Njama
« …vous parlez de
stalinisme dont on peut dire que l’exemple n’est pas vraiment marxiste »
De toute évidence, njama regrette sans doute que Marx n’ait pas
pu vivre assez longtemps pour savourer en chair et en os la première grande
victoire du marxisme en URSS sous Lénine et Staline. Mais que voulez-vous, la
vie n’a pas donné cette chance à Marx. De toute façon, pour beaucoup de gens,
Marx lui-même n’était pas vraiment marxiste ! Donc même s’il avait vécu et
conduit la révolution d’Octobre aux côtés de Lénine et Staline, celle-ci
n’aurait pas été pour autant vraiment marxiste !
« Le marxisme n’est pas
le rejet de la (ou des) religion(s) »
« La religion est le
soupir de la créature opprimée, l’âme d’un monde sans cœur, comme elle est
l’esprit de conditions sociales d’où l’esprit est exclu. Elle est l’opium du
peuple.
L’abolition de la
religion en tant que bonheur illusoire du peuple est l’exigence que formule son
bonheur réel. » (1).
Décidément, le marxisme
n’est pas vraiment marxiste !
« On considère en milieux
marxistes, que le chrétien Thomas Münzer fut la première figure communiste
(1490-1525). Ernst Bloch voit en lui le premier théologien de la révolution. »
Il est complètement
erroné de penser que Thomas Münzer, bien qu’étant revêtu des habits chrétiens,
prêchait la bible (christianisme) comme doctrine de la révolte plébéienne dont
il était le chef. Münzer n’empruntait à la bible chrétienne que la forme de son
expression, la forme du langage. Mais le contenu de son message pulvérisait
littéralement la doctrine chrétienne. Münzer, en tant que chef de la révolution
plébéienne, était un chrétien en rupture totale avec son sacerdoce. Il s’était
petit à petit transformé de théologien religieux à un agitateur politique
retourné contre sa religion. Voici un extrait parmi tant d’autre de ce que
rapporte Engels sur la doctrine révolutionnaire de Münzer :
« Münzer dont les idées
élaborées avec de plus en plus d’acuité devenaient chaque jour plus hardies, se
sépara résolument de la Réforme bourgeoise et joua désormais directement
le rôle d’un agitateur politique.
Sa doctrine théologique
et philosophique attaquait, somme toute, tous les points fondamentaux non
seulement du catholicisme, mais aussi du christianisme. Il enseignait, sous des
formes chrétiennes, un panthéisme qui présente une ressemblance curieuse avec
les conditions spéculatives modernes et frise même par moments l’athéisme. Il
rejetait la Bible comme révélation tant unique
qu’infaillible. La véritable révélation vivante, c’est, disait Münzer, la
raison, révélation qui a existé de tous temps et chez tous les peuples et qui
existe encore. Opposer la Bible à la raison, c’est tuer l’esprit par
la lettre. Car le Saint-Esprit dont parle la Bible n’existe pas en dehors de nous. Le
Saint-Esprit, c’est précisément la raison. La foi n’est pas autre chose que
l’incarnation de la raison dans l’homme, et c’est pourquoi les païens peuvent
aussi avoir la foi. C’est cette foi, c’est la raison devenue vivante qui
divinise l’homme et le rend bienheureux. C’est pourquoi le ciel n’est pas
quelque chose de l’au-delà, c’est dans cette vie même qu’il faut le chercher ;
et la vocation des croyants est précisément d’établir ce ciel, le royaume de
Dieu, sur la terre. De même qu’il n’existe pas de ciel dans l’au-delà, de même
il n’y existe pas d’enfer ou de damnation. De même, il n’y a d’autre diable que
les désirs et les appétits mauvais des hommes. Le Christ a été un homme comme
les autres, un prophète et un maître, et la cène a été un simple repas
commémoratif, où le pain et le vin étaient consommés sans rien y ajouter de
mystique.
Münzer enseignait cette
doctrine en la dissimulant la plupart du temps sous les mêmes tournures
chrétiennes, sous lesquelles la philosophie moderne a dû se cacher pendant un
certain temps. Mais la pensée profondément hérétique ressort partout de ses
écrits, et l’on s’aperçoit qu’il prenait beaucoup moins au sérieux le masque
biblique que maints disciples de Hegel aujourd’hui. Et cependant, trois cents
ans séparent Münzer de la philosophie moderne. » (2)
La doctrine
révolutionnaire de Münzer n’est donc pas apologiste de la doctrine chrétienne.
Elle se construisait plutôt en opposition avec le christianisme en particulier
et avec la religion en général. Par rapport aux fondamentaux théologiques, la
doctrine de Münzer était hérétique, démystifiant et démythifiant la théologie
divine. On ne peut donc pas invoquer Münzer pour faire asseoir l’affirmation de njama que « le marxisme n’est pas le rejet
de la (ou des) religions(s) » même si Münzer utilisait la rhétorique
chrétienne qui était la seule forme de langage excitateur à portée de lui et
directement accessible au peuple à son époque. Et si donc « On considère même en milieux
marxistes, que le chrétien Thomas Münzer fut la première figure communiste,
Ernst Bloch voyant en lui le premier théologien de la révolution » comme
l’affirme si sereinement njama, alors Engels, et donc Marx, ne font pas partie de ces « milieux marxistes »-là. Pour Engels, la
théorie et l’action révolutionnaires communistes de Münzer démolissaient
précisément la théologie et y substituaient l’athéisme (a-théisme).
______________________________
(1) Marx-Engels : « Sur la religion »
(2) Engels (livre cité par njama) :
« La guerre des paysans en Allemagne)