tabouret en plastique, acheté précisément pour l’occasion. C’est un vieux paysan rencontré lors de notre dernière venue qui nous en a donné l’idée. Il était arrivé avant nous au volant de son camion, et s’était mis à remplir mille litres en jerricans divers.
Voilà le genre de scénario qu’on peut redouter, avec une attente risquant de se prolonger jusqu’à la tombée de la nuit. Mais les gens qui viennent autour de cette fontaine sont forcément gentils, et vous font une place naturelle, vous laissant une des deux buses. C’est la qualité qui fait ça !
Je suis sûr que si une bande de hell’s angels, débarquaient ici sur leurs bécanes, ils ressembleraient aux héros des albums de Babar.
Faites confiance à l’eau. Elle transfigure !
« Dites donc, on peut dire que vous ne venez pas là pour rien ! »
C’est comme ça, ici. Les propos sont libres, aquatiques, entre les membres de la secte des remplisseurs. Nous baignons dans la même eau, où nos particules se dissolvent, et échangent des électrolytes et des choses de l’âme. Nous pourrions ne pas nous parler, et nous comprendre, mais nous parlons quand même, riches de notre bonhomie.
« Depuis que je leur donne de l’eau de Camors, ils ne veulent boire d’autre ! »
« Et qu’est ce que vous avez, comme animaux ? »
« Oh, des chiens, des chats, des chevaux, et des canards ! Je leur ai donné une fois, et maintenant ils ne veulent rien d’autre ! »
Ce sont là des propos si sages, qu’on les croirait presque extraits d’une publicité. Pourquoi en effet ne pas faire confiance à ses animaux ? Les bêtes auront déjà pris la poudre d’escampette, quand vous serez encore sur la jetée, avec votre paire de jumelles, sans vous apercevoir que cette grosse lame là bas, est un tsunami qui va vous emporter, vous et vos certitudes imbéciles, et votre téléphone portable !
« Cela ne m’étonne, dis-je. Les animaux ne se trompent jamais ! »
Notre paysan n’est pas là aujourd’hui. Nous sommes d’ailleurs seuls, du moins pendant quelques minutes, le temps de commencer à remplir nos bouteilles. Pas un jour depuis, sans que je pense aux canards ravis, s’ébrouant le bec dans cette bonne eau de Camors.
Puis je pense à ses chevaux, et même aux chiens, lapant vigoureusement, comme le feraient les musiciens de Brème, dans cette petite maison où ils vécurent heureux jusqu’à leur fin naturelle. Ce sont des pensées constructives, utiles pour le corps et l’esprit, en un mot la santé.
Mais déjà une voiture arrive. C’est une grosse berline, une Mercedes, et l’homme qui en descend, n’a pas de bottes en caoutchouc aux pieds, mais danse sur ses mocassins vernis pour éviter les flaques.
Nous lui faisons une petite place en lui cédant une des deux buses.
« Le verre, nous dit-il. Il n’y a que ça. Pas de risque de dégradation du glucynol, ou phénoglécinol, et des dérivés plastique ! »
Il remplit des litres et des litres de bouteilles de jus d’orange. Cet homme s’est imposé une cure avant de venir ici.
« On n’en aurait jamais assez, lui dis-je. On prend deux cent litres d’eau à chaque fois ! Les bouteilles d’un litre, ce n’est pas assez pratique pour nous. Mais question dégradation du plastique, on se prémunit en couvrant notre stock d’une couverture, afin d’éviter les effets de la photo synthèse ! »
A quoi bon aller au bout du monde, pour faire des rencontres hypothétiques, d’apprendre des langues étrangères que vous ne maîtriserez jamais assez pour demander davantage qu’une direction, ou encore l’heure qu’il est.
L’heure, elle avance à l’horloge à votre montre. Il est urgent de ne plus perdre son temps en vain.
L’eau va devenir de plus en plus précieuse.
Et les rapports des gens, en dehors, de plus en plus vains.
C’est pourquoi il faut aller chercher de l’eau à la fontaine !
Je ne sais pas si je me fais bien comprendre !
20/02 15:45 - Ruut
L’eau potable étant privée, l’air une qualité non garantie dans le (...)
20/02 15:34 - travelworld
20/02 13:20 - Dancharr
Votre eau de Camors a du corps et met du baume au cœur. C’est une claire fontaine (...)
20/02 12:48 - velosolex
Très bon article, plein d’humour et d’invention, ce qui nous change de l’air (...)
20/02 11:37 - In Bruges
OK, OK. Je vois que vous avez un cellier, le mieux serait peut étre que l’on descende se (...)
20/02 11:07 - Dancharr
In Bruges mais surtout dans la lune. Revoyez ma copie : c’est gratuit, rien à payer, même (...)
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