Mwana Mikombo
(suite)
Ainsi, partant des conclusions de Morgan, Engels avait
tracé une échelle universelle de l’évolution de la société humaine en cinq
paliers : la société communiste primitive associée au matriarcat, la
société esclavagiste associée au patriarcat, la société féodale (patriarcat),
la société bourgeoise (patriarcat) et enfin la société communiste. Chaque étape
caractérisait le niveau de développement des forces productives, bref de la
civilisation.
Cette échelle de l’évolution de la société est demeurée
jusque là le schéma linéaire universel permettant d’apprécier le niveau
d’évolution de toute société, même pour le marxisme. Ce schéma linéaire constitue
le prisme avec lequel l’occident juge le niveau d’évolution de toute société
dans le monde. Mais, en fait, cette échelle tracée par Engels, si elle
correspond bien à l’évolution de la société Occidentale, européenne, ne
correspond nullement aux sociétés extra-européennes, extra-occidentales, nègres
en particulier.
La préoccupation d’Engels et de Marx était avant tout le
mouvement prolétarien en Europe. Leurs études anthropologiques et ethnologiques
ne concernaient que l’aspect social, dans une société sans race. La question
raciale presque absente en Europe, instrument idéologique privilégié envers les
pays coloniaux, semblait être reportée sur la question sociale.
Ainsi, le marxisme jusqu’à Lénine et Staline, ne se
préoccupait pratiquement que des questions sociales, pensant qu’il suffisait de résoudre la question
sociale pour que la question raciale ne se posât plus. Ce qui n’est pas
suffisant car la race et le social sont deux dimensions indépendantes de la
réalité humaine même si ces deux dimensions s’influencent mutuellement.
La palme revient à CHEICK ANTA DIOP et son disciple
THEOPHILE OBENGA d’avoir apporté une vive lumière dans ce trou obscure du
marxisme. Les deux éminents savants nègres, anthropologues, ethnologues et
sociologues, ont en effet scientifiquement et définitivement établi l’origine
nègre africaine de l’homme et de l’humanité. L’Homme est apparu en Afrique. Cet
Homme est noir, nègre. Partant d’Afrique, c’est cet homme nègre qui est allé
peupler les autres continents où il s’est métamorphosé par adaptation aux
différents climats.
Le plus important dans les travaux des professeurs Anta
Diop et Obenga, c’est surtout d’avoir démontré que le prisme occidental,
l’échelle linéaire marxiste du développement de la société n’était pas valable
en ce qui concerne les sociétés nègres. En effet, des sociétés nègres précoloniales,
des millénaires avant l’émergence de l’Occident dans la civilisation, avaient
atteint un très haut degré de civilisation sous le régime du matriarcat,
contrairement au schéma linéaire d’Engels.
La plus prestigieuse de ces civilisations matriarcales
nègres est l’Egypte antique des Pharaons, initiatrice de l’Europe et des autres
continents sur le chemin de la civilisation.
Les Travaux scientifiques de Cheickh Anta Diop et
Théophile Obenga en anthropologie et ethnographie, viennent rectifier et compléter
la doctrine marxiste qui n’est pas un dogme, une croyance figée, mais une
science dont la méthodologie est la dialectique et le matérialisme historique.
Il importe de souligner qu’en dehors de cette erreur
d’appréciation du garvéisme imputable à l’insuffisance des connaissances sur
l’Histoire du monde nègre, l’ensemble des travaux du COMINTERN reste entièrement
valable. Peut-on pour autant rendre Staline responsable de cette erreur du
COMINTERN ? Honnêtement NON ! Pas plus qu’on ne peut rendre Marx et
Engels responsables en leur temps des erreurs de la Ligue Communiste, la Ière Internationale Ouvrière.
Il convient tout de même de rendre un grand hommage à
l’Internationale Communiste (COMINTERN) d’avoir inscrit et esquissé la question
nègre dans son programme comme une question vitale de la révolution
anti-impérialiste mondiale.
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(1) Friedrich Engels – « L’origine de la famille, de la propriété privée et de l’Etat »