@ Gonehilare
J’aime beaucoup l’acronyme DMLA (Dénégation Mensongère Liée à l’Age).
Ajoutons-y l’idée de Dégénérescence Mensongère Liée à l’Ambition, ce qui ouvre la porte à un océan de possibilités.
Ci-après, un texte remarquable dans l’air du temps :
»Alors que le
menteur est un homme d’action, le diseur de vérité, qu’il dise la vérité
rationnelle ou la vérité de fait, n’en est jamais un. Si le diseur de vérité de
fait veut jouer un rôle politique, et donc être persuasif, il ira, presque
toujours, à des considérables détours pour expliquer pourquoi sa vérité à lui
sert aux mieux les intérêts de quelque groupe. Et, de même que le philosophe
remporte une victoire à la
Pyrrhus quand la vérité devient une opinion dominante chez
les porteurs d’opinion, le diseur de vérité de fait, quand il pénètre dans le
domaine politique et s’identifie à quelque intérêt particulier et à quelque
groupe de pouvoir, compromet la seule qualité qui aurait rendu sa vérité
plausible, à savoir, sa bonne foi personnelle, dont la garantie est
l’impartialité, l’intégrité et l’indépendance. Il n’y a guère figure politique
plus susceptible d’éveiller un soupçon justifié que le diseur professionnel de
vérité qui a découvert quelque heureuse coïncidence entre la vérité et
l’intérêt. Le menteur, au contraire, n’a pas besoin de ces accommodements douteux
pour paraître sur la scène politique ; il a le grand avantage d’être toujours,
pour ainsi dire, déjà en plein milieu. Il est acteur par nature ; il dit
ce qui n’est pas parce qu’il veut que les choses soient différentes de ce
qu’elles sont- c’est-à dire qu’il veut changer le monde. Il tire partie de
l’indéniable affinité de notre capacité d’agir, de changer la réalité, avec
cette mystérieuse faculté que nous avons, qui nous permet de dire " le
soleil brille" quand il pleut des hallebardes. Si notre comportement était
aussi profondément conditionné que certaines philosophies ont désiré qu’il le
fût, nous ne serions jamais en mesure d’accomplir ce petit miracle. En d’autres
termes notre capacité à mentir- mais pas nécessairement notre capacité à dire
la vérité- fait partie des quelques données manifestes et démontrables qui
confirment l’existence de la liberté humaine."
Hannah Arendt, La
crise de la culture : Politique, vérité et mensonge 1- page 318